20 août 2009 par Magali | Catégorie Actualités, International.
A l’occasion des élections présidentielles en Afghanistan, analyse géopolitique de la région par Frédéric Bobin dans le Monde.
L’Afghanistan s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de turbulences à l’occasion du scrutin présidentiel du 20 août. Près de huit ans après la chute du régime taliban, fin 2001, et la mise en route d’une laborieuse “reconstruction”, l’incertitude sur l’avenir du pays est plus grande que jamais. D’autant que l’environnement extérieur - comme le front intérieur - se recompose.
Le fait saillant est l’érosion de la prépondérance qu’y exerçaient les Etats-Unis au lendemain de leur intervention militaire précipitée par les attentats du 11 septembre 2001. Cette hégémonie a vécu. Elle a, au fil des ans, offensé un nationalisme afghan ombrageux - héritier d’un “royaume de l’insolence” qui n’a jamais été proprement colonisé - au point que les élites de Kaboul, censées être des marionnettes de l’étranger, ont fini par se raidir. L’évolution du président Hamid Karzai est à cet égard symptomatique. L’”homme des Américains” a amorcé à partir de 2008 un tournant nationaliste, cherchant à opposer des contrepoids à l’influence de Washington et, au-delà, à celle de Londres dont les ingérences plus subtiles - passé colonial oblige - ont aussi fini par indisposer. Trois puissances régionales ont profité de l’espace ainsi ouvert : la Russie, l’Iran et la Chine. Ou comment la géopolitique afghane s’est “multipolarisée”.
Quelle ironie de l’Histoire que ce retour de Moscou ! Il ne saurait pourtant étonner. Car contrairement aux Etats-Unis, puissance lointaine, la Russie est un Etat d’Asie centrale aux ambitions régionales jugées légitimes. Le “grand jeu” de naguère, qui avait opposé au fil du XIXe siècle la Russie et l’Angleterre, n’a pas eu lieu pour rien. Cette poussée russe vers le Sud, donc vers l’Afghanistan, a été constante, insidieuse, jusqu’à culminer par une brutale invasion militaire (1979-1989) qui s’est soldée par un désastre. La leçon a été retenue. Le profil bas est jugé plus efficace. Aujourd’hui, M. Karzai veut acheter du matériel militaire russe. Et les Américains eux-mêmes - autre ironie de l’Histoire ! - quémandent auprès de MM. Poutine et Medvedev l’autorisation de faire transiter l’approvisionnement de l’OTAN par la frontière nord de l’Afghanistan, arrière-cour de la Russie.
Les mêmes lois de la géographie éclairent le regain d’influence de l’Iran, le voisin de l’ouest. Là encore, rien de très nouveau. Avant la rivalité anglo-russe, l’Afghanistan avait été le théâtre d’un autre “grand jeu”, celui opposant au XVIIe siècle la Perse et l’empire moghol indien. Après une très longue éclipse, Téhéran reprend aujourd’hui ses marques sur le théâtre afghan, exploitant - comme lors de sa récente percée en Irak - la carte de la communauté chiite (minoritaire). Le but évident est de miner une présence militaire américaine jugée menaçante. L’heure n’est plus où l’Iran se dressait contre les talibans, ces sunnites ultraorthodoxes persécutant les chiites. Son jeu est devenu plus fin. Entre le danger sunnite taliban et le péril américain, la priorité est d’endiguer le second.
Quant à la Chine, son ambition de se glisser dans le concert afghan s’inscrit dans sa politique générale à l’égard de l’Asie centrale. Deux impératifs l’animent : contrôler les foyers islamistes susceptibles de déstabiliser sa région occidentale du Xinjiang, peuplée de Ouïgours musulmans, et s’approvisionner en matières premières. Son offensive de charme auprès de Kaboul vient de porter ses fruits. En obtenant d’exploiter la mine d’Aynak, qui recèlerait la deuxième réserve mondiale de cuivre, Pékin réalise une percée majeure en Afghanistan.
