26 mai 2009 par David Nakache | Catégorie Education, Politique à Nice.
Selon le journal Metro (édition du lundi 25 mai 2009), Christian Estrosi, maire de Nice, aurait déclaré : “Je veux faire de Nice un laboratoire national de la sécurité”.
Qui seront les premiers cobayes de ce laboratoire local ?
Réponse : les élèves de certaines écoles primaires de la ville de Nice.
Quelles écoles ? “A titre expérimental”, les écoles de Bon Voyage, Saint Augustin et l’Ariane…
De quoi s’agit-il précisément ?
La question est sérieuse, la réponse un peu moins. Reprenons :
Suite à un fait divers récent et dramatique (une enseignante poignardée par un élève au sein d’un collège), le gouvernement cherche à légiférer. Comme toujours, au lieu de prendre le temps de la réflexion et de décider une fois le coup de l’émotion passé, la “méthode Sarkozy”, qui veut toujours aller plus vite que de raison, consiste à réagir au fait médiatique, dans l’urgence du moment, afin de ne pas laisser penser un seul instant que l’inaction s’installe.
Encore une fois, on confond action et précipitation. Pourtant, le débat est ancien et épineux. Qui peut appréhender, fouiller des adolescents dans un établissement scolaire et, si besoin, les interpeler ? Doit-on faire entrer la police dans les lycées, les collèges, voir même les écoles primaires et maternelles ?
Certains le pensent et développent deux arguments :
1/ La police est la plus à même d’intervenir. Le personnel est formé et assermenté.
2/ Il ne doit pas y avoir de zones de non droit. L’impunité des mineurs est révolue.
D’autres pensent au contraire que la police ne doit pas intervenir au sein de l’école :
1/ Les écoles ne sont pas des prisons, des lieux soumis à la loi sécuritaire. Ce sont des lieux d’apprentissage.
2/ Un enseignant qui en appellerait à sa hiérarchie qui, elle, en appellerait à la police, perdrait tout crédit auprès des élèves, aurait un rôle de délateur à leurs yeux, romprait ainsi tout climat de confiance avec des jeunes déjà en difficultés.
Devant ces oppositions manifestes, Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale, a proposé la création d’une unité spéciale, dépendant du recteur d’académie, habilitée à fouiller les élèves et pouvant intervenir si besoin. La proposition de Darcos vise à régler les problèmes de l’éducation nationale “en interne”, sans recours aux forces de l’ordre. Il a aussi proposé l’installation de portiques permettant de détecter les métaux, comme dans les aéroports. Pour ou contre, reconnaissons que la proposition fait sens, et mérite l’attention.
Alors que le débat n’est pas tranché et que le Parlement ne s’est pas prononcé sur la question, le maire de Nice, lui, décide seul, sans dialogue préalable avec les chefs d’établissements, les enseignants, les fédérations de parents d’élèves, les intervenants extérieurs qui suivent les jeunes en difficultés (services sociaux, protection judiciaire de la jeunesse, etc), d’imposer la manière forte et de jouer la carte de la répression. Sur qui ? Non pas sur des adolescents ou des jeunes majeurs (les collèges et lycées ne relèvent pas de l’autorité du maire qui ne peut statuer que sur les écoles primaires) mais sur des enfants de six à dix ans. Le maire veut en effet créer une brigade de la police municipale “chargée d’actions et d’interventions en milieu scolaire” et équiper les écoles de portiques détecteurs de métaux. On va donc contrôler des écoliers, délinquants potentiels, afin de prévenir le port d’armes illégal.
La décision unilatérale du maire de Nice pose au moins trois problèmes :
1/ L’efficacité :
Comment cela va-t-il se passer concrètement ?
Cas d’écoles : soit une école primaire classique de Nice équipée comme il se doit de portique détecteurs de métaux. Le signal retentit. Un élève détient, dans son sac à dos, une arme à feu. Qui confisque l’arme en attendant les forces de police ? L’enseignant ? Non. Il ne peut laisser sa classe sans surveillance pour s’occuper d’un seul élève. Le directeur de l’école ? Non, il n’a pas toujours de décharge, et ce jour là, il fait classe lui aussi. Reste la gardienne de l’école… Sans avoir aucun grief particulier contre les gardiennes d’écoles, sont-elles habilitées à stopper l’enfant détenteur d’une arme à feu, l’empêcher d’entrer en classe, lui confisquer son arme et la conserver le temps que la police arrive ?
