9 septembre 2009 par Nathalie | Catégorie Réflexion, Vie militante.

Le texte qui suit est issu d’un petit ouvrage collectif intitulé “Est ce ainsi que les femmes vivent?” avec en introduction le “manifeste des menteuses”.
Y ont participé, Malika Mokeddem, Henri Pena Ruiz, Maïssa Bey, Benjamin Stora, Françoise Seligmann, Pierre Joxe et Geneviève Fraisse sous la coordination de Marie Louise Gourdon.
Il a été écrit à l’occasion du festival du livre de Mouans-Sartoux 2008.
Cette année là , le festival du livre avait pour thème “Résistance, l’origine du futur”? et partageait l’actualité avec un fait divers, a priori banal, puisqu’il s’agissait de l’annulation d’un mariage.
La raison de l’annulation l’était moins. Le juge, au nom de la République Française, avait cru bon devoir annuler ce mariage pour mensonge de l’épousée concernant son “état” de virginité. S’ensuivit le manifeste des menteuses et la co-édition par le festival du livre de Mouans Sartoux d’un petit ouvrage collectif avec les éditions de l’aube dans la collection “voix libres”.
La Région Provence Alpes-Côte d’Azur a participé à son financement afin qu’il soit largement distribué gratuitement dans tous les lycées de la Région, le magazine Télérama l’a offert gratuitement à ses abonnés du Sud-Est et les auteurs, ont dans un but militant, offert leurs droit d’auteur.
Merci à eux.
“Relisons Simone de Beauvoir. Dans le deuxième sexe, elle affirme: “On ne nait pas femme: on le devient”. Que veut-elle dire? Que la femme existe d’abord comme être humain. C’est en tant que telle qu’elle est sujet porteur de droits. Et ce en amont même de la différence des sexes. Celle-ci, bien réelle, ce sont des sociétés régies par des rapports de forces qui décident d’en faire l’objet de discriminations. Et dés lors, l’éducation, la sédimentation des coutumes, la systématisation des représentations idéologiques vont véhiculer un traitement discriminatoire qui, à la longue, apparaît comme normal, surtout à ceux qui en tirent avantage.
L’habitude est une seconde nature rappelait Pascal. Telle est schématiquement, la généalogie de la mystification sexiste qui prétend fonder sur la nature une injustice millénaire.
La provocation verbale de Simone de Beauvoir est donc salutaire. Par la force du paradoxe, elle ébranle deux milles ans de préjugés afin de faire naître une interrogation là où le machisme ordinaire avait installé de pseudo-évidences.
La liberté et la plénitude de l’égalité des droits se réfèrent à l’être humain comme tel, abstraction faite de toutes différences. Une telle abstraction est émancipatrice, car elle délivre d’emblée les dominé(e)s de toute fatalisation du rapport de forces qui les assujetti(e)s. Certes, les différence existent dans la société, comme un fait, mais un tel fait ne vaut pas droit. C’est dire qu’aucune différenciation des droits selon le critère de sexe n’est légitime.
Les trois religions du Livre se développèrent dans des sociétés où l’homme dominait - et il est bien temps de récuser l’usage fait des mythes d’amazones dominatrices et de sociétés matriarcales originaires.
Les trois monothéismes ne surent guère prendre leurs distances à l’égard des préjugés sexistes de l’époque, et leurs textes de référence, pris littéralement, commirent l’erreur de convertir le fait en droit. Ce qui, même du point de vue de croyant(e)s, ne va pas sans problème. Dieu serait-il machiste ou sexiste? La question semble sacrilège, mais elle a sa justification.
Raisonnons en nous plaçant du point de vue de quelqu’un qui croit en Dieu. Si Dieu est conçu comme un être éternel, comment peut-il partager les préjugés d’une époque historique déterminée? Si Dieu est pure bonté, comment peut-il vouloir la domination d’un sexe sur l’autre? Et si Dieu est tout puissant, n’at-il pas le moyen d’empêcher le mal, au lieu de le faire advenir par la femme, maudite cueilleuse de pomme? Est-ce Dieu qui parle quand dans la Bible, les Evangiles et le Coran donnent la domination masculine comme allant de soi?
Les trois textes posent la hiérarchie entre les sexes comme une sorte d’évidence. Leurs auteurs n’ont-ils pas attribué à leur Dieu, les préjugés qu’eux même véhiculaient? Ce genre d’approche éclairée est recommandée par Spinoza, Averroes et Thomas d’Aquin ou Pascal. Seule la raison, liée bien sûr au coeur, peut opérer cette distinction des niveaux de lecture, et délivrer ainsi la conscience de représentation qui codifient un rapport de forces en enrôlant la divinité pour le sanctifier. On le voit, à la lumière de l’émancipation laïque: nul n’est invité à abandonner sa religion pour se libérer. La seule exigence est de délivrer la foi de préjugés historiques dont elle n’a pas à être solidaire, sauf quand les théologiens entendent faire la loi.
