5 septembre 2009 par lionel | Catégorie Crise sociale, Education, Parti Socialiste.
Ce qui nous rassemble est-il vraiment plus fort que ce qui nous oppose ?
Avec la bénédiction de François Bayrou, Marielle de Sarnez a tendu la main au Parti socialiste dans un discours où elle avait placé la barre résolument à gauche. « Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous oppose », a-t-elle lancé devant les militants de ce courant proche de Ségolène Royal. « Tous ceux qui n’ont pas renoncé à l’idéal républicain ont à faire ensemble (…), pas les uns sans les autres, pas les uns contre les autres (…) Les lignes doivent bouger », a-t-elle plaidé, ovationnée debout par les deux tiers de la salle
Il est évident que si l’on ne va pas chercher plus loin que de simples déclarations de principes, tous les partis républicains ont un socle commun et c’est la moindre des choses. Faut-il pour cela copier coller les organisations de gouvernement à l’italienne ? Nous savons que bien souvent ces unions fabriquées pour contrer un personnage n’ont pas eu le succès escompté et ont faire pire que mieux en renforçant Berlusconi.
Car bien évidement il y a des nuances dans le spectre républicain. En prenant le thème de l’éducation, on devrait, sans mettre de loupe trouver des différences notoires quant à l’approche de cette politique. En effet, alors Ministre de l’Éducation Nationale, en 1993, François Bayrou a tenté de réformer la loi Falloux sur le financement de l’enseignement privé en autorisant les collectivités locales à financer les constructions et rénovations d’établissements privés sans limitation ni contrôle. C’est justement ce qu’a permis le plan “espoir banlieue” du gouvernement Fillon qui a rendu possible la construction du Lycée Jean Paul II, sauf que ce ne sont pas les collectivités mais l’Etat qui l’a fait. On se souvient encore de la mobilisation massive des défenseurs de la laïcité. On a toujours en mémoire l’avis du Conseil Constitutionnel déclarant le texte « contrevenant au principe de la laïcité de la République ». Relisons ce que déclarait le candidat UDF, à Orléans, le 25/01/07 : « Personne ne peut soupçonner en moi un ennemi de l’enseignement privé… et j’ai pris suffisamment de risques pour pouvoir prétendre que je suis partisan de la liberté de l’enseignement » Il est vrai que cette approche est loin de l’idéal républicain du service public de l’éducation laïc et unifié que nous avions porté lors de la victoire de 1981. Tout ce que l’on peut dire, et cela fera l’objet d’un autre article, c’est que l’écart se creuse d’année en année entre le public et le privé, ce qui doit nous pousser à garder la tête froide et à résister aux chants de sirènes….





















Lionel, tu concèdes qu’en apparence, “tous les partis républicains ont un socle commun” puis, pour prouver qu’on ne peut s’en tenir là, tu prends l’exemple de l’éducation pour montrer les vrais clivages et les différences fondamentales entre le PS et le MoDem. L’exemple est bien choisi et le clivage certain.
Mais, à mon sens, l’argument ne tient pas.
Qu’il y ait des différences et mêmes des oppositions de fond entre socialistes et centristes, c’est évident, sinon nous serions tous centristes ou les centristes seraient tous socialistes.
Martine Aubry, à La Rochelle, a posé des questions en forme d’ultimatum à François Bayrou, pour voir s’il est vraiment de gauche : c’est complètement absurde. Un centriste ne peut être “à gauche”, sinon il n’est plus “au centre”. Vouloir s’allier avec quelqu’un, c’est accepter sa différence. On ne va pas vers l’autre pour qu’il devienne comme soi, mais précisément parce qu’il est autre.
