22 juin 2009 par David Nakache | Catégorie Europe.
Plutôt que de redire ce qui a déjà été si bien dit, je vous livre, une fois n’est pas coutume, un édito de Jean Paul Piérot, publié dans l’Humanité le 20 juin 2009 :
« Le mépris permanent »
” Les conseils européens qui suivent une consultation populaire sur l’avenir de l’Union présentent les mêmes caractéristiques, une ignorance affectée des attentes des citoyens, une volonté de contournement de la démocratie, cette grande empêcheuse de libéraliser en grand.
En juin 2005, ébranlé par le « non » des peuples français et néerlandais au projet de constitution, le sommet des chefs d’État et de gouvernement n’eut qu’une préoccupation : la recherche d’un stratagème pour annuler des décisions. On assista alors à cette pénible prestation d’un président français Jacques Chirac qui, au lieu de porter le vote de la France, s’excusait devant ses pairs de l’embarras provoqué par ses compatriotes. On vit par la suite la machination dont son successeur Nicolas Sarkozy se fit l’exécuteur afin d’imposer la ratification du même texte, - nommé différemment, le traité constitutionnel devint le traité de Lisbonne - par un congrès de députés aux ordres, usurpant la souveraineté du peuple.
En juin 2009, au lendemain d’une élection du Parlement européen, marquée par le record absolu de l’abstention, les dirigeants des vingt-sept ne prêtent aucune attention à l’ampleur de la crise de confiance qui affecte l’Union européenne. Pire, tout se passe comme si, d’Angela Merkel à Nicolas Sarkozy, de Gordon Brown à Silvio Berlusconi, tout ce petit monde réuni autour de José Manuel Barroso se félicitait, sans l’avouer, de la désaffection des électeurs. Elle donne à certains d’entre eux l’illusion d’une victoire électorale. À leurs yeux, l’Europe est une affaire trop importante pour être confiée aux peuples européens.
Nous vivons sous le règne du déni de démocratie permanent. Hier, la France et son référendum piétiné, aujourd’hui l’Irlande, qui a mal voté (puisque son peuple a refusé le traité de Lisbonne) enjointe de réparer son insolence en revotant à l’automne. Ainsi, en ont décidé les vingt chefs d’État et de gouvernement, dont le pitoyable premier ministre Brian Cowen, dont le parti de droite le Fianna Fail a été désavoué par les électeurs le 7 juin dernier. Face au non irlandais, la sphère dirigeante se dévoile comme jamais. Pour tenter d’arracher une approbation irlandaise au traité de Lisbonne lors du nouveau référendum, le conseil européen satisfait sans sourciller les revendications des plus libéraux et conservateurs du pays, en garantissant qu’ils pourront poursuivre une politique de dumping fiscal et qu’ils pourront continuer à interdire l’avortement. On se souvient que, pendant la campagne référendaire en France, des partisans du « oui » accusaient de mauvaise foi les organisations féministes qui faisaient observer que le droit à IVG ne figurait pas dans le projet de constitution. Mauvais procès ? Non, l’IVG ne fait pas partie des droits reconnus par l’UE ! C’est ce que vient d’affirmer le Conseil aux ultra-conservateurs irlandais.
Cette politique du mépris s’incarne dans le choix des dirigeants européens de reconduire José Manuel Barroso dans son poste de président de la Commission. L’homme politique situé bien à droite sur l’échiquier politique portugais symbolise l’accélération de toutes les déréglementations, la déconstruction des services publics, les projets les plus antisociaux (temps de travail jusqu’à soixante-cinq heures) et les plus liberticides (directive « retour » des migrants). Certes, il y aurait quelque naïveté à croire que le Parlement européen dans lequel la droite est renforcée pourrait voter pour une commission en rupture avec l’équipe Barroso. Il n’y a pas davantage à attendre des grandes manoeuvres, qui vont se développer dans les semaines qui viennent autour de la composition de la Commission entre le PPE et le PSE, ni aux clins d’oeil de Daniel Cohn-Bendit à Nicolas Sarkozy. L’Europe sociale reste à conquérir.”
http://www.humanite.fr/2009-06-20_Politique_Le-mepris-permanent




