Olympe de Gouge est bien obligée de parler des droits de la citoyenne, non parce que la citoyenneté aurait un sexe, mais justement pour rappeler que la citoyennté masculine ne concerne que la moitié du genre humain: elle réalise le paradoxe étonnant de décliner l’universel en absolutisant une particularité (le sexe masculin). Si Olympe revendique le droit de monter à la tribune comme à l’échafaud, c’est pour s’étonner qu’une révolution qui a démoli la Bastille de l’enfermement arbitraire reste en chemin dans le processus d’émancipation universelle. Condorcet, qui voulait que l’instruction publique soit dispensée à égalité aux filles et aux garçons le dit, aussi, à sa manière.
Pour éviter tout ethnocentrisme, on remarquera que ce n’est pas la culture occidentale comme telle qui a fait naître l’idée de l’égalité nécessaire des sexes, mais la résistance pluriséculaire des femmes à toute logique d’oppression et d’infériorisation, ainsi que l’engagement résolu des hommes révoltés par la hiérarchie machiste. La réalité, vérifiable, c’est que ces valeurs sont nées à rebours des traditions occidentales, et non dans leur prolongement. Celles-ci n’ont elles pas véhiculé la notion machiste de chef de famille, la confusion sexualité procréation, et le thème de la femme au foyer?
Souvenons-nous de Mariatou Koïta, courageuse femme malienne qui refusait l’excision du clitoris en tant que mutilation multiforme de la femme, mais refusait aussi que cette excision soit présentée comme un trait culturel. Ce n’est pas trahir sa culture que de promouvoir des exigences éthiques et juridiques universelles, qui conduisent effectivement à vivre son appartenance à une culture de façon critique et distanciée.
Le chantage à la trahison est l’oeuvre des fondamentalistes qui veulent oublier qu’en son sens dynamique la culture est d’abord dépassement des préjugés, émancipation, et non soumission passive aux traditions les plus rétrogrades.
Pourquoi une femme devrait-elle administrer la preuve de sa virginité alors que l’homme n’est pas soumis à la même exigence? Pourquoi la pluralité des expériences sexuelles serait-elle jugée mauvaise chez la femme et normale, voire bonne, chez l’homme? Il faut en finir avec ces discriminations qui n’avouent pas leur nom et se cachent dans le langage commun.
Louis Aragon disait de la femme qu’elle est l’avenir de l’homme.
Comment comprendre cette formule qui touche le coeur comme la raison? On peut admettre que l’exigence d’une émancipation accomplie porte la femme au meilleur d’elle même, comme elle le fait pour l’homme. Deux êtres libres, disposant d’eux mêmes, adviennent ainsi et se tournent l’un vers l’autre dans le cadre d’un respect mutuel authentique, d’un désir qui n’est plus entaché de volonté de domination. Je me donne d’utant plus librement à l’autre que je garde la maîtrise de mon être. Et l’autre de même. N’est ce pas une relation autrement riche et gratifiante qui se crée ainsi? En luttant pour la femme, l’homme doit certes renoncer aux mesquineries et aux abjections de sa domination coutumière.
Mais il gagne une merveilleurse chance: celle de construire un couple où l’égalité dans la différence porte la vie cmmune à un niveau d’exigence qui est aussi une source d ebonheur. Ainsi compris, l’homme débarrassé des attitudes sexistes, deviendra l’avenir d ela femme.”





















J’avoue que j’ai un peu de mal avec ce genre de texte qui nous assène des vérités évidentes… que nous dit-on au juste ?
1/ Rien ne justifie une inégalité de droit entre hommes et femmes
2/ Les trois religions monothéistes ont entériné ou tenté de légitimer la domination de l’homme sur la femme.
3/ L’homme sort grandi de l’abandon de sa posture sexiste et dominatrice
Et après ?
Maintenant que cela est dit et redit, que fait-on concrètement ?
Les inégalités de salaires entre hommes et femmes, à formation égale, demeurent. La sous-représentation des femmes en politique et dans les postes de haut niveau est flagrante. Que fait-on ? Que propose-t-on ?
L’exemple récent de la remise en cause des trimestres de retraites validés pour les mères de famille en raison de la charge d’enfant est un véritable scandale ! En plus au nom de l’égalité homme-femme. Ce qui veut dire que, au lieu de tirer vers le haut et de donner les mêmes avantages aux hommes, on nivelle par le bas en supprimant celui des femmes !
Je ne suis pas sûre David que même dit et redit cela soit une évidence pour tous (y compris, bien entendu pour les femmes)!
Si c’était le cas, justement, il n’y aurait pas de jugement aussi scandaleux que celui du tribunal de Lille, il n’y aurait pas d’inégalité de salaire entre les hommes et les femmes (alors même que nous disposons de l’arsenal juridique les interdisant), il n’y aurait pas de souci de parité…..
Dans les pays dits développés le problème n’est donc plus juridique mais bien sociétal!
Les mentalités évoluent au gré des générations se succédant, la patience et l’intelligence de certains permettra progressivement d’avancer collectivement. Toutefois, la vigilance de tous les jours est nécessaires car rien n’est gagné.
Pas même en Europe.
Quand je croise sur des trottoirs des petites filles voilées (je ne parle par là d’adultes, a priori, majeures et consentantes mais bien d’enfants), je m’interroge.
Alors des textes bien écrits comme celui de Henri Pena Ruiz, même s’ils donnent le sentiment de l’évidence pour les plus éclairés, constituent des vérités à asséner jour après jour.
Amitiés.
“permettront” et “nécessaire”
Désolée.