“Une mode des suicides” chez France Télécom

17 septembre 2009 par Nathalie | Catégorie Actualités, Crise sociale, Révolte !.

Didier Lombard, président de France TélécomM. LOMBARD, le PDG de France Télécom, interrogé sur la série de suicides (23 en 18 mois, on se réveille tous les matins avec un nouveau suicide chez France Télécom!) qui frappe l’entreprise dont il est le principal responsable a qualifié cette période de “mode des suicides”.

Une mode !, comme il existe une mode du prêt à porter d’hiver et d’été, la mode des cheveux longs et des jupes courtes, la légèreté de la mode, l’insouciance de la mode, la futilité de la mode.

M. LOMBARD parlait, ainsi, de la vie brisée de 23 personnes avec lesquelles il travaillait.

1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+1

23 individus qui ne supportaient plus leurs conditions de travail.

Certes nous dira-t-on, le travail n’explique pas tout. Elles avaient bien quelques fragilités psychologiques, aussi.
Certes…

Toutefois, toutes se sont suicidées, essentiellement, à cause de leurs conditions de travail, du stress subi lors de la période de restructuration organisée vaille que vaille à la vitesse de la concurrence internationale.
La “ressource humaine” n’est plus qu’un moyen de production, un outil qu’il convient de gérer. Gère-t-on un homme, un individu, une personne ? Ont-ils perdu, eux les puissants, tout sens de l’humanité ?

Cet homme, ce salarié  passe près de la moitié de sa vie au travail.
Plus aujourd’hui encore, “grâce” aux nouveaux moyens de communication qui permettent à l’employeur (et à son zélé représentant), tel un fil à la patte, de téléphoner ou de emailer, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, le dimanche comme en vacances.

On ne débranche plus du travail. Aux diables les 35h ! Le travail est potentiellement devenu permanent.

Et vive la gauche des années 80 et son ministère du temps libre dont on s’est tant gaussé à droite (et à gauche aussi parfois!)

Comment peut-on imaginer que la souffrance de l’homme au travail n’influe pas sur son désir et sa soif de vivre?

Ajoutons à cela le stress subi dans sa vie personnelle, les dettes qui s’accumulent, le logement qu’on n’arrive plus à aménager, les enfants qui exigent de plus en plus en grandissant, l’avenir qu’on nous décrit tous les jours en noir, le mot “mort” ressassé des dizaines de fois dans les journaux télévisés… et le désespoir du père et de la mère de 40 ans se concrétise, au bout du bout, par la fin de tout.

L’arrêt définitif des souffrances.  Sur les lieux de son travail : tout un  symbole.

Honte à vous M. LOMBARD, vous leur employeur, de considérer ce fléau comme un phénomène de mode. Honte à vous qui êtes le premier responsable du désespoir de cet homme ou de cette femme choisissant la dernière des extrémités, honte à vous qui tirez un trait sur les souffrances de ceux qui restent, parents, conjoints, enfants, amis, collègues de travail.

Non, il ne s’agit pas là d’une “mode” mais d’un véritable fléau de notre société.

Rassurez-vous, un policier se suicide toutes les semaines, la “mode” y est persistante.
Elle finira bien par passer chez France Télécom.

Si vous commenciez par permettre à votre comité d’entreprise de proposer des activités sportives, culturelles et de loisirs comme les PTT puis ses déclinaisons le faisaient jusqu’aux années 90.

Rappelez-vous M. LOMBARD de la belle histoire des ASPTT, celle qui donnait aux hommes qui travaillaient  le souci du collectif et le plaisir de faire autre chose que de subir la dictature du travail. Gaspillage, pensez-vous, certainement, aujourd’hui.
La rentabilité à tous prix a exigé que les personnels mis à disposition des ASPTT réintègrent leur poste initial de travail. Vous avez cédé à la dictature de la rentabilité. Vous avez sacrifié le collectif.
Vous en constatez, aujourd’hui, les conséquences.

La rentabilité maximale, la politique des petits chefs, les humiliations, le harcèlement, la fin du vivre ensemble conduisent, inéluctablement, à l’anéantissement de l’homme.

Certains choisissent d’abréger la lente avancée vers le désespoir, d’autres tomberont malades, rassurez-vous, chez France Télécom et ailleurs, la très grande majorité résistera à la “mode”.

A quel prix?

L’État, actionnaire majoritaire de France Télécom, doit exiger le licenciement pour faute lourde  de ce PDG osant qualifier 23 suicides en 18 mois au sein de son entreprise de phénomène de “mode”.