De Sarnez a dit : “Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous oppose”, je crois qu’il aurait fallu dire : “ce à quoi nous nous opposons est plus fort que ce qui nous oppose” car le danger pour la République est plus grand que ce qu’il a été par le passé. Sarkozy, en deux ans de mandat présidentiel, a fait plus de mal à la démocratie française que Chirac en douze ans ! Certes, nous avons connu les gouvernements Juppé, Baladur, Raffarin ou Villepin, mais aucun n’a autant bafoué l’indépendance de la justice ! Aucun n’a voulu revenir sur la non rétroactivité des lois ! Aucun n’a autant mis la presse au pas, fait tant de cadeaux aux riches (bouclier fiscal) et aux banquiers (plan de relance) ! Aucun n’a voulu ficher les élèves potentiellement déviants dès 5 ans ! Ce qui est en jeu c’est notre socle démocratique, notre constitution, l’impartialité de l’État, une justice où le Procureur instruit “à charge et à décharge”, une presse “libre” !
Personne ne peut demander aux centristes de devenir socialistes ni reprocher aux socialistes voulant s’allier aux centristes pour sauver notre République de ne pas être vraiment de gauche. Nous savons que nous sommes opposés sur beaucoup de sujets. Mais le danger est trop grand pour que nous nous bornions à cela. Nous devons constituer un front républicain pour contrer l’UMP !
Si Sarkozy obtient un second mandat présidentiel parce que nous nous sommes entêtés à ne parler qu’à ceux qui pensent déjà comme nous, nous en porterons la responsabilité. Il ne servira alors à rien de s’insurger, de manifester, de tenir de beaux discours et de signer de belles pétitions…
Encore une fois, si c’est pour se retrouver avec Jean Peyrelevade à Bercy je ne suis pas très enthousiaste…son projet pour relancer l’économie : transférer une partie des cotisations patronales sur les classes moyennes. Lionel a raison, sur le socle républicain on peut aussi se retrouver avec Villepin, mais Villepin c’est pas seulement le discours à l’ONU, c’est aussi le CPE et l’ouverture du capital d’EDF…
Bon d’accord, alors on part du principe que si des différences fondamentales nous séparent, on ne peut pas s’allier…
Alors, maintenant que ce postulat est admis, dites-moi :
Peut-on s’allier à Manuel Valls ? Ben quoi, il était opposé au vote des socialistes lors du débat sur la présence des troupes françaises en Afghanistan, c’est une différence de taille non ? Oh, mince alors, il est déjà au PS, alors la question des alliances ne se pose pas…
Peut-on s’allier à Jack Lang ? Ben quoi, il a voté avec l’UMP sur la réforme de la constitution, c’est fondamental non comme différence ? Oh, mince alors, il est lui aussi au PS !
Peut-on s’allier avec Bertrand Delanoë ? Ben quoi ? Il revendique de gérer sa municipalité comme une entreprise et de profiter de l’économie de marché pour le bien des parisiens… c’est un peu loin de notre idéal socialiste où les services publics ne sont pas commercialisables, où l’humain ne se quantifie pas et où le bien commun échappe au marché roi ! Mais oh, non alors ! Lui aussi est déjà au PS…
Comment donc allons-nous pouvoir nous allier avec nous-mêmes ???
Les positions de Lang et Valls sont ultra minoritaires, il n’y a aucune chance qu’ils pèsent sur la ligne du parti. En revanche si demain on doit avoir un “contrat de gouvernement” avec le MoDem, alors la question de la politique économique à mener se posera…Pour paraphraser BH, quand Bayrou se décidera il à clarifier l’identité politique de son mouvement?
J’ai vraiment du mal avec cette position de fermeture… au soir du 22 avril 2007, 31 % des votants avaient choisi Sarkozy, 25 % Royal et 18 % Bayrou.
Nous sommes en 2009 et Bayrou, affaibli par son échec aux européenne, rompt toute alliance possible avec l’UMP et propose un dialogue au PS… pourquoi s’en priver ?
Aubry, alors qu’elle a gagné le congrès de Reims sur une ligne anti-Royal sous prétexte du refus de l’alliance avec le MoDem, est prête, elle aussi, sous conditions, à entamer ce dialogue… où est le mal ?
