Razzy Hammadi : “Sarkozy décide, Sarkozy dicte, Sarkozy accuse”

23 janvier 2009 par Mathieu | Catégorie Actualités, Crise sociale.

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Le secrétaire national aux services publics participait à un chat avec les lecteurs de Metro.  L’occasion de revenir sur son nouveau rôle au sein du parti, l’actualité sociale et d’annoncer sa candidature aux élections européennes.

Frelon : Bonjour. Quelles sont exactement vos fonctions au PS ?
Je suis secrétaire national aux services publics. Cela a trait à l’ensemble des thématiques suivantes : entreprises publiques, fonction publique, services publics.
C’est à ce titre que d’ores et déjà nous avons initié une journée de mobilisation nationale contre la privatisation de La Poste, il y a 15 jours, que nous préparons un certain nombre d’actions contre la revue générale des politiques publiques (RGPP), enfin à l’heure qu’il est, nous planchons sur la notion de service publique dans le cadre de notre projet pour les Européennes après avoir amplement nourri le contre-plan de relance des socialistes qui a été présenté aujourd’hui.

Rose : Quelles sont les principales mesures du plan de relance d’Aubry ?
C’est un plan qui marche sur ses deux jambes : soutien à la consommation et investissement. Les mesures importantes sont la baisse d’un point de la TVA comme le préconise un grand nombre d’économistes afin d’obtenir un effet immédiat sur la consommation, la mise en place d’un pôle financier public (caisse des dépôts et consignations, Oséo, prises de participation dans les banques suite aux prêts accordés et garantis…), un véritable plan de politique industrielle…
C’est un plan à la fois ambitieux et rigoureux dans sa cohérence qui, non seulement, répond à la crise mais pose aussi les fondements des outils qui nous permettront d’éviter la prochaine.
Depuis 2002, la dette s’est creusée, le commerce extérieur est dans les abîmes et la situation de l’emploi connaît ses heures les plus sombres et ce, bien avant la crise.
Les Sarkonomics (en référence à la politique libérale de Reagan, reaganomics) ont montré leurs effets dévastateurs pour l’économie.

Iglou : Quelles préconisations pour l’hôpital ?
La politique du gouvernement vis-à-vis du service public en général est fondée sur un adage simple : lorsqu’on veut noyer son chien, on l’accuse d’avoir la rage.
C’est ainsi que sciemment a été organisée la dette abyssale de l’hôpital public (800 millions d’euros) par la baisse des dotations et notamment par la tarification à l’acte qui produit une médecine à deux vitesses. Les soins rentables pour les cliniques privées et le reste pour l’hôpital public.
Nos mesures simples visent à apurer la dette de l’hôpital public et non pas à les mettre sous tutelle s’il n’y a pas suffisamment de postes supprimés comme le fait actuellement Roselyne Bachelot, orchestrant une carte hospitalière comme il y a eu une carte judiciaire avec Rachida Dati.
Ensuite, la suppression des 20.000 postes dans le secteur est une véritable irresponsabilité sanitaire. Nous proposons le rétablissement et le maintien de ces postes.
Enfin, de manière plus générale, il faut assumer l’augmentation des coûts de santé dans une société qui vieillit, où les prises en charge sont plus lourdes et au moment où on soigne mieux parce que la technique avance mais qu’elle devient aussi plus onéreuse.
C’est un choix de société, je dirais même un choix de civilisation. C’est aussi pour cela que je suis en faveur d’un retour sur la loi Mattéi de 2003 concernant la permanence de soins et j’irai même plus loin à titre personnel : je suis pour l’établissement d’une certaine forme de fonctionnarisation des médecins et docteurs dans le cadre à la fois de la lutte contre les déserts médicaux et l’envolée des dépenses provoquées notamment par les dépassements vertigineux des honoraires. C’est un système qui existe dans d’autres pays en Europe.

Romina : Ne pensez-vous pas qu’il faut poser des limites à l’obstruction faite par les amendements qui ne servent souvent qu’à retarder le travail parlementaire ? C’est dégueulasse de faire perdre du temps ainsi à l’avancement des lois !
Si l’on considère que l’Assemblée n’est qu’une chambre d’enregistrement, alors il faut aller au bout de la logique et considérer qu’elle ne servira plus à grand chose.
Cette obstruction, qu’il ne faut pas confondre avec le droit légitime à une certaine expression publique visant à alerter l’opinion sur des sujets importants, est inscrite dans le code génétique et l’esprit de notre démocratie.
Sans cette “obstruction”, comme vous l’appelez, il n’y aurait pas eu d’interpellation de l’opinion sur des sujets tels que le CPE, les OGM ou bien encore certaines privatisations.
Je pense que ce qu’il se passe à l’heure actuelle dans notre pays est très grave. Je vous ferai remarquer que le gouvernement est aujourd’hui incapable de produire l’évaluation d’au moins une loi sur deux produites ces deux dernières années.
Enfin, la manière dont ce droit d’expression est volontairement caricaturé m’inquiète au plus haut point lorsqu’on sait qu’il fait appel à un anti-parlementarisme latent, prémisse d’un changement institutionnel majeur dans la pratique.
Sarkozy décide, Sarkozy dicte, Sarkozy accuse mais à aucun moment il ne fait face à quelque contradiction que ce soit. Il est le président de l’Etat-parti. On voit aujourd’hui les effets de la réforme institutionnelle qui était censée donner plus de pouvoirs au Parlement.

