Le planning familial en danger : interview de Mme Martinetti, bénévole au planning familial de Nice

5 février 2009 par David | Catégorie Actualités, Crise sociale.

Planning Familial

Le 27 janvier dernier, le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) a consulté, symboliquement, dans la rue. Qu’est-ce qui a poussé les bénévoles de cette association à occuper le pavé ?

Pour en savoir plus, Nice Masséna a rencontré, lundi 2 février, Anne-Marie Martinetti, bénévole depuis deux ans au Planning Familial de Nice.


Nice Masséna : Pourquoi le Planning Familial est-il descendu dans la rue ?

Anne-Marie Martinetti : Le Planning Familial est une Association loi de 1901 qui dépend des subventions de l’Etat. Or l’Etat les a baissées de 42 % cette année. Nous craignons une suppression totale de ces subventions à compter de 2010.

NM : Comment cela a-t-il été annoncé ? L’Etat a-t-il justifié cette baisse importante des subventions ?

Anne Marie Martinetti : Non, nous l’avons appris lors du renouvellement annuel des subventions, apparemment pour des raisons budgétaires.

NM : Ces subventions représentent-elles un montant important ?

Anne-Marie Martinetti : Elles représentent l’équivalent de 8 € par heure de conseil conjugal et familial réalisée, qui seront à l’avenir diminuées de 42 %…

NM : Pour bien comprendre la situation, revenons un peu sur le rôle du Planning Familial. Quelles sont vos missions ?

Anne Marie Martinetti : Le Mouvement Français pour le Planning Familial compte aujourd’hui 70 fédérations départementales dans toute la France et les DOM, c’est 450.000 personnes rencontrées chaque année, près de 1000 bénévoles et 420 salariés(es). Il est le fruit d’une longue lutte militante, de manifestations et d’actions publiques. C’est une association fondée il y a plus de 50 ans et qui a participé aux luttes permettant de grandes avancées sociales comme la loi sur la contraception (loi Neuwirth) et la loi sur l’IVG (loi Veil). Notre action consiste à :

-  Accompagner les personnes et les informer sur les différentes possibilités de contraception.

-  Ecouter et orienter une femme dans sa demande d’IVG, dans le respect de sa décision.

-  Promouvoir l’éducation à la sexualité (intégration dans les programmes scolaires).

-  Dénoncer et combattre toutes les formes de violences (discriminations sexuelles, prévention des violences par des interventions dans les établissements scolaires, etc.)

NM : Quel est le public du Planning Familial ? Quels sont les principaux motifs de visites ? Y a-t-il des spécificités à Nice ?

Anne Marie Martinetti : Non, à Nice comme ailleurs, ce sont principalement des jeunes, mineurs ou majeurs, qui viennent vers nous. Nous leur garantissons l’anonymat. Les principales questions concernent la contraception, l’IVG (souvent pour des questions économiques), mais aussi, depuis quelques années, les IST (infections sexuellement transmissibles). Nous avons étendu nos missions et, avec l’aide apportée aux femmes battues ou victimes de viol, notre public est plus large et concerne aussi des femmes plus âgées. Nous avons également, plus rarement, quelques cas de déni de grossesse ou de jeunes maghrébines confrontées à la question de la virginité avant le mariage.

NM : Comment les gens viennent-il à vous ?

Anne-Marie Martinetti : Par le bouche à oreilles, ou suite à nos interventions dans les collèges ou lycées. Le plus important pour eux, c’est vraiment la garantie de l’anonymat.

NM : Comment fonctionne le Planning Familial, à Nice, par exemple ?

Anne Marie Martinetti : Il existe deux structures, qui sont indépendantes à Nice et que l’on confond souvent : un Centre de Planification, rue Scaliéro, avec consultations médicales (gynécologues, infirmières, etc.) et le Planning Familial proprement dit, qui est un lieu d’écoute de la personne et de ses difficultés, avec un suivi possible si elle le désire.

Les locaux du Planning Familial à Nice, au 25 rue d’Italie, sont très exigus. Les entretiens peuvent durer de une à deux heures. Il est important d’identifier le vrai problème des personnes afin d’y répondre. Les bénévoles reçoivent toutes une formation de conseillères conjugales, dispensée par l’Association en tant qu’organisme de formation agréé par l’Etat.

NM : Maintenant que nous en savons un peu plus sur votre action, revenons sur cette baisse des subventions : quels peuvent être les motifs d’une telle décision ?