Mais cette nouvelle carte géopolitique est loin d’être rigide. Elle pourrait à nouveau évoluer à la faveur de la “sortie de crise” que tentent d’amorcer les Américains et, derrière eux, l’OTAN et les Nations unies. Si le dialogue avec l’insurrection, ou certaines factions de celle-ci, devait s’imposer (comme chacun le pense), le Pakistan et l’Arabie saoudite pourraient recouvrer un crédit qu’ils avaient perdu depuis la chute du régime taliban.
En dépit de ses protestations officielles, le Pakistan demeure très lié aux talibans combattant en Afghanistan. Cette connexion est vitale pour les stratèges d’Islamabad, qui ont toujours cherché à installer à Kaboul un régime allié afin de desserrer la pression de l’Inde rivale. L’influence de New Delhi en Afghanistan s’étant accrue depuis 2001, les Pakistanais continuent d’user des talibans comme des “actifs stratégiques”, dont la mission est d’évincer les réseaux indiens. Cette proximité rend donc inévitable le recours aux services secrets d’Islamabad quand sonnera l’heure des négociations.
L’affaire est toutefois délicate pour tout gouvernement de Kaboul. Car le nationalisme afghan est très hostile au Pakistan, accusé d’ingérence permanente. Il faut donc un écran, un acteur tiers. C’est là qu’intervient l’Arabie saoudite, qui cumule les atouts - proche des Pakistanais, soutien historique de l’ex-régime taliban et haut lieu de l’islam - pour s’imposer comme médiateur. Des contacts ont déjà été noués en 2008 à La Mecque. Ils sont appelés à se renouveler. Plus que jamais, la géopolitique afghane se complexifie.





















5 décembre 1998 : L’APPEL DU COMMANDANT MASSOUD
Au Nom de Dieu,
Depuis dix ans que l’Armée rouge a évacué l’Afghanistan, la guerre continue et le bain de sang n’a jamais cessé.
Quelles en sont les raisons ? et qui sont les responsables de cette situation ?
D’ordinaire, le reste du monde considère que c’est à cause des seuls Afghans : on explique que la durée du conflit est due aux luttes pour le pouvoir, ou bien encore aux divisions ethniques et linguistiques du pays.
Cette vision ne peut être que partielle. A mon avis, on ne peut pas comprendre cette guerre sans deux autres raisons très importantes.
D’abord, l’Occident a oublié l’Afghanistan. La défaite de l’Armée rouge et l’éclatement de l’Empire soviétique ont soulagé l’Occident, et l’Afghanistan, après avoir été en première ligne contre le communisme n’a plus intéressé les pays de l’Ouest.
Ensuite, l’évolution de la politique pakistanaise qui cherche à devenir une puissance régionale. depuis toujours, il existe entre nos deux pays un différend frontalier à propos de la ligne Durand, et le Pakistan essaie de profiter d’une situation instable pour asseoir sa puissance. La tâche lui a été facilitée, dès le début du djihad contre les Soviétiques, par l’existence de millions de réfugiés, et par l’installation au Pakistan des principaux partis de moudjahidin afghans : toutes les conditions étaient réunies pour que le gouvernement pakistanais puisse exercer son influence dans certains milieux afghans. D’autant qu’il a réussi à prendre le contrôle de l’aide internationale destinée aux réfugiés et aux moudjahidin. Une aide qu’il a manipulé en renforçant les seuls éléments qui lui étaient favorables.
C’est ainsi que, en infiltrant les partis afghans et en jouant - auprès de la communauté internationale - le rôle de représentant des moudjahidin, le Pakistan a, d’une manière planifiée, empêché l’unité et la coordination des différents groupes de résistants.
L’état-major pakistanais pensait alors pouvoir renforcer sa sécurité nationale d’une part, et élargir sa zone d’influence politique et économique d’autre part. Le point culminant de cette stratégie étant la création en Afghanistan, d’un gouvernement à la solde du Pakistan. Les Pakistanais pensent en effet que, en plaçant l’Afghanistan sous leur protection, ils obtiendraient un certain nombre d’avantages :
- Une profondeur stratégique. Depuis sa création, le Pakistan a des relations tendues non seulement avec l’Afghanistan, mais aussi avec l’Inde à propos du Cachemire. Il se sent menacé à la fois au nord et au sud. c’est pour cela que, du point de vue pakistanais, le gouvernement fantoche en Afghanistan aurait non seulement un intérêt économique, mais aussi un avantage primordial pour sa propre défense. C’est une question vitale : en cas de conflit avec l’Inde, cela lui donnerait une grande profondeur stratégique et renforcerait d’autant sa capacité de résistance.
