Journée mondiale de lutte contre le Sida

1 décembre 2008 par Bob | Catégorie Le quotidien.

2008 marque le vingtième anniversaire de la Journée mondiale du sida. Depuis 1988, le visage du sida et la réaction au sida ont considérablement changé. Si beaucoup de ces changements sont positifs, cet anniversaire nous offre une occasion de souligner combien il reste encore à faire.

Par exemple:

- Si le traitement du VIH et du sida s’est amélioré aussi bien que répandu depuis 1988, beaucoup n’y ont pas encore accès – en 2007, seulement 31 % des personnes ayant besoin d’un traitement l’ont reçu dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

- Bien que l’existence du VIH soit désormais connue presque partout sur la planète, les taux d’infection continuent de progresser 2,7 fois plus vite que le nombre de personnes recevant un traitement.

- Si le nombre de pays protégeant les personnes atteintes du VIH continue d’augmenter, un tiers des pays n’offrent encore aucune protection légale, tandis que l’opprobre et la discrimination constituent toujours une menace majeure à l’accès universel aux soins.

La Journée mondiale du sida a été lancée en 1988 nous offrant à tous une occasion de nous rassembler pour démontrer l’importance du sida et afficher notre solidarité avec cette cause.

En 2008, ce principe sous-jacent de solidarité et de prise de conscience demeure le même…

Déclaration de M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU

En cette vingtième Journée mondiale de la lutte contre le sida, nous sommes à la veille d’une nouvelle ère.

Le nombre de personnes infectées par le VIH est en baisse et on meurt moins du sida.

Nous devons ce succès à tous ceux et à toutes celles qui, partout dans le monde, sont au premier rang de la lutte contre ce fléau, ainsi qu’aux gouvernements qui, fidèles à leurs engagements, s’efforcent de rendre universel l’accès à la prévention, aux soins et au soutien en matière de VIH/sida.

Mais ceci n’est qu’un début, et la complaisance n’est pas de mise.

Le sida n’est pas prêt de disparaître. Le nombre des personnes infectées par le VIH reste supérieur à celui des personnes que nous pouvons mettre sous traitement. Le sida compte toujours parmi les 10 principales causes de décès dans le monde et demeure la première cause de mortalité en Afrique. Aujourd’hui nous devons continuer à montrer la voie, poursuivre ce que nous avons entrepris et maintenir la dynamique qui s’est créée.

Nous devons mettre fin à l’opprobre et à la discrimination qui continuent d’empêcher beaucoup de gens d’apprendre comment se prémunir contre le VIH ou comment accéder à des soins. Et nous avons besoin de ressources – suffisamment pour que les services que nous dispensons aient un réel effet sur les collectivités et sur les nations tout entières.

Contre le sida, nous devons toujours et plus que jamais montrer la voie à suivre, tenir nos engagements et donner aux gens les moyens de prendre en main leur destin.

J’ai lu récemment l’histoire d’une Congolaise infectée par le VIH qui recevait des médicaments par le canal de l’ONU. Elle-même avait rejoint un groupe de « donneurs d’espoir » qui s’efforçaient de venir en aide à d’autres familles touchées par le VIH.

En cette Journée mondiale de la lutte contre le sida, engageons-nous, nous aussi, à devenir des « donneurs d’espoir », à encourager ceux qui en ont besoin et à lutter pour l’avènement d’un monde sans sida.

Message de M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO, à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le sida

Le monde enregistre enfin de réelles avancées dans sa lutte contre le sida ; le Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2008 de l’ONUSIDA le confirme. Les États membres tiennent les promesses qu’ils ont faites lors de la Rencontre de haut niveau des Nations Unies sur le VIH/sida de 2006 d’intensifier leurs efforts en vue d’assurer d’ici à 2010 un accès universel à la prévention du VIH, ainsi qu’à un traitement, des soins et un soutien en cas de contamination. Un certain nombre de pays offrent déjà un accès universel aux traitements antirétroviraux qui permettent de prolonger la vie, ainsi qu’à d’autres services essentiels, et d’autres ne sont plus très loin d’atteindre ce but. La multiplication par six, depuis l’an 2000, des fonds alloués aux activités de lutte contre le VIH dans les pays à revenu faible ou moyen porte aujourd’hui ses fruits, avec notamment une diminution du nombre annuel de décès liés au sida au cours des deux dernières années, passé de 2,2 millions en 2005 à 2 millions en 2007. Dans un certain nombre de pays durement touchés - tels que le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda ou le Zimbabwe - des modifications radicales des comportements sexuels se sont traduites par une chute du nombre de nouvelles contaminations par le VIH, contribuant ainsi à une stabilisation au niveau mondial du pourcentage de personnes âgées de 15 à 49 ans infectées par le VIH.

Ces progrès remontent en grande partie à la découverte du virus qui cause le sida, à laquelle rend hommage cette année l’attribution du prix Nobel de médecine à ses codécouvreurs, dont le professeur Luc Montagnier, associé de longue date à l’UNESCO. L’identification du VIH était une condition préalable à la mise au point du traitement antirétroviral dont nous disposons aujourd’hui, ainsi qu’à l’amélioration des stratégies de prévention.

