Europe-Ecologie : un oxymore ?

27 juin 2009 par Jean-Marc | Catégorie Crise sociale, Environnement.

nice théatreA eux seuls, les transports représentent 55% de la consommation de pétrole dans le monde. L’écologie réelle contredit de fait les préceptes d’Europe Ecologie. Le système libre-échangiste est à l’origine des vrais dérèglements de la planète.

Le bon score de liste Europe écologie aux élections européennes a remis sur le devant de la scène la thématique de l’environnement. Ce sujet nécessite une étude minutieuse pour qu’on puisse démêler l’utile de l’accessoire, le sérieux du marketing et des gadgets.

Un tel examen nous révèle rapidement qu’il n’est pas possible de séparer la question de l’écologie de celle de la mondialisation et de l’organisation des rapports économiques mondiaux. Ne pas le faire, se contenter d’une série de préconisations-gadget, n’a pas de sens, et relève le plus souvent d’une démarche électoraliste trompeuse plutôt que d’une volonté sincère de trouver des solutions profondes et durables.

En réalité, le libre-échange généralisé tel qu’il s’est mis en place depuis plusieurs décennies, connaissant une accélération ces 20 dernières années, est une cause majeure des déréglements liées aux pollutions, et même sûrement la plus importante de toutes.

Europe-Ecologie, un oxymore ?

En effet, un système qui repose sur une séparation systématique entre lieux de production (dans les pays à bas coûts de main d’oeuvre), lieux de consommation (pays à haut niveau de pouvoir d’achat) et lieux de recyclage et d’accumulation des déchets (pays pauvres faiblement soumis au contrôle médiatique des organisations environnementales) ne peut qu’induire pollution et dégâts environnementaux.

Produire un bien à 10 000 km de son lieu de consommation se traduit par des transports beaucoup plus nombreux, et donc une pollution démultipliée, mais aussi par un contournement massif des normes environnementales en vigueur dans les pays les plus avancés.

La mondialisation débridée, qui repose sur un socle, le libre-échange généralisé, est donc le premier facteur de pollution. A eux seuls, les transports représentent 55% de la consommation de pétrole dans le monde. Selon un rapport du Sénat, ils sont de loin la première cause d’émission de gaz à effet de serre (41% en France), et leur part ne cesse de croître. Les avions sont déjà responsables de 10% de l’effet de serre, et ce taux devrait doubler d’ici 2015.

Toute politique sérieuse en matière d’écologie doit donc commencer par établir ce diagnostic, et proposer des solutions qui passeront nécessairement par une remise en cause de ce système intenable.

Europe-Ecologie, un oxymore ?

Ainsi, comme sur nombre d’autres sujets, notamment sociaux, la mise en place d’un protectionnisme raisonné, qui incitera à produire et à consommer sur place, est une solution incontournable. Produire et consommer français, voilà qui ne devrait pas être un épouvantail à «élites», mais un message moderne, social et écologique. Etendu à tous les pays, il peut seul régler les difficultés que nous connaissons.

L’installation d’un nouveau protectionnisme nécessite d’aller de façon volontaire contre les intérêts immédiats de puissants lobbies. Elle permettra de réduire considérablement les pollutions engendrées par les transports, aussi bien sur terre, que sur mer et dans l’air. Elle permettra de mieux contrôler l’application effective des normes environnementales. Elle permettra en un mot une société du bien-être, aussi bien sur le plan social (lutte efficace contre les délocalisations, fin de la spirale à la baisse des salaires) qu’écologique.

Est-ce à dire que les propositions ponctuelles relatives à l’environnement sont inutiles ? Non. S’il ne se réduit pas à un simple argument de communication, le développement durable est une avancée. Il est toujours plus sain de vivre dans des sociétés où chaque acteur veille à polluer au minimum. De même, la marginalisation des énergies fossiles, en premier lieu le pétrole et le charbon, est une nécessité, qui passera essentiellement par le développement de l’énergie nucléaire et l’accélération des recherches pour permettre l’émergence de nouvelles générations de nucléaire plus sûres et plus efficaces.

Mais se limiter à ce catalogue de mesures sans s’interroger sur la question-clé du libre-échange et du rapprochement entre lieux de production et lieux de consommation, ne permettra pas d’aller bien loin. C’est là la faille principale des listes écologiques et de partis tels que l’UMP, le PS, le Modem ou les Verts, qui ont tous intégré un volet environnemental dans leur programme, tout en continuant par ailleurs de s’inscrire dans le modèle libre-échangiste, libéral et mondialiste.

Le meilleur exemple de cette aberration est celui de la liste menée par Daniel Cohn Bendit, qui, d’un côté prétend défendre l’environnement, et qui de l’autre soutient mordicus l’Europe libérale, qui s’inscrit dans la plus pure tradition de la mondialisation ultralibérale et du libre-échange généralisé, et le Traité de Lisbonne, qui renforce encore ses travers. A l’heure actuelle, mettre ensemble les mots « Europe » et « Ecologie » est donc un contre-sens majeur, presque un oxymore.

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10 commentaires à l'article “Europe-Ecologie : un oxymore ?”

  1. Jean-Marc | 27/06/09

    Restriction du libre-échange par la relocalisation de la production pour un développement durable à défaut de dire protectionnisme européen!