- Faire main basse sur les ressources naturelles non exploitées de l’Afghanistan.
- Utiliser l’Afghanistan comme un tremplin pour exporter son influence vers le reste de l’Asie centrale, et utiliser notre pays comme une route de transit vers cette partie du monde.
- En finir une bonne fois pour toutes avec le contentieux né de la ligne Durand. Un Afghanistan stable, victorieux et en paix pourrait demander une rediscussion du traité frontalier.
En prenant en considération tous ces problèmes, le Pakistan aborde la question afghane comme un sujet de sécurité nationale. Dans ce contexte, sa politique concernant notre pays n’est pas traitée par le ministère des affaires étrangères. Elle l’est par les militaires pakistanais. C’est pour cela qu’un changement de ministre des Affaires étrangères n’a jamais rien changé à la situation.
La chute du régime communiste du docteur Najibullah, au printemps 1371 de notre calendrier hégire solaire, et la victoire des moudjahidin de la Choura-e-Nezar ont été très mal interprétées par les services secrets pakistanais. Pour eux, c’était un échec doublé d’une honte parce qu’ils avaient misé sur d’autres groupes afghans, et que ces groupes n’ont pas participé à la prise de Kaboul. En outre, la création d’un jeune gouvernement moudjahidin à Kaboul a sensibilisé à l’extrême le Pakistan : c’était un gouvernement de gens victorieux du communisme, et détenant des quantités considérables de matériels de guerre et d’armes, comme les missiles Scud ou les Stingers américains.
Les militaires pakistanais n’ont pas eu le courage de reconnaître leurs erreurs, et se sont alors employés à affaiblir le gouvernement des moudjahidin. En utilisant, bien sûr, les divisions qui pouvaient exister entre les différents groupes.
Dans un premier temps, ils ont encouragé et armé leur ami de longue date, Gulbuddin Hekmatyar. Ils l’ont incité à se rebeller contre le gouvernement des moudjahidin. L’idée des militaires pakistanais était qu’il fallait remplacer le communisme par un autre extrémisme : l’extrémisme islamique. Ils ont utilisé la religion et en ont abusé pour soutenir Hekmatyar, pourtant déjà connu pendant le djihad pour ses violences. Mais heureusement, le monde a pris conscience assez rapidement de l’erreur pakistanaise. Car on connaissait les liens très serrés qui unissaient Hekmatyar aux réseaux terroristes à travers le monde, et on savait son implication dans certains tueries qui ont endeuillé plusieurs pays.
Dès que la faiblesse de Hekmatyar s’est fait sentir, le Pakistan a aussitôt créé un autre groupe extrémiste, tout aussi violent. Ce sont les taliban.
En manipulant ces gens ignorants, les militaires pakistanais espèrent étendre leur influence jusqu’à l’Asie centrale qui cherche aujourd’hui désespérément ses racines dans l’islam.
Or le Pakistan ne peut pas, à lui seul, supporter politiquement et économiquement le mouvement des taliban. Il a donc trompé les Etats-Unis d’Amérique et l’Arabie Saoudite pour leur faire payer la facture de cette aide.
Le Pakistan n’a jamais présenté les taliban comme un groupe fondamentaliste. Mais plutôt comme un mouvement rétrograde sans aucune ambition extraterritoriale, dont l’action ne se limitera qu’au territoire afghan. Tout en les présentant comme la seule force tampon contre l’Iran. Le Pakistan a fait croire aux Américains que, par l’intermédiaire des taliban, ils pourraient faire pression sur l’Iran à partir des frontières de l’est. Et, afin de réduire une éventuelle réaction de l’Occident face à la politique d’apartheid des taliban à l’encontre des femmes et des jeunes filles, le Pakistan a parlé d’une simple tactique provisoire.