Cependant, vingt-sept ans après le début de l’épidémie, le sida continue de nous défier malgré tous nos efforts. Pour deux personnes qui entament un traitement antirétroviral, cinq autres sont contaminées. Les progrès importants de ces dernières années risquent d’amener certaines personnes à sous-estimer le danger.

À moins que nous maintenions et renforcions les mesures prises pour développer la prévention, nous ne parviendrons pas à assurer la pérennité des progrès accomplis ces dernières années, et l’accès universel restera lettre morte.

Cette année, le thème de la Journée mondiale de la lutte contre le sida porte sur « le respect des engagements », c’est-à-dire de la promesse faite par les États membres de l’ONU en 2006 dans la Déclaration d’engagement d’oeuvrer à la réalisation de l’accès universel. Cette Déclaration a fixé un certain nombre d’objectifs, notamment celui - essentiel - de faire en sorte que, d’ici à 2010, 95 % des jeunes âgés de 15 à 24 ans aient une connaissance approfondie du VIH et des moyens d’éviter la transmission. Il est très préoccupant de constater, toutefois, que l’année dernière, seuls 40 % des hommes et 38 % des femmes de cette classe d’âge avaient acquis ce niveau essentiel de connaissances. Certains pays font état de lacunes encore plus alarmantes en la matière. En Somalie, par exemple, seules 4 % des jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans savent exactement à quoi s’en tenir sur le VIH. On est très loin de l’objectif fixé, et c’est un signal d’alarme quant à l’urgence d’une éducation de qualité pour tous. De nombreuses études montrent que, dès lors qu’ils sont bien informés et qu’ils ont acquis les connaissances pratiques nécessaires, les jeunes peuvent modifier leur comportement pour réduire le risque d’être contaminés par le VIH ou de contaminer les autres. Dans les pays où de gros efforts d’éducation préventive sont faits, les données disponibles montrent que les jeunes sont bien plus susceptibles de reculer l’âge de leurs premiers rapports sexuels et d’utiliser des préservatifs dès ce moment. De telles évolutions des comportements contribuent aux progrès accomplis à l’échelle mondiale dans la lutte contre l’épidémie, mais l’action doit être considérablement intensifiée.

À la veille de la 17e Conférence internationale sur le sida, qui s’est tenue cette année au Mexique, j’ai écrit un article qui a été publié dans plusieurs grands journaux de la région et posté sur le site Web de l’UNESCO, faisant valoir le rôle important que l’enseignement scolaire peut jouer pour préparer les enfants et les adolescents à leurs rôles et responsabilités d’adulte. Étant donné que, dans la plupart des pays, les enfants de 5 à 13 ans passent d’assez longues périodes de temps à l’école, celle-ci offre un lieu commode pour faire en sorte que l’éducation au VIH et au sida touche un grand nombre de jeunes. En outre, dans bien des pays, les jeunes ont leurs premières expériences sexuelles à un âge où ils vont encore à l’école, ce qui rend cette dernière d’autant plus importante pour l’apprentissage en matière de santé sexuelle et génésique. Il ne faut pas perdre de vue que plus de 75 % de l’ensemble des contaminations par le VIH se produisent par transmission sexuelle et que nous devons, par conséquent, tirer parti de la possibilité qui nous est offerte de demander à nos écoles de jouer pleinement leur rôle dans notre lutte nationale contre l’épidémie.

Dispenser une éducation basée sur les faits et adaptée à l’âge en matière de sexualité, de rapports et de VIH ne va pas sans poser des problèmes. L’idée fausse et néfaste qu’offrir aux jeunes un enseignement sur la sexualité les encouragera à faire des expériences reste vivace, alors que les faits montrent que c’est tout le contraire qui se produit. Une éducation sexuelle complète et de qualité peut conduire à une diminution du nombre d’adolescentes enceintes et de contaminations par des maladies sexuellement transmissibles (MST), notamment le VIH.

Il est encourageant de constater qu’un plus grand nombre de pays prennent des mesures pour combler les lacunes des jeunes en ce qui concerne le VIH et le sida. À cet égard, il convient de noter que les ministres de la santé et de l’éducation d’Amérique latine et des Caraïbes ont tenu, au début d’août 2008, leur toute première réunion en vue de stopper la propagation du VIH dans la région. Ils ont adopté une déclaration ambitieuse et de vaste portée dans laquelle ils s’engagent à dispenser une éducation sexuelle complète dans toute la région, tenant ainsi leur promesse de veiller au respect du droit des jeunes à une éducation préventive sur le VIH. Il ne reste plus aux autres régions du monde qu’à s’engager à prendre des mesures similaires. L’UNESCO et tous les autres organismes coparrainant l’ONUSIDA ont promis de soutenir pleinement les efforts en ce sens.

Alors que le monde célèbre le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous serions bien avisés de ne pas oublier que chacun a le droit de mener une existence saine et productive, à l’abri des maladies. Nous devons également nous souvenir des dizaines de millions de personnes qui ont perdu la vie à cause du sida par suite d’une contamination qu’il est possible de prévenir. L’éducation sexuelle est impérative pour que la prévention du VIH soit pleinement efficace.

L’accès à une éducation sur la sexualité, les rapports, le VIH et les MST peut aider les jeunes à prendre des décisions en meilleure connaissance de cause et à être mieux en mesure d’exercer leurs droits humains. Il peut même leur sauver la vie.

Koïchiro Matsuura

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