Au fait, puisque tu cites Benoît Hamon, démissionnera-t-il du porte-parolat en cas de dialogue avec le MoDem ?
Non je ne pense pas, mais tant qu’il s’agit d’une discussion ça me parait sain. Le dialogue peut justement amener le modem à clarifier ses positions sur différents sujets. A partir de là nous verrons si l’alliance est souhaitable. En l’état je pense que ce n’est pas le cas
Peu emballé par les prescriptions de Martine Aubry visant à rénover le PS, Henri Emmanuelli estime que les socialistes doivent avant tout répondre aux inquiétudes des Français. Entretien JDD.
On vous a peu ou pas entendu vous exprimer au sujet du PS après l’université d’été de La Rochelle. Pourquoi ?
Parce que je n’avais pas envie de parler. Et pour tout vous dire, je ne me suis même pas déplacé à La Rochelle pour ne pas subir une fois de plus cette actualité qui est aujourd’hui co-produite par les médias et les politiques. C’est une manière de faire que je trouve affligeante et à laquelle je ne souhaite absolument pas participer. Je prends un exemple : j’ai lu que Vincent Peillon avait fait à Marseille “une déclaration historique” en prônant une alliance - impossible - qui irait de Bayrou à Besancenot. Mais je m’écroule de rire ! On parle de quoi, là ? On brasse de l’air, et ce, dans un seul but : faire le tour des plateaux de télévision…
En même temps, à La Rochelle, Martine Aubry a envoyé des signaux forts afin de rénover le PS, que ce soit sur le non-cumul des mandats ou l’instauration de primaires ouvertes…
Sur les primaires, que voulez-vous que je vous dise ? J’en ai fait une fermée contre Lionel Jospin en 1995, et cela ne nous a pas porté chance. On en a fait une un peu plus ouverte en 2007 et cela n’a pas marché non plus. Maintenant, si on l’ouvre entièrement, je pense que l’on s’achemine tout droit vers un scénario à l’italienne (c’est-à-dire vers la désignation d’un candidat de centre gauche, ndlr) qui ne me convient pas. Tout ça pour dire qu’on ne règle pas les problèmes politiques en se penchant sur celui des modalités. Certains se sont imaginé qu’en parlant de nous, socialistes, on allait résoudre nos problèmes de fond politique ou de leadership. Et bien non, c’est en parlant des autres, des Français, que l’on fait avancer les choses.
Justement, Martine Aubry fait preuve d’ouverture quand elle propose un questionnaire aux militants sur les grands chantiers de la rénovation au PS. Qu’en pensez-vous ?
Mais ce n’est en rien une idée nouvelle ! Des questionnaires, on a dû en faire au moins six au cours des vingt dernières années ! Je ne dis pas que c’est un empêchement, mais franchement, le Parti socialiste ferait mieux de s’occuper des vrais problèmes des gens. Il est temps de passer à l’action contre la politique du gouvernement. Tout le reste n’intéresse pas les Français.
Oui, mais pour passer à l’action, il faut bien que le PS soit en ordre de marche et qu’il adopte des règles claires de gouvernance…
D’accord, mais son premier rôle est, je le répète, de s’opposer fermement à la droite, à travers un véritable projet politique : prenez l’exemple de la taxe carbone. Comment le gouvernement veut la compenser ? En baissant l’impôt sur le revenu. On retrouve ce qui est axiomatique de toutes les politiques de droite, à savoir moins d’impôts directs et plus d’impôts indirects. Ce sont ces injustices-là que le PS doit dénoncer quand il s’adresse aux Français, au lieu de parler de primaires dont les gens n’ont absolument rien à faire.