Les Américains ont cru que la victoire des taliban pouvait présenter un intérêt économique pour eux. Le projet de gazoduc qui doit traverser le Turkménistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde était basé sur cette espérance : les Américains voulaient en tirer un maximum de profits.
La grande erreur des Etats-Unis a commencé pendant le djihad, lorsqu’ils ont fait confiance au Pakistan pour mener la politique afghane et gérer les rapports avec les partis politiques des moudjahidin afghans. Une attitude qui, petit à petit, a laissé les Etats-Unis à la remorque du Pakistan dès qu’il s’agit du problème afghan. les Etats-Unis ont accepté de ne voir l’Afghanistan qu’à travers la lunette pakistanaise.
Après la chute du régime du docteur Najibullah et la victoire des moudjahidin, les Américains ont persévéré dans leur erreur, en dépit de la politique d’ingérence poursuivie par le Pakistan, en contravention avec toutes les lois du droit international.
Le résultat de cette politique pakistanaise, c’est que l’Afghanistan est devenu le plus grand producteur-exportateur de drogue, et la plus grande base de terroristes au monde. Pour ceux qui suivent la situation afghane, il est intéressant de noter que les pays du monde libre et les Nations unies ne tirent aucune leçon de toutes ces erreurs tant qu’ils n’ont pas eux-mêmes été victimes du venin des taliban.
Madame Emma Bonino, le premier représentant européen, a été arrêtée à Kaboul avec ses compagnons, et menacée pendant plusieurs heures par les taliban. Le monde aurait dû en tirer des conclusions et se préparer à les contrer.
Après la prise de Kaboul par les taliban au mois de Mizan 1375 (septembre 1996), le bureau des Nations unies a été attaqué et envahi, et le docteur Najibullah, qui y avait trouvé asile, a été pendu. Cela démontrait, si besoin était, que les taliban n’ont aucune considération, aucun respect de l’ONU. D’ailleurs, un an plus tard, un haut responsable de cette organisation a été humilié et battu par un chef taliban.
Autant d’exemples qui auraient dû suffire pour que l’ONU apprenne à connaître les taliban. Mais la faiblesse de cette organisation, sa timidité, a aussi été la cause de la mort de Carmine Calo. Cet officier italien en poste à Kaboul a été assassiné le lendemain des tirs américains sur la base d’Oussama ben Laden.
Le fait que les Américains aient délégué leur politique afghane aux seuls Pakistanais explique leurs échecs depuis deux décennies. Les Américains ont suivi le Pakistan dans leur soutien à Gulbuddin Hekmatyar, jusqu’à l’explosion du World Trade Center à New York. Il a été démontré que les terroristes avaient été entraînés dans les camps de Hekmatyar. Quant à leur bienveillance par rapport aux taliban, elle est quelque peu remise en cause avec les attentats contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya.
J’attire votre attention sur le fait que mollah Omar, le chef suprême des taliban, et ben L’Aden sont unis par un lien de sang. Ben Laden a trouvé refuge auprès de mollah Omar qui lui apporte un soutien explicite. Monsieur Turky al-Fayçal, le chef des services de renseignements saoudiens, s’est rendu à Kandahar pour demander aux taliban de livrer Oussama ben Laden. Les taliban l’ont injurié et humilié.
Il faut comprendre que les taliban ne se considèrent absolument pas coupables de ces actes terroristes. Ils attendent au contraire les remerciements des Saoudiens pour la mort des kafirs (les infidèles), mort pour laquelle ils considèrent que Dieu les a déjà bénis.
A mon avis, il n’est pas si difficile de connaître la vraie nature des taliban. Ce sont des gens qui prennent leurs mères et leurs soeurs pour des kaniz (des servantes), et leurs frères pour des ghulam (des esclaves). Et si l’Occident et le monde arabe n’ont pas été capables de voir une réalité si claire, si évidente, c’est que le jeu politique pakistanais les a trompés et aveuglés.
Mon point de vue sur la politique pakistanais est très clair : chaque pays a le droit de penser à ses intérêts nationaux et internationaux. Malheureusement, pour mettre en application sa stratégie afghane, le Pakistan utilise les moyens les plus injustes et les plus arbitraires que l’histoire ait jamais connus.