Stigmatisations : encore une fois, les écoles des quartiers sensibles sont visées, leurs élèves montrés du doigt, suspectés, étiquetés délinquants potentiels. Cela ne va-t-il pas renforcer leur sentiment d’exclusion et aggraver la situation au lieu de l’apaiser ? Les élèves ne vont-ils pas ressentir cela comme de la provocation et tenter de faire entrer différents objets… “pour voir si ça sonne” ?
2/ Le coût :
Combien coûtent de tels portiques ? Avec quel argent va-t-on payer ? A-t-on consulté les Niçois, avant, sur l’usage de leurs impôts locaux ?
3/ Les motivations :
Qu’est-ce qui pousse le maire de Nice à un tel excès de zèle ? Est-ce là le constat lucide et objectif d’une mise en danger des enfants au sein de l’école primaire de Nice ? Combien de cas d’armes à feu retrouvées dans les écoles niçoises pour légitimer un tel dispositif ? Ou est-ce plutôt la volonté de briguer un poste de ministre à la place de Michèle Alliot Marie ou de secrétaire d’état à la sécurité publique auprès de cette même Michèle Alliot Marie ?
Quel sens donner à cette décision ? Est-ce l’intérêt général qui prime ou l’intérêt personnel d’un homme politique avide de promotions ?





















A chaque saillie hystérisée médiatique,la proposition de loi UMP n’est pas loin.
Je rappelle tout de même la loi UMP sur la répression des regroupements interdits dans les entrées d’immeubles.
Quelle efficience depuis sa promulgation ?
Sincèrement, l’arsenal répressif existant,est-il insuffisant?
Hormis des ajustements pour des lycées et collèges où sans être naïf,il est certainement urgent de réviser les modes d’intervention,beaucoup de bruit pour une récupération politique et toujours vérouiller le vote FN en vue des européennes.
Mr.Estrosi pourrait également ouvrir un laboratoire niçois du non lieu judiciaire.
A cet effet,nous pourrions étudier le non lieu dont il a bénéficié grâce au juge Renard,sur l’affaire du détournement de 750 000 frcs de subvention du Conseil Général,pour le comblement de passif du golf qu’il détenait avec sa femme,toujours conseillère municipale.
Pour ceux qui serait toujours dans l’ignorance,vous pouvez regarder cette vidéo.
http://www.dailymotion.com/video/x1ze4o_affaire-estrosigolf-de-nice_politics
Merci pour le lien Jean Marc, je n’avais jamais vu le reportage
SANCTUAIRE…
“L’école de la république doit être sanctuarisée”. Déclaration du Président du Conseil Général des AM (nice matin du 29/05).
Voilà des propos au combien antinomiques et lourd de sens. En effet l’école de la république est laïque, elle ne doit pas être ni devenir un sanctuaire. Il n y’a à l’école que des élèves, des personnels divers et des enseignants. En aucun cas Monsieur le Président, vous ne trouverez pas de saints. L’école de la république n’a pas besoin de baguette magique pour enrayer la violence. La violence est présente dans la société, et ce ne sont pas les portiques de sécurité qui empêcheront ces phénomènes.
Depuis 2002 la droite est au pouvoir et n’a cessé de légiférer et de faire du vent en agitant les épouvantails de l’insécurité. Elle a supprimé toutes les mesures qui visaient à apaiser la population et a attisé le feu à cause de sa politique de destruction massive des services publics notamment dans les quartiers défavorisés et les villes rurales.
Par sa politique en faveur de l’enseignement privé. Dernier exemple, le financement par le plan espoir banlieue du lycée Jean Paul II à Sartrouville.
Voilà la conception de la sanctuarisation de l’école républicaine : détruire l’école publique pour favoriser l’école privée.