29 mars 2009 par David Nakache | Catégorie Parti Socialiste, Réflexion.
Petit exemple de sarkozysme appliqué :
Au lendemain d’incidents dans un établissement scolaire, Nicolas Sarkozy a souhaité que la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot Marie, lui présente d’ici fin mars un plan de lutte contre les bandes violentes. Cette dernière a déclaré qu’il y a aurait “des sanctions exemplaires contre les membres de ces bandes qui ont osé pénétrer dans un établissement scolaire.”
De nombreuses fois déjà, depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy, systématiquement après un fait divers particulièrement choquant et médiatisé, comme la mort d’un enfant suite à un crime commis par un récidiviste, le pouvoir exécutif a exigé “des peines exemplaires” contre les malfaiteurs.
Interrogeons nous instant sur ce qu’impliquent de telles déclarations.
Au premier chef, que l’exécutif donne une indication sur l’issue d’une procédure judiciaire relève à n’en pas douter d’une négation de l’indépendance de la justice.
Mais, plus que cela, revenons sur le sens même de la démarche. Pourquoi des sanctions ou des peines “exemplaires” ? Pour être exemplaires, ces peines doivent “servir d’exemple”. Elles doivent être dissuasives pour quiconque envisagerait de commettre le même délit.
Une telle logique a au moins deux présupposés :
1/ Ceux qui envisageraient de commettre ces délits sont intelligents et capables de raisonnements : ils se tiennent au courant, verront dans les médias les “peines exemplaires” tomber, réfléchiront un peu, jusqu’à, on l’espère, renoncer à leurs méfaits… C’est un peu naïf non, comme vision du monde ?
2/ On devrait normalement condamner un malfaiteur à une certaine peine, correspondant à la gravité du délit commis. Mais, cette fois-ci, sur demande expresse du pouvoir exécutif, on va le punir plus que la normale pour que cela serve de leçon aux autres. On demande donc à la justice de ne pas appliquer la sentence “normale”, juste pour l’exemple. Tant pis pour celui sur qui ça tombe, trop c’est trop, il prendra pour tout le monde. Curieuse vision de la justice, non ?
Maintenant, si nous voyons bien que l’on peut douter et de l’efficacité d’une telle démarche et de sa conformité à l’idée que nous défendons de la justice, d’où vient une telle pratique politique ?
L’exemplarité supposée de la peine infligée au criminel vient d’une longue tradition philosophique :
Si l’on s’en tient à l’époque moderne, Nicolas Machiavel, dans Le Prince, véritable “mode d’emplo
i pour conserver le pouvoir le plus longtemps possible” explique ce qu’est “le bon usage de la cruauté”. Si le Prince doit user de violence, il doit le faire en une seule fois, d’un coup. Le mal ainsi fait sera plus vite oublié. Par contre, s’il doit être généreux, il doit dispenser ses largesses avec parcimonie, les faire durer le plus longtemps possible, pour que l’on ne se souvienne que de sa magnanimité et de sa bonté. Toutefois, pour ramener à l’ordre un peuple belliqueux, il faut parfois punir et que cela se sache. Punir, en grande pompe, avec cruauté, devant le peuple médusé, pour frapper les esprits et les mémoires.
L’idée général qui se dégage de la lecture de Machiavel, concernant la violence dont doit faire usage le pouvoir, est la pondération : se servir de la violence, de la punition, mais pas n’importe comment, comme une arme politique pour maitriser les esprits plus que les corps. Il vaut mieux être cruel une bonne fois pour toute, pour l’exemple, que trop souvent, sans quoi le Prince devient tyran et finit par être renversé. De même, il vaut mieux être craint de se sujets qu’aimé, “parce que l’amour est maintenu par un lien d’obligation qui, les hommes étant méchants, est rompu par toute occasion de profit personnel, mais la cruauté est maintenue par la peur du châtiment, qui ne vous abandonne jamais” (chapitre 17).
Idem chez Thomas Hobbes. Dans le Leviathan, il explique que le châtiment est exercé par l’autorité afin de mieux disposer les hommes à l’obéissance (partie II, chapitre 28). “Le but du châtiment n’est pas de se venger ou de décharger sa bile mais de corriger le délinquant, ou, par son exemple, d’autres hommes (…)” (idem, chap. 30). L’idée forte de ces pages du Leviathan est qu’au lieu d’en appeler à la raison et à l’éducation du citoyen, on agit sur ses passions et sur ses craintes. On gouverne des peurs plus que des citoyens.
C’est précisément ce que dénonçait Michel Foucault. On ne peut que recommander la lecture de Surveiller et punir. Entre autres choses, on y comprend que l’exemplarité supposée de la peine est un prétexte pour sauvegarder une apparence d’autorité à l’État quand son pouvoir vacille. La mise en scène du châtiment, de l’exécution publique de la peine par le bourreau au moyen-âge à la guillotine puis la chaise électrique, la publicité même faite autour de la punition n’a pour autre fonction que de restaurer, par la peur, l’autorité de l’État . “Le supplice ne rétablissait pas la justice, il réactivait le pouvoir” (partie I, chap. 2, coll. Tel Gallimard, p. 60).
Cela ne vous rappelle rien ? Gouverner par la peur, l’entretenir par tous moyens, frapper les esprits et restaurer l’autorité de l’Etat par une fermeté sans faille, trouver des coupables, en toute occasion, et les punir, punir pour l’exemple… surtout pour l’exemple. Pensez-y lorsque vous entendrez, la prochaine fois, notre bon président ou l’un de ses bons ministres exiger des “peines exemplaires”…





















“Quand vous êtes débordé par une situation ,feignez d’en être l’organisateur”.
“Le roi est nu,il faut garder le vote front national que j’ai récupéré lors de la présidentielle,fourguez moi toute loi qui aura l’apparence de mon pouvoir perdu”.
Nicolas Sarkozy, le matin,en se rasant dans la salle de bain.
Oui c’est exactement ça. On retrouve chez Sarko le réflexe sécuritaire dès qu’il est mis en danger. Et le pire, c’est que ça marche.
Il y a vraiment dans sa politique tout ce qu’il y a de pire en philosophie politique dans le registre de la manipulation des masses par la crainte, le rejet de l’autre et le culte de la réussite individuelle, du “chacun pour soi”.
Mais il ne faut pas se leurrer, chaque retour au sécuritaire, au thème de l’immigration ou de la famille (homo-parentalité)est le signe de la faiblesse croissante de son pouvoir.
Une loi ? Ce n’est pas nécessaire. Un décret ou code éthique devraient suffire, comme pour les autres délinquants