Le gouvernement pakistanais arme et manipule des bandes à sa solde, puis les encourage à se battre et à mettre en place dans notre pays des blocus, afin d’empêcher les biens et les personnes de circuler. Il s’agit de laisser à notre peuple des cicatrices profondes et douloureuses.
Des centaines de chars et de véhicules ont été dynamités par des éléments propakistanais. Les morceaux de métal ont été vendus sur les marchés du Pakistan.
La destruction des canaux d’irrigation et des barrages a été planifiée puis exécutée.
L’agriculture est au point mort.
Les arbres des forêts sont débités sans pitié, et le bois se vend au Pakistan sans aucune restriction.
Les monuments historiques ont été détruits. Les pièces du musée de Kaboul sont bradées au Pakistan.
Sous différents prétextes fallacieux, les fonctionnaires du gouvernement ont été renvoyés ou emprisonnés dans certains cas. Toute structure administrative de l’Afghanistan a été anéantie de cette manière. Les écoles et les madrasas (écoles religieuses) ont été fermées. Tandis que le Pakistan encourageait la création d’écoles pour jeunes réfugiés afghans à Peshawar et à Quetta. Les gens ont donc été obligés de quiter leur pays, obligés de perdre leur fierté nationale et leur identité patriotique. En provoquant les divisions au sein des groupes ethniques et des partis politiques des moudjahidin, le Pakistan a obtenu la désintégration de l’armée afghane. La majorité des officiers de l’ancienne armée se retrouvent aujourd’hui dans les rues des villes pakistanaises. Ils sont réduits à travailler comme de simples ouvriers du bâtiment pour gagner leur vie.
Ces divisions ethniques et linguistiques, exacerbées au sein de la population afghane par les militaires pakistanais, ont provoqué une guerre sanglante et sans précédent dans notre pays. En été dernier, par exemple, lors de la prise de Mazar I Sharif par les taliban, des milliers de personnes ont été tuées à cause de leur origine ethnique ou de leur appartenance religieuse. La haine provoquée par ces divisions se propage comme un incendie, et les taliban poursuivent une politique de purification ethnique. Des milliers de familles ont été contraintes au déplacement géographique, et des centaines de femmes et de jeunes filles ont été enlevées.
La situation des femmes dans les zones contrôlées par les taliban est désastreuse et pire que tout ce que l’on sait déjà. Ils considèrent la femme comme un être qui n’a ni le droit de travailler, ni celui de s’éduquer. Elle n’a pas non plus le droit de sortir librement de chez elle. et même leurs soins dans les hôpitaux ne sont pas autorisés.
Ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan n’est pas qu’une simple guerre. C’est une véritable tragédie qui contamine chaque jour un peu plus les pays de la région : ils risquent de connaître bientôt la même situation. En effet, l’entraînement, à la frontière afghane, de centaines de terroristes par les officiers pakistanais et leurs collaborateurs taliban pourrait étendre rapidement la guerre aux pays voisins. Dans ces régions, il y a des combattants du Cachemire, des rebelles de Ferghana (une vallée en Ouzbékistan) et de la province chinoise du Xin Chiang, formés et entraînés militairement dans les camps terroristes.
Enfin, avec l’élargissement de la zone sous contrôle des taliban, la culture du pavot augmente. Selon les derniers chiffres connus de cette année, l’Afghanistan a produit 3 200 tonnes d’opium. Ce qui représente un accroissement de 16% par rapport à l’année dernière.
Les taliban ont établi sur l’opium une taxe de oschor (terme religieux pour l’impôt, elle s’élève à 10%). Cette taxe explique trois choses :
- le renforcement de la capacité financière des taliban ;
- la légalisation religieuse de la culture du pavot ;
- l’encouragement des paysans à pratiquer cette culture.
Les chefs taliban et des officiers supérieurs pakistanais ont une implication directe dans le trafic de drogue. Chacun fait transiter sa part par voie aérienne ou terrestre jusqu’en Asie centrale, puis vers l’Europe et les Etats-Unis.