A gauche, le chantier des alliances est ouvert, avec des Verts, notamment, qui ont le vent en poupe et des exigences fortes vis-à-vis du PS…
Il y a en effet des excès ces derniers temps de la part des Verts. C’est une situation que j’ai déjà connu quand j’étais premier secrétaire du PS. Comme en 2009, en 1994, les écologistes avaient fait un bon score aux européennes, et nous un très mauvais. Sur un plateau de télévision, Brice Lalonde m’avait alors dit : “Nous allons nous croiser dans les escaliers, vous descendez, je monte…” Ça ne s’est pas tout à fait passé comme il l’avait prédit… Je ne dis pas que le PS se trouve en position de force à gauche, néanmoins, il en a la responsabilité principale et il doit l’assumer au mieux.
C’est justement ce que vous reprochent les Verts : cette idée que tout doit tourner autour du PS à gauche…
Je ne dis absolument pas cela, et je plaide pour que nous traitions d’égal à égal avec eux. Je vous signale au passage qu’avec Benoît Hamon, nous avons tous les deux proposé à la direction du PS d’offrir des têtes de liste à nos alliés Verts pour les prochaines élections régionales. Nous n’avons pas été entendus, et je le regrette.
Certes, mais vous employez le verbe “offrir”, que certains peuvent considérer comme péjoratif…
Mais, on est dans la cour de récré là ! Je ne veux pas rentrer dans ce genre de débat. Ce que je veux dire, c’est que je ne trouverais pas anormal que dans les négociations avec les Verts, il y ait ici ou là un ou une président(e) écologiste. Il est faux de penser que je traite nos partenaires avec mépris ou avec arrogance. En revanche, je leur dis tout de même de bien réfléchir avant de se lancer seuls dans la bataille, comme cela semble être leur volonté. Ils ne sont pas sûrs d’arriver à bon port.
Quid de François Bayrou, qui propose une “offre publique de dialogue” à la gauche ?
Je pense surtout que M. Bayrou a pris la seule direction qui lui était possible de prendre. De vouloir dialoguer n’a rien de choquant en soi, mais son seul projet est d’être au second tour de la présidentielle à notre place. Et je pense que mon rôle n’est pas de lui faciliter la tâche… Sur le fond, il y a certes des sujets sur lesquels nous pouvons être tout à fait en phase, comme la défense de la démocratie, mais sur d’autres, notamment économiques et sociaux, je pense qu’il a encore beaucoup de chemin à accomplir avant de pouvoir nous rejoindre. Et à choisir, je préfère un candidat qui représente mon orientation politique plutôt que la sienne.
Vous qui incarnez l’aile gauche du PS, vous n’êtes pas tenté de vous émanciper, de créer votre propre mouvement, comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon avec le Parti de gauche ?
Cette tentation a été récurrente chez beaucoup de personnes, mais, et les faits me donnent raison, j’observe que tout ce qui a été tenté en dehors du PS n’a jamais eu beaucoup de succès. François Bayrou est d’ailleurs en train de s’en rendre compte. Quand je m’assois à l’Assemblée nationale et que je vois 202 députés socialistes pour seulement deux députés du Modem (trois en réalité, ndlr), je ne me sens pas terrorisé, ni en position d’infériorité : si eux veulent nous rejoindre, pourquoi pas, mais ce n’est pas à nous d’aller vers eux. Ce serait le monde à l’envers tout de même !
Pas du tout d’accord avec Emmanuelli…je ne vois pas en quoi des primaires à gauche nous amèneraient vers un scénario à l’italienne. Au contraire, Bayrou n’aurait aucune chance d’être investi et je doute qu’il accepte de prendre le risque.
Pas du tout d’accord avec Emmanuelli : la légitimité du PS à faire la leçon sur la démocratie en France et dans le monde passe par la rénovation du PS et son exemplarité interne. Il affirme à chaque interview que le PS doit d’abord s’occuper des français et s’opposer au gouvernement mais que fait-il lui ? Le voit-on faire un réquisitoire contre les injustices sociales qu’orchestre le gouvernement ? La hausse du forfait hospitalier ? La privatisation de la Poste ? La remise en cause de la retraite des mères de famille ? Rien, pas un mot. A chaque fois qu’on l’entend c’est pour critiquer un autre socialiste !