1 avril 2009 par David Nakache | Catégorie Parti Socialiste, Réflexion.
Le parti communiste est moribond. Les grands syndicats ont de moins en moins d’adhérents. Les réunions politiques donnent lieu a d’étranges spectacles où quelques irréductibles se réunissent, loin de la ferveur passée des masses militantes.
Emmanuel Todd (encore lui !), dans Après la démocratie (p. 87 et suivantes) analyse le militantisme socialiste en décrivant le phénomène des “narcisses” en politique. Les adhérents d’hier étaient très actifs sur le plan du militantisme (collage d’affiche, distribution de tracts, etc), mais passifs sur le plan de la doctrine. Pour les nouveaux adhérents, c’est l’inverse : loin de représenter la société qu’ils prétendent incarner, loin d’accepter de coller des affiches ou de distribuer des tracts, les nouveaux militants socialistes, bardés de diplômes et coupés des classes populaires, viennent à une réunion du parti pour s’écouter parler et s’épanouir sur un plan personnel. Persuadés qu’ils détiennent la vérité et que, là au moins, on va les écouter délivrer leur message, ils se rendent à ces réunions comme on se rendait autrefois dans un club, entre gens biens, pour discourir sur l’état du monde et de la société.
Soyons francs, ni le nombre d’adhérents du PS ni celui de l’UMP ne permettent à ces deux formations politiques de prétendre être réellement “populaires”.
Le seul mouvement politique, depuis les années 90, à avoir mobilisé en grand nombre, par des mouvements de masse, organisés, coordonnés à l’échelle internationale, et par un militantisme sans cesse renouvelé depuis, est l’altermondialisme.
On a vu des contre-sommets. On a vu des forums sociaux. On a vu des mouvement à la fois anticapitalistes et écologistes attirer les jeunes en grand nombre alors que ceux-ci ignoraient notre parti. On a vu des gens se réunir et remettre le système politique et économique en cause. Ils ont tenté, sincèrement, de penser un monde meilleur. Quoi de plus noble en politique ? Et qu’avons nous fait, nous socialistes, devant ce spectacle ?
Les dirigeants socialistes ont, la plupart du temps, pris un ton condescendant pour décrire ces mouvements militants. Ils en ont parlé comme d’enfants qui un jour grandiront et reviendront à la raison. Ils les ont méprisés et, se faisant, ils sont passés à côté du plus grand phénomène politique de ces vingt dernières années.
Il a fallu une énième crise du système économique et financier, certes plus forte que les autres, pour que le PS ose dire, du bout des lèvres, qu’il faut changer la donne et rejeter le libéralisme économique.
J’en étais à ce triste constat lorsque, Ségolène Royal (encore elle !) a tenu un discours différent. Mieux vaut tard que jamais diront les sceptiques, certes, mais elle a affirmé un peu plus fort un discours qu’elle tenait depuis longtemps, on pointillé, en aparté, comme si le parti n’était pas encore, jusqu’à présent, prêt à l’entendre.
La Fondation Jean Jaurès vient de publier un bref essai de Ségolène Royal, Obama, Lula, forum social : dix leçons convergentes, téléchargeable en ligne : http://www.jean-jaures.org/
Elle y tire les leçons de sa visite au États-Unis lors de l’investiture de Barack Obama et de sa visite au Forum social de Bélem et sa rencontre avec le président Lula. Elle y reprend les thématiques de la croissance verte et de la démocratie participative mais, cette fois, à partir des expériences et projets des Etats-Unis et du Brésil.
Mais, plus que cela, elle y démontre pour la première fois qu’un dirigeant socialiste français de premier plan est ouvert sur le monde et sur le mouvement alter mondialiste. Elle nous montre que le parti socialiste français est capable de lire les auteurs fondateurs du mouvement altermondialiste et d’en tirer le meilleur. Elle donne l’image, enfin, d’un parti politique français non seulement à l’écoute de ce qui se fait ailleurs, mais qui anticipe le mouvement progressiste pour se tourner vers l’avenir.