Mes compatriotes et moi-même attendions que, après la victoire contre le communisme, le monde entier nous remercie et nous aide à soigner les blessures du djihad. Notre peuple musulman s’est sacrifié pour sauver la vie de millions d’hommes dans le monde, et pour défendre la liberté.
Mais le Pakistan a planté un couteau dans le dos de notre peuple. Les Etats-Unis n’ont écouté que le Pakistan, et l’Europe a adopté une attitude d’indifférence.
Il faut pourtant que le monde sache que le danger des taliban n’est en aucun cas moindre que celui du communisme.
Il est encore temps d’y faire face.
Une fois encore, le peuple afghan se retrouve en première ligne contre le terrorisme, contre la drogue, contre ceux qui nient les droits de l’homme et qui, en fait, ne reconnaissent et ne respectent rien.
A l’intérieur du pays, le peuple est prêt à se battre. Il attend le moment opportun pour se révolter.
Et ce que le monde peut faire pour nous aider à arrêter cette tragédie humaine ne tient qu’en deux seuls points :
- une aide humanitaire d’urgence au peuple afghan ;
- faire pression pour l’arrêt des ingérences pakistanaises.
Commandant Massoud
Bon papier du Monde et fantastisque cet appel du Commandant Massoud. Tout y est 3 ans avant les attentats du World Trade Center… Et aujourd’hui, la fin de la lettre résonne, hélas, tragiquement :
” Il faut pourtant que le monde sache que le danger des taliban n’est en aucun cas moindre que celui du communisme. Il est encore temps d’y faire face. Une fois encore, le peuple afghan se retrouve en première ligne contre le terrorisme, contre la drogue, contre ceux qui nient les droits de l’homme et qui, en fait, ne reconnaissent et ne respectent rien. A l’intérieur du pays, le peuple est prêt à se battre. Il attend le moment opportun pour se révolter. Et ce que le monde peut faire pour nous aider à arrêter cette tragédie humaine ne tient qu’en deux seuls points : une aide humanitaire d’urgence au peuple afghan ; faire pression pour l’arrêt des ingérences pakistanaises. ”
Et si on avait vraiment compris et aidé Massoud ? Que ce serait-il passé ?
Cyniquement……les Etats Unis se seraient trouvés un autre ennemi.
Et si l’Europe avait eu la capacité, en tant qu’organisation, d’aider Massoud quand il est venu, en personne, réclamé son aide?
Mais l’Europe n’était point là, comme elle n’était pas là non plus en ex Yougoslavie et comme elle ne sera jamais là parce que les hommes ne le veulent pas.
“avec des si et des mais on mettrait Paris en bouteille”. Sourire.
Et si Al Qaeda avait raté Massoud le 9 septembre 2001 ?
Deux jours avant l’attentat qui allait changer la face du monde, Ahmed Shah Massoud, incarnation de la résistance afghane à l’occupation russe (1979-89), puis au régime Taliban (1996-2001), était tué par deux kamikazes déguisés en journalistes, commandités par Oussama Ben Laden.
Et si le «Lion du Panjshir», du nom des vallées innacessibles de l’est afghan où il s’était retranché avec ses moudjahidins, avait survécu ? Après tout, il s’en est fallu de peu pour que ses tueurs, Dahmane Abd el-Sattar et Rachid Bouraoui el-Ouaer, deux tunisiens recrutés en Belgique, n ‘échouent leur mission. Seule une succession d’imprudences a permis aux apprentis cameramen d’approcher Massoud dans son fief de Khadja Bahauddin, un village proche de la frontière avec le Tadjikistan.
Le 11 septembre aurait-il eu lieu ?
L’échec de l’assassinat du commandant Massoud aurait-il entraîné le report des détournements d’avion du 11 septembre ? C’est très improbable. Selon Karim Pakzad, chercheur afghan à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) : «le 11 septembre était préparé de longue date, alors que l’opération de l’assassinat de Massoud était relativement plus aisée. En 2001, Massoud ne contrôlait qu’un petit réduit dans le nord-est et ne représentait plus, sur le plan militaire, une menace pour les Talibans.»