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8 commentaires à l'article ““Une mode des suicides” chez France Télécom”

  1. David | 17/09/09

    L’acte suicidaire est l’acte extrême. Que les conditions de travail puissent aggraver la détresse d’un individu au point de devenir l’élément déclencheur de son suicide est un phénomène difficilement appréhendable. Il témoigne de la violence subie. Une violence inouïe. Une violence d’une puissance inouïe subie là où on ne s’y attend pas, au travail.
    « Le travail c’est la santé », disait la chanson.
    Le domaine professionnel est, comme tout domaine, le lieu d’une domination. Domination non pas par un plus fort, identifié, que l’on peut combattre, mais domination par un système incarné, certes par différents visages, mais toujours là, implacable et froid, quelques soient les lieux et les visages qui l’incarnent. Domination non pas sur des plus faibles, mais sur des plus affaiblis, ceux que l’on a isolés, amoindris, diminués jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus être eux-mêmes.
    L’acte suicidaire est devenu ici un acte politique. Ils ne se sont pas immolés sur la place publique, mais beaucoup d’entre eux ont transformé leur suicide en un acte de dénonciation. Ils ont dénoncé la violence subie au travail, presque comme un acte revendicatif, par un acte ultime, sur l’autel du productivisme.
    « Le travail c’est la santé », me disait mon patron…

  2. Nathalie | 19/09/09

    La défenestration (encore hier d’une directrice de la Protection Judiciaire et de la Jeunesse!) est un acte hautement symbolique, tout comme le suicide par arme à feu (au delà de l’aspect “pratique” du moyen) pour les policiers et gendarmes.

    Au delà du choix ultime de chacun, c’est l’indifférence odieuse ou la qualification négative des responsables qui me choquent.

    Hier, encore, Darcos déclare….Sur 1OO OOO salariés, 23 suicides….”il ne faut quand même pas exagérer”!.

    C’est quoi? Les dommages collatéraux de la globalisation?
    Hop là, on passe à autre chose, faisons une petite réunion de l’intersyndicale, çà les calmera, versons une petite indemnité aux familles et on n’en parle plus….!?

    Voilà la droite décomplexée dans toute sa splendeur
    Ces hommes là n’ont même plus le sens du respect. C’est à vomir.

  3. jean marc glachant | 19/09/09

    France telecom a viré 70 000 de ses salariés ces dernières années.
    La question par chacun des restants est de garder son emploi.
    La réponse à cette agressivité de la direction de France Telecom n’est plus collective mais individuelle.
    Le taux de suicide marque bien le fait que les salariés agressés,isolés,retournent la violence contre eux par manque de réponse collective.
    Les conflits de cette été (New fabris,Molex,Continental)ont généré une mobilisation totale des salariés par le fait qu’était en jeu la survie TOTALE de l’entreprise.Plus rien à perdre ,ce qui n’est pas le cas à France Telecom,si tu es docile,tu resteras au sein de l’entrperise.

    Je rappellerais ici une nouvelle fois que depuis 1975 à chaque fois qu’une personne souhaite intégrer le monde du travail,il doit effectivement exclure un actif en âge de travailler.

    En effet,en 1975,la population active était de 23 millions de personnes.
    Aujourd’hui,cette population active est de 27 millions,soit 4 millions de plus,soit exactement le nombre de chômeurs actuel.

    Depuis 34 ans,la population active augmente au même rythme que le nombre de chômeurs,on peut comprendre la détresse de certains salariés de France Telecom ou d’ailleurs.

  4. Nathalie | 20/09/09

    Pour compléter notre information.
    Merci à Françoise pour ce lien. http://eco.rue89.com/2009/09/18/chez-france-telecom-bougez-ou-cassez-vous

  5. David | 29/09/09

    24ème suicide à France Telecom… Combien en faudra-t-il d’autres pour un “vrai” changement dans l’entreprise ?

  6. David | 15/10/09

    25ème suicide à France Telecom :

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/social/20091015.OBS4756/un_25e_salarie_de_france_telecom_sest_suicide.html

  7. Sophia | 7/12/09

    Une approche intéressante : Marcel Gauchet, « le suicide au travail, symbole de la désespérance révolutionnaire »

    http://www.marianne2.fr/Gauchet-le-suicide-au-travail,-symbole-de-la-desesperance-revolutionnaire_a183011.html

  8. Sophia | 4/06/10

    Tentatives de suicides en séries à la Poste, conditions de travail dégradées, absentéisme répétitif, stress, le “syndrome France Telecom” frappe la Poste : http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/la-poste-victime-du-syndrome-france-telecom_233513.html

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