Ce n’est pas un texte “essentiel”, mais, comme à chaque fois, elle y pose un jalon, elle marque une étape et fait porter le débat sur des thématiques trop longtemps repoussées par le parti.
Avec un peu de recul, le congrès de Reims et l’émergence de la motion Hamon apparaît comme une sorte de séance de ratrappage où le PS a montré , in extremis, qu’il avait lui aussi des gens pour penser un autre système économique. Mais, réduit à son rôle de porte parole, la singularité de Benoît Hamon se perd dans le discours mou de la direction du parti.
Les thématiques royalistes de l’excellence environnementale, la croissance verte et la démocratie participative sont les seules idées novatrices au PS depuis les 35 h. L’ouverture sur les idées altermondialistes, la crise aidant, constituent une seconde séance de ratrappage pour notre parti. Bien que dénigrée par beaucoup, Ségolène Royal est la seule depuis Mitterrand a avoir suscité un véritable engouement, à avoir déplacé des foules, et, a avoir réussi a faire à nouveau voter les jeunes pour le PS. Ne passons pas à côté de nos meilleurs atouts.
Lisez le texte de Royal. Qu’en pensez-vous ?





















Companeros,
Ségolène Royal est bien gentille mais sa vision politique se résume à des ” coups ” médiatiques : le string à l’école, les camps militaires pour les jeunes délinquants, la dénonciation du bizutage dans les grandes écoles, les cartes à 20 euros, l’appel du pied au centre droit de Bayrou…
Des ” coups ” qui portent parfois, comme tu le rappelles justement David en ce qui concerne l’altermondialisme.
Mais des ” coups ” qui font aussi mal au PS et qui ne peuvent permettre de rassembler et de structurer la gauche.
Sur l’altermondialisme, celà me fait bien marrer car il s’agit davantage d’une posture recherchée par Ségolène Royal (tout comme naguère par Jacques Chirac), qu’une adhésion aux principes défendus par le mouvement altermondialiste.
On entend peu Ségolène sur la répartition capital / travail, on cherche toujours son projet fiscal présidentiel pour mieux répartir les richesses.
Les faits sont tétus. Et lorsque l’on se heurte en 2007 au vide idéologique sur les questions sociales, alors qu’il y a un boulevard laissé par 5 années de gestion de la droite et par la casse méthodique des services publics, on ne peut pas s’étonner ensuite du résultat ou se dédouaner sur une absence de soutien de quelques socialistes, volontairement écartés en + par l’aspirante présidente.
Bref, Ségolène Royal a fait défaut à la gauche en 2007, et les classes moyennes et les classes populaires subissent pour 5 ans de plus la politique néfaste de Sarkozy.
Aussi, qu’elle fasse, elle aussi, son droit d’inventaire et son auto-critique avant de penser aux solutions du monde demain.
La transformation sociale ne se fera pas via une stratégie d’accord avec le MODEM, mais par le rassemblement de la gauche sur un projet clair et sur une vision politique proposée aux français.
Il ne nous reste plus que 3 ans pour le construire.
IL Y A URGENCE SOCIALE !!!
“Avec un peu de recul, le congrès de Reims et l’émergence de la motion Hamon apparaît comme une sorte de séance de ratrappage où le PS a montré , in extremis, qu’il avait lui aussi des gens pour penser un autre système économique. Mais, réduit à son rôle de porte parole, la singularité de Benoît Hamon se perd dans le discours mou de la direction du parti.