Reste qu’en les débarrassant de leur principal adversaire, le chef d’Al Qaeda pouvait croire ses alliés capables de faire face à l’invasion américaine qui allait inévitablement suivre l’attaque contre New York et Washington. Pour Ben Laden, l’Afghanistan allait devenir le tombeau des GI de l’Oncle Sam, après celui des Soviétiques. L’actualité semble aujourd’hui lui donner raison.
Massoud président ?
En revanche, il est incertain que les Etats-Unis aient soutenu Massoud si ce dernier avait été vivant. « Il aurait été comme d’autres chefs de l’Alliance du nord un interlocuteur à la Conférence de Bonn. De là à penser que Massoud aurait bénéficié du soutien américain pour arriver au pouvoir, la réponse est non. Les Etats-Unis connaissaient les structures du pouvoir en Afghanistan et ils ont cherché un Pachtoun qui soit fidèle à leurs intérêts. »
Coqueluche des démocrates européens, le stratège tadjik avait pourtant été invité par Nicole Fontaine en avril 2001 à s’exprimer devant le parlement de Strasbourg. Coiffé de son éternel pakol, il y avait notamment dénoncé le risque que représentait un régime Taliban aidé par Oussama Ben Laden, avertissant même les Etats-Unis de funestes conséquences en cas de non-intervention…
Néanmoins, comme le rappelle Karim Pakzad : «Massoud a effectivement été un héros de la résistance contre l’URSS et un chef militaire hors de commun. Mais, il a été un piètre politique, responsable en partie de la guerre civile de 1992-1996.» Massoud avait en effet briévement occupé le poste de ministre de la Défense dans le gouvernement de Burhanuddin Rabbani après la chute du régime communiste de Mohammed Nadjibullah (1986-92). La coalition nationaliste avait vite explosé en raison des dissensions avec les Ouzbeks de Rachid Dostom et les Pachtouns fondamentalistes de Gulbuddin Hekmatyar, laissant grande ouverte la porte aux Talibans venus du Pakistan.
Une nation virtuelle
Même si le Massoud de 2001 était peut-être différent de celui de 1992, rien n’indique donc qu’il serait parvenu à fédérer la nation afghane, notion d’ailleurs conceptuelle compte tenu de la mosaïque tribale qui la compose. L’actuelle joute électorale montre encore le poids des ethnies dans la politique afghane.
Gilles Dorronsoro, chercheur à la Fondation Carnégie de Washington, l’expliquait dans une récente tribune : «Après 1992, les partis afghans se sont appuyés sur les ressentiments et les tensions sociales pour se bâtir sur des bases ethniques.» La situation d’aujourd’hui n’est guère différente. Avec une participation évaluée à un tiers des électeurs inscrits, une multiplication des fraudes avérées et de constants revirements d’alliances, l’élection présidentielle peine à créer l’illusion d’une véritable démocratie. C’est en réalité la présence de la coalition internationale qui impose depuis 2001 un consensus aux différents chefs tribaux, «unis» contre les Talibans. Mais, ajoute Gilles Dorronsoro, «si les Talibans commencent à apparaître comme les vainqueurs du conflit, ils en rallieront d’autres à leur cause.»
Le PS dénonce le renvoi forcé de 3 Afghans…
Communiqué. Le Parti Socialiste exprime son indignation après le renvoi forcé dans leur pays de trois afghans, en catimini cette nuit, par un vol groupé avec le Royaume-Uni.
Ce fait sans précédent est inacceptable.
D’abord parce qu’il bafoue la Convention de Genève de 1951, ensuite parce qu’il ne tient aucun compte des avis du Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU et de la Cour Européenne
des Droits de l’Homme qui ont demandé à la France de renoncer à ces vols. Enfin et surtout parce que la France, en guerre en Afghanistan, ne peut ignorer les dangers de mort auxquels
elle expose ces personnes.
Le droit d’asile, le statut de réfugié, la protection
subsidiaire, n’ont désormais plus aucun sens ni réalité pour Eric Besson.
Le Parti Socialiste condamne la désinvolture du Ministre et s’associe aux milliers de citoyens et aux dizaines d’associations qui se mobilisent contre ces retours.
Il exige le respect des engagements internationaux de la France, aujourd’hui bafoués par le Ministre de l’Immigration et demande le respect absolu du droit d’asile.