Le blog de la Section du Parti Socialiste Nice Masséna - Europe : la question turque

Europe : la question turque

6 avril 2009 par David Nakache | Catégorie Europe.

Les déclarations :Barack Obama au Parlement turc

Barack Obama a inclus la Turquie dans sa tournée européenne. Il a insisté, en marge du sommet de l’OTAN, sur la nécessité d’ancrer la Turquie dans l’Europe. Plus que cela, il a déclaré, devant des parlementaires turques médusés, que les Etats-Unis soutenaient la candidature de la Turquie à l’entrée dans l’Union Européenne.

Nicolas Sarkozy a immédiatement rappelé sont oppostion à l’entrée de la Turquie dans l’Europe : «Je travaille main dans la main avec le président Obama, mais s’agissant de l’Union européenne, c’est aux pays membres de l’Union européenne de décider», a-t-il déclaré. «J’ai toujours été opposé à cette entrée et je le reste. Je crois pouvoir dire qu’une immense majorité des Etats membres (de l’UE) est sur la position de la France».

Vincent Peillon, interrogé dimanche sur la question, a déclaré : “La Turquie a joué un rôle dans les relations avec Israël et les Palestiniens. Elle est en positon de négociation à la fois avec l’Irak et l’Iran. Elle intervient dans la question de l’Afghanistan et du Pakistan. Dire : “A priori, je ne veux pas qu’elle entre”, c’est prendre une très lourde responsabilité historique. Ce propos de Nicolas Sarkozy est irresponsable.”

Les faits :

Rappelons tout d’abord qu’un processus d’adhésion à l’Europe est fixé et est extrêmement long. Il durera plusieurs années. Il peut aboutir à une adhésion comme il peut aboutir à la création d’un statut de partenaire privilégié de l’Europe.

Rappelons ensuite que la question de l’entrée dans l’Europe est une question politique plus qu’une question géographique : une très petite partie de la Turquie est géographiquement située sur le continent européen, la grande majorité sur le continent asiatique.

Rappelons enfin les arguments généralement donnés contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe :

- Le premier, ne nous voilons pas la face, c’est l’Islam. La Turquie est un pays musulman. Mais l’entrée future de l’Albanie, par exemple, qui est déjà un “état associé” de l’Europe, pourtant pays musulman elle aussi, ne semble pas faire autant débat…

- On nous dit ensuite que les pays membres de l’Union ont une culture commune, trop différente de la culture turque. On revient ici, en réalité, au premier argument, en opposant une “culture chrétienne” à une “culture musulmane”. De plus, certains habitants d’Ankara ont des modes de vie citadins et modernes plus proches du mode de vie d’autres citadins français que de celui de paysans lituaniens. Tout est relatif et dépend beaucoup des conditions économiques et sociales, autant sinon plus que d’une prétendue “culture chrétienne européenne”.

- On nous dit enfin que la Turquie, de par sa population importante, changera le rapport de force en Europe et les équilibres en place. C’est vrai. Et alors ?

Développons maintenant quelques arguments pour l’adhésion de la Turquie :

- Vincent Peillon l’a rappelé, la Turquie membre de l’Europe serait un atout stratégique fort, pour l’Union, au Proche et Moyen Orient.

Mustafa Kemal- Sur la question de l’Islam, il faut rappeler ce qu’est la Turquie. Si c’est un pays musulman par son nombre de croyants, la Turquie est encore, constitutionnellement, un état démocratique et laïque. Pourquoi ? Parce que lors du démantèlement de l’Empire Ottoman, après la première guerre mondiale, Mustafa Kemal, grâce à la révolution Jeune-Turque, en 1922, a fondé la Turquie moderne. Il a donné le droit de vote aux femmes, instauré la laïcité en interdisant le califat, remplacé l’alphabet arabe par l’alphabet latin, et doté la Turquie d’une constitution. Kémal “Ataturk”, “le père des turcs”, a changé le destin de la Turquie.

Aujourd’hui, la Turquie est à la croisée des chemins. L’Islam s’implante en Turquie. Mais la Turquie n’a pas encore cédé. Si elle entre dans l’Europe, en s’appuyant sur le modèle européen, la Turquie renoue avec sa tradition démocratique. Si elle bascule dans la loi coranique et l’islamisme, c’est tout le Proche Orient qui bascule avec elle.

L’arrivée au pouvoir d’Erdogan et de l’AKP, en 2003, a fait craindre la fin de la laïcité turque. Le port du voile, autrefois interdit, a été autorisé au Parlement à l’Université. Mais Erdogan pousse la Turquie vers l’Europe, et essaie ainsi de faire taire les critiques et de calmer son opposition. L’affaire des caricatures de Mahomet a ravivé le débat. Le sort des Arméniens et la non reconnaissance du génocide reste un point d’achoppement non réglé. Mais la Turquie est à un moment clef de son histoire. Elle a besoin de l’Europe comme l’Europe a besoin d’elle.

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6 commentaires à l'article “Europe : la question turque”

  1. MB | 6/04/09

    Je suis contre l’entrée de la Turquie dans l’UE AUJOURD’HUI , non pas par principe comme Sarkozy, non pas par cohérence géographique (Chypre est plus à l’est qu’Istanbul), encore moins par conception chrétienne de l’Europe comme Bayrou.

    Je pense tout simplement que ce n’est vraiment pas la priorité! l’UE doit absolument freiner pour un temps sa dynamique d’élargissement. Ses institutions sont mal en point,largement contestées, toujours aussi peu démocratiques. l’Europe sociale reste à construire alors faisons le pari de l’approfondissement avant d’élargir à nouveau. Réussissons l’harmonisation fiscale par exemple.