Les thématiques royalistes de l’excellence environnementale, la croissance verte et la démocratie participative sont les seules idées novatrices au PS depuis les 35 h. L’ouverture sur les idées altermondialistes, la crise aidant, constituent une seconde séance de ratrappage pour notre parti. Bien que dénigrée par beaucoup, Ségolène Royal est la seule depuis Mitterrand a avoir suscité un véritable engouement, à avoir déplacé des foules, et, a avoir réussi a faire à nouveau voter les jeunes pour le PS. Ne passons pas à côté de nos meilleurs atouts.”
Je reprends in extenso ton texte, David.
Hamon est celui qui “apparait”,il ne fait pas qu’apparaitre,il affirme.
Remise en cause du libre échange, tarif extérieur commun,augmentation des salaires.
Ségolèné a soutenu puis renié les 1500 euros de salaire ni laché un mot sur le libre échange.
“Hamon se perd dans le discours mou”
La gauche du PS a toujours fait strapontin ou force d’appoint réduit au silence,”on vous aime bien mais soyez réaliste”,”on ne peut pas tout faire tout de suite”,”vous avez raison mais c’est trop tôt”.
J’attends le score du PS aux Européennes face au facteur Besançenot si l’on débite le flux d’eau tiède du Manifesto des PS européens.
Comme je l’ai dit au conseil fédéral du PS du 06,je félicite Ségolène Royal pour son plan photovoltaïque en Poitou-Charentes,mais si l’europe n’impose pas un protectionnisme européen,demain la Chine,la Corée et d’autre pays à bas salaire et de niveau social mais DE GRANDE FORMATION SCIENTIFIQUE,pourrons concurrencer la fabrication et la commercialisation de l’excellence environnementale.
Dire et faire savoir,bravo pour Ségolène,mais les rapports de force en économie existent comme en politique.
je ne vois pas comment en utilisant les vieilles recettes libérales libre échangistes,comme depuis 1979 en Europe,on lutte efficacement contre 4 500 000 chômeurs en France,1 200 000 RMIstes et 2 500 000 travailleurs précaires.
A notre cher et anonyme Militant (enfin !) énervé :
As-tu lu le texte de Royal dont je parle dans le sujet ? Que penses-tu du positionnement du PS en général par rapport au mouvement altermondialiste ? Que pense-tu de l’altermondialisme lui-même ? Et enfin, question tout à fait subsidiaire, mais c’est juste pour le plaisir : N’y a-t-il vraiment que Ségolène Royal pour t’énerver autant (même pas un peu Sarkozy) ?
Bon, en étant plus sérieux, sur le fond, il faudra bien un jour réussir à parler des idées et non des personnes. Je vais te demander un effort terrible, mais je sais que tu peux y arriver : essaie de lire le texte de Royal en faisant abstraction du fait que ce soit elle qui l’ait écrit et donne-nous ton avis sur le contenu du texte :
- la croissance verte et la réorientation du secteur automobile américain par Obama vers des véhicules non polluants
- la démocratie participative comme condition de l’efficacité publique
- la fin souhaitée par Lula de l’ingérence de l’Amérique du Nord en Amérique du Sud
- la question très polémique des agro-carburants au Brésil et de la déforestation massive
- la notion clef de “biens publics mondiaux” de Petrella, qui s’oppose à l’utilitarisme américain
- etc.
A Jean Marc : oui, tu as raison, Hamon fait plus qu’apparaitre, il affirme et lui aussi pose des jalons importants, mais il n’était pas le centre de mon sujet.
Je pense, mais c’est très subjectif, que son rôle de porte parole amoindrit l’impact et l’originalité de son discours.
Sur le fond, tu écris “La gauche du PS a toujours fait strapontin ou force d’appoint réduit au silence,”on vous aime bien mais soyez réaliste”,”on ne peut pas tout faire tout de suite”,”vous avez raison mais c’est trop tôt”.
C’est aussi ce que le PS a dit des altermondialistes et des anticapitalistes. Je pense pourtant que bien des fois la frontière est ténue entre le rejet du néolibéralisme par “la gauche du PS” et le rejet du capitalisme et de la mondialisation négative par ATTAC. Il serait grand temps d’ouvrir des débats, de rencontrer d’autres mouvements politiques dans un échange sain et productif. En ce sens, le texte de Royal est une avancée.