Samir : Bonjour, je souhaite demander votre avis sur ma situation actuel. Je suis un étudiant en seconde général et il se trouve que je ne peux pas travailler correctement car ma situation locative ne me le permet pas. En effet, j’habite un 14m² avec ma mère et ma sœur… d’autre part je suis atteint d’une maladie qui a été causé par l’insalubrité et le stress dû à ce logement exigu. Cela fait à présent 8 ans que ma demande de logement est déposée sans aucun résultat ni aucune proposition locative. Trouvez-vous cela normal ? (J’habite la commune de Pantin).
C’est à la fois anormal et inhumain en 2009 dans la 5ème puissance mondiale qu’est la France. Les collectivités sont aujourd’hui en première ligne alors que le gouvernement vient de baisser les budgets du logement de 7 % et que la dotation unitaire pour les logements sociaux ne cesse dramatiquement de baisser.
Aujourd’hui, il y a en France 3 millions de mal logés. La demande explose et l’offre est insuffisante. Il n’y a qu’une seule et unique solution : un plan massif de production de logements (je rappelle que la construction d’un logement, c’est un toit mais aussi deux emplois). Notre plan de relance en propose 300.000 mais aussi l’encadrement du prix des loyers qui, ramenés à la valeur d’achat, sont aujourd’hui supérieurs de 40 % à ce qu’ils devraient être en valeur réelle.
En même temps, le gouvernement n’a pas fait du logement une priorité (peut-être parce qu’il considère normal que pour certains la voiture soit devenu le domicile fixe…). Le logement social, ses financements (notamment par le biais du 1 %) ainsi que la loi SRU sont attaqués de toute part.

Aurel : Avez-vous bien votre place aux côtés d’Aubry ? Valls pense que Hamon risque de radicaliser le parti, Ségolène est sur la marge… Chacun peut-il parler ?
Je me sens à la fois à ma place et à l’aise aux côtés de Martine Aubry, au sein d’une équipe qui a pour défi et qui se l’est fixé de relever la gauche.
Quant à ce que pense Manuel Valls, c’est son jugement, je le respecte mais si le contraire de la radicalité consiste à flatter Sarkozy et à accuser les syndicats à la manière de ce dernier, alors Hamon a raison, il faut se radicaliser !
cf. Manuel Valls sur France Inter ce matin accusant les syndicats.

Rouge : Sarkozy responsable des grèves à la SNCF, ce n’est pas un peu gros quand même ?
Aujourd’hui le dialogue social est brisé. Lorsqu’un Président de la République est dans la constante provocation, notamment lorsqu’il déclare “aujourd’hui lorsque les syndicats font grève, plus personne ne s’en rend compte”, ou encore “j’entends mais je n’en tiens pas compte”, il envoie un signal précis : il n’y a pas de débouchés politiques et sociaux aux revendications et aux mouvements quels qu’ils soient.
D’où la radicalisation que je ne cautionne pas mais déplore et certains mouvements dits “spontanés”. Enfin, la SNCF, pour ne prendre que ce cas précis, qui est une entreprise publique, elle prend ses ordres à l’Elysée.
Celle-ci devrait augmenter ses effectifs afin d’améliorer la qualité de ses services (accueil et sécurité notamment) et cesser d’augmenter massivement ses tarifs qui deviennent prohibitifs pour un grand nombre pour financer des développements à l’étranger dont on ne sait pas trop ce qu’ils ont à voir avec la mission de service public.
La crise sociale, traitée avec dédain et mépris comme le fait Nicolas Sarkozy, ne peut nous mener qu’à une crise politique. C’est bien la dernière chose dont nous avons besoin au moment où un grand nombre de Français souffre.

Clarinette : Pourquoi ce silence assourdissant sur Gaza ?
Il n’y a pas eu de silence. Pour la première fois, le PS a évoqué une forme de droit d’ingérence internationale dans ce conflit et des sanctions, choses qu’il n’avait jamais faites auparavant.
Ce qui nous a valu d’être accusé par certaines mauvaises langues d’être du côté du Hamas sans pour autant empêcher que d’aucuns nous accusent d’un silence coupable.
En toute franchise, je pense que nous avons eu une bonne ligne, qui ne recherchait pas l’équilibre comme boussole mais bel et bien la justice.

Nathan : Le renouveau, l’ouverture du PS, c’est vous ?
Il faut tenter de le prouver chaque jour !

Nordine : Serez-vous candidat aux élections européennes ?
Oui, je serai candidat aux élections européennes car je pense que nous avons besoin de députés européens à temps plein, de renouvellement et d’une vision différente, qui appartient je pense à ma génération, de l’Europe et de ses enjeux.
Le PS doit montrer qu’on peut construire une nouvelle Europe, une Europe forte et protectrice, sociale et économique, qui constitue un phare de valeurs et de références, à même de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.
Je souhaite être utile à mon parti et utile à mon pays en étant candidat. Ce sera ensuite aux instances de mon parti de faire le choix de ces candidats. Quel que soit ce choix, je mènerai le combat pour nos couleurs et nos valeurs.

Jb : Dans quelle région et dans quelle position serez-vous candidat?
Comme je l’ai dit précédemment, nos instances et les militants en décideront

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