    Par ailleurs, je trouve détestable qu’Obama vienne nous dire qui nous devons faire rentrer dans l’UE. Il s’agit de la contrepartie accordée au turcs pour l’acceptation de Rassmussen à la tête de l’Otan. On voit là à quel point le discours de Sarkozy sur le non alignement ne tient pas debout. A peine avons nous réintégré le commandement que le président américain nous somme d’accepter dans l’UE l’un des premiers contributeur de l’alliance…

  2. David | 6/04/09

    Je suis d’accord avec toi sur la question des priorités et je ne préconise pas une entrée de la Turquie dans l’Union tout de suite. Je suis juste contre l’opposition catégorique, par principe, de Sarkozy et contre la réduction de la Turquie à l’image d’un pays islamiste, alors que beaucoup de Turcs luttent pour la démocratie et la laïcité.

    Après, qu’il y ait une stratégie d’Obama pour imposer dans l’Union un allier supplémentaire des Etats-Unis, c’est sans contestes.

    Sur la question plus précise de l’élargissement je pense qu’effectivement, l’Union aurait du consolider ses institutions avant de poursuivre son élargissement. Mais faut-il rappeler que si le Traité Constitutionnel Européen avait été voté, nous aurions une présidence plus longue et des institutions plus fortes…

  3. jean marc | 12/04/09

    Ne soyons pas naïf,si Oboma souhaite l’intégration de la Turquie,c’est pour 2 raisons.
    - la Turquie le veut
    - La Turquie est un allié indéfectible des USA dans la région.

    Mais l’intégration de la Turquie,repose la problématique de quel Europe?

    L’Europe dans ses fondements,a pour valeur un pacte de stabilité et de croissance.

    L’objectif de stabilité est atteint depuis longtemps : une monnaie unique et une inflation très faible.

    Quant à l’objectif de croissance,cela n’a jamais été réalisé.
    Depuis 15 ans,hors endettement affolant des anglo saxons,des irlandais,des hollandais, des espagnols (soit 150% du revenu disponible annuel),la croissance du PIB européen est égale à ZERO.(Patrick ARTUS dans son livre “les incendiaires” qui analyse le fonctionnement des banques centrales dont la BCE).

    La turquie reposera le problème des délocalisations intra européenne qui favorise la baisse des salaires donc la baisse inéxorable de la demande dans l’espace européen.

    Je réaffirme que la question cruciale d’un protectionnisme européen est incontournable et qui si le PS ne s’en empare pas,d’autre pourrait lui tondre la laine sur le dos.

    JE NE DESESPERE PAS MAIS JE TROUVE LE TEMPS UN PEU LONG.
    Quoique?
    Voici l ‘argumentaire du “juste échange” par le PS pour les européennes:
    “Ce que l’on entend par là / Notre objectif :
    Par le juste échange, nous souhaitons à la fois aider au développement économique des pays pauvres et promouvoir les normes sociales et environnementales internationales pour une plus grande justice sociale à l’échelle de la planète. Le commerce doit être au service du développement, avec une approche mondiale et solidaire”.

    “Souhaitons,allons promouvoir,le commerce doit être au service”
    J’y vois un catalogue de voeux pieux sans énergie de réalisation concrête,la route va être longue,je lutte,je lutte…………..

  4. David | 12/04/09

    Oui, Jean-Marc, ce que tu dis est vrai si l’on intégrait la Turquie à l’Europe tout de suite, en l’état. Mais il y a plusieurs points à relever :

    D’abord, si l’Europe a “dans ses fondements” un pacte de stabilité et de croissance, elle a surtout, à la base, un but simple mais fondamental : la paix. La naissance de la communauté européenne vient de la volonté de ne pas reproduire les horreurs de la seconde guerre mondiale. Ne l’oublions jamais. Et elle y est parvenue. La stabilité européenne imposée par l’Union est avant tout une stabilité par la paix, la non agression entre les États. En ce sens, l’entrée, à terme, de la Turquie dans l’Union contribue à la stabilité et à l’extension d’une zone de paix et de non agression.

    Ensuite, tu dis que “La Turquie reposera le problème des délocalisations intra européenne qui favorise la baisse des salaires donc la baisse inexorable de la demande dans l’espace européen”. Mais c’est précisent là où les élections européennes sont importantes : le Manifeste signé par 27 partis socio-démocrates européens prévoit comme programme commun un SMIC européen. Si un salaire minimum est établi, même s’il est adapté dans chaque pays en fonction du revenu moyen, ce sera un frein aux délocalisations intra-européennes. Car les délocalisations que nous redoutons pour nos salariés signifient aussi, en réalité, l’exploitation de travailleurs dans d’autres pays. En améliorant leur conditions, ont fait d’une pierre deux coups…

  5. jean marc | 13/04/09

    Pour commencer à résorber le chômage,il faut une croissance du PIB de 3% par an.
    L’europe a une croissance égale à zéro.
    Depuis 1983 on a pas résorbé le chômage puisque la croissance n’y est pas.
    Je pense que la paix est installé en Europe.
    Mais je pense à contrario qu’une Europe qui structurellement n’a pas de croissance,de partage d’emploi,est provocatrice de guerre sociale ( la vraie guerre moderne!) contre les chômeurs.
    15 ans de croissance zéro et l’on nous fait croire perpétuellement au retour de la croissance.Même la croissance verte est un mensonge si nous restons dans le même schéma de libre échange.

  6. Mathieu | 15/04/09

    Peillon a bien précisé ce matin à Nice qu’il n’exigeait pas une entrée de la Turquie dans l’UE MAINTENANT, il a d’ailleurs rappelé les erreurs faites pour les pays de l’est ( pas de budget à la hauteur de l’objectif d’intégration). Cependant, il a une nouvelle fois jugé irresponsable le discours gouvernemental.

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