Gréau défend le protectionnisme contre la déflation salariale.

30 juillet 2009 par Jean-Marc | Catégorie Crise sociale.

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Extrait d’une intervention de Jean-Luc Gréau;économiste;à la Fondation Respublica en date du 28 novembre 2005,vous avez bien lu 2005.

Il écrit cette même année:”l’avenir du capitalisme”qui prévoie le surendettement des USA et la crise que nous connaissons aujourd’hui.

“Cette croissance mondiale est obtenue au prix de certaines conditions :
La première condition est le déficit commercial des Etats-Unis qui atteint 700 milliards de dollars (cela donne 800 milliards de dollars pour la balance courante en 2005). C’est un déficit qui est non seulement chronique mais croissant : on ne le voit jamais se stabiliser sinon pour une courte période. J’attire votre attention sur le fait que l’Europe elle-même est concernée par un déficit croissant de ses échanges avec l’Asie. Sans l’arbre énorme – espèce de séquoia – allemand qui masque la forêt, nous serions dans une situation amplement déficitaire. Ne nous laissons pas abuser par la surcompétitivité de l’Allemagne, nous sommes en déficit : le déficit français se creuse, le déficit espagnol est à peu près le record du monde en termes de PIB, 9% mais l’excédent commercial allemand est, en termes de PIB, le record du monde, avec 7% du PIB.


Deuxième point, l’accumulation consécutive des réserves de change dans les caisses des banques centrales asiatiques. Réserves de change, donc réserves de trésorerie pour prévenir des besoins. Or il n’y a pas de besoins à prévenir puisque ces pays continuent d’accumuler des réserves exprimées en dollars sans besoin apparent du fait même de leur excédent constant et croissant avec l’Amérique du Nord. J’attire votre attention sur ce point : ce ne sont pas des dollars qui s’accumulent, ce sont des titres du Trésor américain, obligations et bons du Trésor, ce qui signifie que les dollars reviennent dans les circuits de l’économie américaine pour continuer à soutenir son expansion interne de l’économie. Cette confusion est souvent faite, c’est pourquoi je me permets d’essayer de l’écarter devant vous. Cette économie est régulée monétairement par la Banque centrale américaine. On a vu, au moment de la crise asiatique, la Banque centrale américaine qui essayait de refroidir l’économie intérieure, déjà en surchauffe, opérer une volte-face et c’est comme ça qu’on a connu la fin de la crise asiatique mais aussi le boom boursier qui a fini dans les crises boursières de 2001-2002 aux Etats-Unis et, de nouveau, la Banque centrale américaine a relancé la machine à la suite de la crise de l’investissement, de la crise du marché des actions américain alors même qu’en 2000, elle essayait encore de refroidir la machine américaine.
Donc la Banque centrale américaine fait office de banque mondiale, de pilotage de l’économie mondiale. C’est un point troublant parce qu’il n’y a pas de partage des rôles de ce point de vue : on ne peut pas dire que la Banque centrale européenne ait un rôle défini dans le concert de l’économie mondiale. Mais il y a surtout, c’est le point essentiel pour moi, une accumulation de dettes dans les comptes des ménages américains. Vous me direz que les ménages américains ne ont pas les seuls ménages endettés de la planète, le record est détenu par l’Australie (140 % du revenu disponible brut), suivie de l’Angleterre (133% du revenu disponible brut), les Américains sont à 126% ou 127%. Néanmoins c’est aux Etats-Unis que se trouve la masse de consommateurs décisionnaires qui soutiennent le circuit de la croissance mondiale par leurs dépenses. J’essaie de poser une conclusion ferme qui me paraît inévitable : quelle que soit la capacité des Etats-Unis à maintenir le crédit dans leur monnaie qui domine les échanges monétaires, économiques et financiers dans le monde, les ménages américains ne sont pas voués à se surendetter éternellement. Nous sommes proches d’un seuil à partir duquel, comme les ménages australiens en 2004 et – ce qui est beaucoup moins su – comme les ménages anglais en 2005, ils devront ralentir leur frénésie de dépenses, de la même façon que l’Australie et l’Angleterre ont vu leur consommation chuter à environ 1%, et leur croissance chuter à environ 1,5%, les Etats-Unis devraient connaître le même phénomène à plus ou moins brève échéance. Dès lors se posera la question de la stabilité du système mondial avec une consommation américaine réduite et, par conséquent, avec un investissement asiatique qui aura tendance à se ralentir,voire à se replier
.

Cette croissance des échanges mondiaux s’est accompagnée d’un phénomène qui ne fait pas la une des journaux économiques : la déflation salariale.
Par déflation salariale j’entends deux choses :

· On substitue des emplois à bas prix à des emplois relativement bien payés. Si on substitue un emploi mexicain de Général Motors à un emploi américain de Détroit, cela représente une différence de un à six. Si on substitue un ingénieur de Boeing qui travaille à Moscou à un ingénieur de Boeing qui travaille à Seattle cela fait aussi une différence de un à six. Cela signifie qu’on abaisse globalement la rémunération de la ressource humaine au sens large.
· La contrainte salariale qui pèse sur les employés de tous grades des entreprises d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et du Japon du fait de cette compétition mondiale. Un événement massif s’est produit en Allemagne au cours de ces dernières années en ce sens que le programme que l’on a imputé à Madame Angela Merkel a été accompli par Monsieur Gerhard Schröder et Monsieur Hans Eichel. Les entreprises industrielles allemandes exportatrices ont renégocié les conditions de rémunération de leur main d’œuvre et de leur recherche-développement de telle façon que les Allemands maintenant travaillent beaucoup plus pour le même prix, voire pour un prix qui a été abaissé. Ceci s’accompagne d’accords de flexibilité qui ont été conclus à peu près partout. L’Allemagne a réduit massivement ses coûts unitaires de production pour maintenir sa surcompétitivité externe et c’est ainsi qu’en 2003, l’Allemagne a reconquis sa position de premier exportateur mondial. Il ne peut pas y avoir de Big bang libéral en Allemagne, tout simplement parce que celui-ci a eu lieu. Et je ne parle pas de ce qui s’est passé pour l’assurance maladie, pour les retraites, pour la fiscalité des ménages et la fiscalité des entreprises. Je ne vois pas ce qui reste à faire à Madame Angela Merkel.

Mais le problème que pose cette déflation salariale, c’est que nous régressons maintenant à un stade antérieur à celui exprimé par la loi des débouchés. La loi des débouchés de Jean-Baptiste Say repose sur le principe que les revenus distribués à l’occasion de la production, les coûts du système de production sont tels que la production va pouvoir s’écouler au moment où ces revenus vont apparaître sur le marché. Or, si l’on tend à abaisser constamment le coût de la ressource humaine, par définition, va apparaître un problème de débouchés pour la production mondiale. Pour l’instant ce problème ne se pose pas en raison de la surconsommation de certains pays dont la première puissance économique mondiale, les Etats-Unis, le jour où cette surconsommation disparaîtra où, au contraire, on assistera à une résorption de la consommation et de la dette des ménage concernés, nous devrions avoir un très fort ralentissement de l’économie mondiale, voire une récession.”

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