Quand la motion Hamon a éclos médiatiquement, nos chers journalistes n’avaient que deux ou trois questions à répéter inlassablement. Parmi celles-ci il y avait : “Qu’est-ce qui vous différencie de Besancenot ?” Idem pour Mélanchon dès qu’il passait à la télé.
Il y a des points de convergences et de réelles divergences. Il serait temps de clarifier tout ça…
Et, après tout, tes messages sont souvent, au sens propre et noble du terme, “anticapitalistes”, non ?
Aurons-nous l’audace, pour augmenter le salaire minimum, de nous en prendre à l’éventail des salaires et des revenus ? Aurons-nous l’audace de nous en prendre, par un impôt, au capital et aux grandes fortunes ? Saurons-nous rétablir les justices indispensables en acceptant les impopularités correspondantes ? Saurons-nous gérer comme il convient, à l’intérieur du produit national brut, pour opérer les redistributions qu’avant nous les socio-démocrates Scandinaves ont réalisées avec tant de courage, même s’ils ne sont récompensés par les Socialistes français que par quelques sourires ironiques ? Aurons-nous ce courage-là ?
Bien entendu cela ne nous servira pas, cela ne servira la cause qui est la nôtre que si dans le même moment nous réalisons ce qui n’a pas été fait dans les pays que j’évoque, les appropriations collectives frappant au coeur, si j’ose ainsi m’exprimer, la société industrielle, moyens de production, assurances et crédit.
Voilà ! Là-dessus il faut débattre ici. De même qu’il faut débattre ici de l’Union de la Gauche, en finir avec les expressions qui n’ont pas de chance, soit parce qu’elles ne sont pas assez expliquées, qu’elles sont naturellement obscures, soit parce qu’elles sont aujourd’hui suivies de points de suspension avant qu’on sache de quoi on parle.
L’Union de la Gauche, c’est l’union des partis politiques de gauche (pardonnez cette lapalissade ) L’Union de la Gauche, c’est l’union des forces populaires représentées dans le combat politique par les partis et organisations politiques qui sont les représentants ou les interprètes naturels des classes sociales, du front de classes dont nous sommes les représentants, (Applaudissements)
Cela ne marche pas. On l’a bien vu. On s’en plaint. Je m’en plains. Il faut tenir bon. C’est ce que je demande. Ou bien, est-ce qu’il faut poser le sac au bord de la route ? Il faut accepter tout simplement que l’Union marche quand le Parti Communiste décide qu’elle marche et qu’elle ne marche plus quand il a décidé qu’elle ne marcherait plus ? C’est cela l’identité du Parti Socialiste, se soumettre aux volontés stratégiques ou tactiques d’un autre parti politique dont on sait bien que l’Union, pour lui, le plus souvent, n’est qu’une façon d’affirmer sa prééminence, et qu’elle lui plait moins dès lors que la démonstration contraire
risque de se produire.
Mais voilà la réalité. Qu’on m’en propose une autre ! Et comme on m’en propose une autre sous la confusion des vocables, qu’on dise quoi ! Qu’on dise quoi ! Des syndicats ? Des associations ? Lesquels ? Veulent-ils ? Peuvent-ils ? Est-ce conforme à leur vocation, à leur histoire ? Avons-nous la garantie qu’il s’agira de bâtir ensemble une société Socialiste ? Et si ce n’est pas ceux-là, de qui parle-t-on ?
L’Union de la Gauche avec des gens de droite ? L’Union de la Gauche avec les gens de gauche ce n’est déjà pas si facile, mais l’Union de la Gauche avec les gens de droite, permettez (Applaudissements)…
Congrès de Metz - Extraits de l’intervention de François Mitterrand - vendredi 6 avril 1979