Anne-Marie Martinetti : Je ne sais pas. On invoque des raisons budgétaires. Mais cela ne peut pas être que cela. Est-ce idéologique ? Est-ce le retour d’une morale religieuse ? On a vu notre Président, chanoine de Latran, donner plus d’importance au prêtre qu’à l’instituteur…

Le Planning Familial, à l’origine, était constitué de gens venus de tous les horizons politiques. Il est maintenant assimilé à une organisation militante féministe de gauche, alors qu’il rend un service public.

NM : Si le planning familial disparaissait, vers qui pourraient se tourner celles et ceux que vous aidez ?

Anne-Marie Martinetti : Malheureusement, pour beaucoup, vers personne. Dans bien des cas, il n’y a pas d’autres lieux d’écoute et d’aide gratuits qui, de plus, garantissent l’anonymat.

En dépit de nos efforts, la détresse est toujours la même qu’autrefois, mais aujourd’hui elle est alimentée par la crise économique que nous traversons. »

—————————————————

Depuis notre entretien, Martine Aubry, signataire de la pétition pour la défense du planning familial, a écrit à la ministre de la Santé, au nom du parti socialiste, pour réclamer le maintien des subventions de l’Etat.

Brice Hortefeux a déclaré, mercredi 4 février : «Je m’engage à maintenir l’effort budgétaire permettant au Planning familial d’assurer ses missions et je vais plus loin, si cela s’avère nécessaire, je m’engage à abonder telle ou telle ligne de crédits».

Afin de maintenir la pression sur le gouvernement, soutenons le planning familial !

Planning Familial

Pour en savoir plus :

Le site du planning familial : http://www.planning-familial.org/

A voir : le film de Claire Simon, « Les bureaux de Dieux », sorti dans les salles en novembre 2008.

Pour soutenir le planning familial :

Signer la pétition : http://www.planning-familial.org/petition-defense-loi-neuwirth/

Faire un don à l’association (adhérer) : http://www.planning-familial.org/adherer/index.php

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2 commentaires à l'article “Le planning familial en danger : interview de Mme Martinetti, bénévole au planning familial de Nice”

  1. gp | 8/02/09

    Le gouvernement prépare une réforme de la justice des mineurs. Nous sommes un groupe pluridisciplinaire qui voulons témoigner de la complexité de ces questions et peser, avec vous, dans le débat qui va s’ouvrir :

    http://quelfuturpourlesjeunesdelinquants.fr

  2. David | 11/02/09

    Dépèce AFP du 10.02.09 : Le Planning familial toujours pas rassuré sur son avenir

    “PARIS (AFP) — Le Planning familial a estimé mardi dans un communiqué que “la calculette du ministre Hortefeux n’est pas fiable”, en évoquant l’engagement du ministre du Travail et de la Solidarité récemment à l’Assemblée, de “maintenir l’effort budgétaire” dédié au Planning.

    “Le ministre a brouillé la question des financements dans des calculs hasardeux”, a affirmé le Planning, qui a dénoncé la diminution des aides de l’Etat au conseil conjugal et familial, dans la loi de finances pour 2009, risquant de conduire à la fermeture de près d’un tiers des quelque 70 associations départementales, selon l’association.

    Brice Hortefeux avait le 4 février, en réponse à une question d’un député, affirmé qu’il “s’engageait à maintenir l’effort budgétaire” dédié au Planning familial.

    Il avait reconnu “une légère diminution des crédits” consacrés au conseil conjugal et familial, de “2,5 millions d’euros à 2,2″, mais y avait ajouté des crédits de son ministère (430.000 euros) et de celui de la Santé (380.000), concluant que “c’est 2,9 millions d’euros qui sont consacrés” au conseil conjugal et familial.

    Le Planning n’est pas la seule association à bénéficier de ces crédits.

    “D’où provient ce montant annoncé de 2,2 millions d’euros”, a interrogé le Planning qui a rappelé que la ligne budgétaire consacrée au conseil conjugal et familial, “votée par les assemblées”, s’élevait à “1,5 million d’euros”.

    Si cette ligne vient d’être abondée, a affirmé Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning, à l’AFP, “on ne nous a pas mis au courant, et sur quoi devons-nous compter en 2010 et 2011?”.

    Elle a souligné par ailleurs que les crédits propres aux ministères de la Santé et de la Solidarité étaient “destinés à des programmes spécifiques sur des sujets comme les violences faites aux femmes, le sida … actions différentes de celles menées en faveur de l’éducation et l’information à la sexualité”.

    Le Planning a affirmé “attendre toujours” d’être reçu par Brice Hortefeux “comme il l’a annoncé à l’Assemblée”.

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