  2. David | 27/06/09

    Alors là, je crois bien que c’est le degrés zéro du journalisme ! Comment peut-on écrire un tel article sans avoir lu une ligne du programme d’Europe-Écologie ? Un peu d’honnêteté intellectuelle tout de même ! Je ne vais ici faire l’apologie du programme d’Europe-Écologie, mais quand même !
    Sur la question des transports, ils proposent “Un contrat de conversion écologique de l’industrie automobile pour engager une autre politique des transports”.
    Sur la question du libre échange, l’écologie politique n’a même pas à se déclarer “anti-capitaliste” puisque si l’on appliquait ne serait-ce que la moitié des normes sociales et environnementales qu’ils préconisent le marché serait déjà régulé, voir sur-régulé…
    Alors oui, le titre est vendeur, alors oui, on peut s’extasier sur une nouvelle forme de “protectionnisme” et faire dire n’importe quoi à des mots qui ont un sens et qui sont marqués du poids de l’Histoire, mais cela reste intellectuellement malhonnête…
    Allez Jean-Marc, prend quelques minute et lit leur programme : http://www.europeecologie.fr/files/EE_Programme_BD.pdf

  3. jean marc | 28/06/09

    Par honêteté,je ne peux ni tailler,ni couper l’article.

    Ce que je trouvais interessant,c’est ce passage:

    “La mondialisation débridée, qui repose sur un socle, le libre-échange généralisé, est donc le premier facteur de pollution. A eux seuls, les transports représentent 55% de la consommation de pétrole dans le monde. Selon un rapport du Sénat, ils sont de loin la première cause d’émission de gaz à effet de serre (41% en France), et leur part ne cesse de croître. Les avions sont déjà responsables de 10% de l’effet de serre, et ce taux devrait doubler d’ici 2015.

    Toute politique sérieuse en matière d’écologie doit donc commencer par établir ce diagnostic, et proposer des solutions qui passeront nécessairement par une remise en cause de ce système intenable”.

    Suite aux articles sur le libre-échange,je n’avais pas cette information,qui milite une fois de plus,pour une restriction du libre-échange et la relocalisation de la production.

  4. yann | 28/06/09

    oui jean marc c’est vrai tout comme dénoncer le libre échange sans proposer un modèle alternatif qui parle de repartition des richesses entre pays pauvre et riche car si il faut mettre des regles et des normes sociale pour garantir un échange conforme à nos valeurs gardons nous d’un protectionnisme qui permettrait aux pays riches de protéger leurs acquis comme ils l’ont fait avec la colonisation et c’est pour cela que je suis persuadé que la seule réponse économique est l’organisation d’un rapport de force qui garantisse le progres sociale et les droits humains dans les pays pays pauvre nous ferions ainsi double action

  5. David | 28/06/09

    Cela me fait furieusement penser à cette belle notion de “juste échange” que la direction du PS avait avancé en complément du Manifesto lors des européennes. La difficulté consiste à donner corps à cette notion pour proposer une alternative à celle de “libre-échange”.
    Concevoir un mode de production et de circulation des marchandises qui facilite la création de richesses, le progrès social et le respect de l’environnement sans que cela soit au détriment des pays pauvres, voilà qui est intéressant. Mais, tout comme le commerce équitable, cette idée va à l’encontre de toute notion de protectionnisme (encore faut-il ne pas confondre protectionnisme et régulation).

  6. jean marc | 28/06/09

    Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les résultats du libre-échange accepté par Mitterand depuis 1983 pour intégrer définitivement l’Europe.

    De 1983 à 1993,trois millions de chômeurs,déroute aux législatives,470 députés de droite pour 80 députés de gauche.

    Aujourd’hui,3 000 000 de chômeurs de rang 1 à 8.
    1 200 000 Rmistes.
    8 000 000 de français à moins de 750 euros de revenus par an.

    Le résultat de 26 années est sous nos yeux.
    Il va falloir réguler sévère à défaut de protectionnisme.

  7. jean marc | 28/06/09

    750 euros par mois,bien entendu

  8. Stephane | 28/06/09

    “Relocaliser la production”, exactement. Arrêtons d’utiliser les produits Microsoft et utilisons l’informatique de Bull qu’il ne faudrait pas oublier par la même occasion de renationaliser comme l’avait fait Mitterand.

    Avec ça, l’industrie française aura certainement un avantage comparatif, hein ?

  9. yann | 28/06/09

    jean marc si il nous faut une comparaison prenons celle de l’entrée de l’espagne et du portugual dans l’europe et des pays de l’est… les frontières du protectionnisme sont illusoires et injuste ou alors il nous faudra construire des murs … oui les murs dont tu parles si souvent !
    reguler c’est proteger nos acquis mais aussi utiliser notre force economique pour promouvoir nos valeurs humanistes et egalitaires

  10. Nathalie | 29/06/09

    Dis moi Jean Marc….est-ce qu’il faudra aussi relocaliser le tourisme?

    A moins que nous proposions la création d’une société en HQE de traversée de la Méditerranée et de l’Atlantique en pirogue ou de l’Europe centrale en vélo. Sourire.

    çà va çà va c’était une blague pour mon protectionniste préféré.

    Bises

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