Les vertus de la décroissance ?

10 octobre 2009 par alex | Catégorie Economie, Environnement, International.

Le Monde Diplomatique - Par Serge Latouche

Mot d’ordre des gouvernements de gauche comme de droite, objectif affiché de la plupart des mouvements altermondialistes, la croissance constitue-t-elle un piège ? Fondée sur l’accumulation des richesses, elle est destructrice de la nature et génératrice d’inégalités sociales. « Durable » ou « soutenable », elle demeure dévoreuse du bien-être. C’est donc à la décroissance qu’il faut travailler : à une société fondée sur la qualité plutôt que sur la quantité, sur la coopération plutôt que la compétition, à une humanité libérée de l’économisme se donnant la justice sociale comme objectif.

« Car ce sera une satisfaction parfaitement positive que de manger des aliments sains, d’avoir moins de bruit, d’être dans un environnement équilibré, de ne plus subir de contraintes de circulation, etc. » Jacques Ellul (1)

Pollution industrielleLe 14 février 2002, à Silver Spring, devant les responsables américains de la météorologie, M. George W. Bush déclarait : « Parce qu’elle est la clef du progrès environnemental, parce qu’elle fournit les ressources permettant d’investir dans les technologies propres, la croissance est la solution, non le problème. (2) » Dans le fond, cette position est largement partagée par la gauche, y compris par de nombreux altermondialistes qui considèrent que la croissance est aussi la solution du problème social en créant des emplois et en favorisant une répartition plus équitable.

Ainsi, par exemple, Fabrice Nicolino, chroniqueur écologique de l’hebdomadaire parisien Politis, proche de la mouvance altermondialiste, a récemment quitté ce journal au terme d’un conflit interne provoqué par… la réforme des retraites. Le débat qui s’en est suivi est révélateur du malaise de la gauche (3). La raison du conflit, estime un lecteur, est sans doute d’« oser aller à l’encontre d’une sorte de pensée unique, commune à presque toute la classe politique française, qui affirme que notre bonheur doit impérativement passer par plus de croissance, plus de productivité, plus de pouvoir d’achat, et donc plus de consommation (4) ».

Après quelques décennies de gaspillage frénétique, il semble que nous soyons entrés dans la zone des tempêtes au propre et au figuré… Le dérèglement climatique s’accompagne des guerres du pétrole, qui seront suivis de guerres de l’eau (5), mais aussi de possibles pandémies, de disparitions d’espèces végétales et animales essentielles du fait de catastrophes biogénétiques prévisibles.

Dans ces conditions, la société de croissance n’est ni soutenable ni souhaitable. Il est donc urgent de penser une société de « décroissance » si possible sereine et conviviale.

La société de croissance peut être définie comme une société dominée par une économie de croissance, précisément, et qui tend à s’y laisser absorber. La croissance pour la croissance devient ainsi l’objectif primordial, sinon le seul, de la vie. Une telle société n’est pas soutenable parce qu’elle se heurte aux limites de la biosphère. Si l’on prend comme indice du « poids » environnemental de notre mode de vie l’« empreinte » écologique de celui-ci en superficie terrestre nécessaire, on obtient des résultats insoutenables tant du point de vue de l’équité dans les droits de tirage sur la nature que du point de vue de la capacité de régénération de la biosphère. Un citoyen des Etats-Unis consomme en moyenne 9,6 hectares, un Canadien 7,2, un Européen moyen 4,5. On est donc très loin de l’égalité planétaire, et plus encore d’un mode de civilisation durable qui nécessiterait de se limiter à 1,4 hectare, en admettant que la population actuelle reste stable (6).

Pour concilier les deux impératifs contradictoires de la croissance et du respect de l’environnement, les experts pensent trouver la potion magique dans l’écoefficience, pièce centrale et à vrai dire seule base sérieuse du « développement durable ». Il s’agit de réduire progressivement l’impact écologique et l’intensité du prélèvement des ressources naturelles pour atteindre un niveau compatible avec la capacité reconnue de charge de la planète (7).

Que l’efficience écologique se soit accrue de manière notable est incontestable, mais dans le même temps la perpétuation de la croissance forcenée entraîne une dégradation globale. Les baisses d’impact et de pollution par unité de marchandise produite se trouvent systématiquement anéanties par la multiplication du nombre d’unités vendues (phénomène auquel on a donné le nom d’« effet rebond »). La « nouvelle économie » est certes relativement immatérielle ou moins matérielle, mais elle remplace moins l’ancienne qu’elle ne la complète. Au final, tous les indices montrent que les prélèvements continuent de croître (8).

Enfin, il faut la foi inébranlable des économistes orthodoxes pour penser que la science de l’avenir résoudra tous les problèmes et que la substituabilité illimitée de la nature par l’artifice est concevable.

Si l’on suit Ivan Illich, la disparition programmée de la société de croissance n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. « La bonne nouvelle est que ce n’est pas d’abord pour éviter les effets secondaires négatifs d’une chose qui serait bonne en soi qu’il nous faut renoncer à notre mode de vie ­ comme si nous avions à arbitrer entre le plaisir d’un mets exquis et les risques afférents. Non, c’est que le mets est intrinsèquement mauvais, et que nous serions bien plus heureux à nous détourner de lui. Vivre autrement pour vivre mieux (9). »

La société de croissance n’est pas souhaitable pour au moins trois raisons : elle engendre une montée des inégalités et des injustices, elle crée un bien-être largement illusoire ; elle ne suscite pas pour les « nantis » eux-mêmes une société conviviale, mais une anti-société malade de sa richesse.

L’élévation du niveau de vie dont pensent bénéficier la plupart des citoyens du Nord est de plus en plus une illusion. Ils dépensent certes plus en termes d’achat de biens et services marchands, mais ils oublient d’en déduire l’élévation supérieure des coûts. Celle-ci prend des formes diverses, marchandes et non marchandes : dégradation de la qualité de vie non quantifiée mais subie (air, eau, environnement), dépenses de « compensation » et de réparation (médicaments, transports, loisirs) rendues nécessaires par la vie moderne, élévation des prix des denrées raréfiées (eau en bouteilles, énergie, espaces verts…).

Herman Daly a mis sur pied un indice synthétique, le Genuine Progress Indicator, indicateur de progrès authentique (IPA), qui corrige ainsi le produit intérieur brut (PIB) des pertes dues à la pollution et à la dégradation de l’environnement. A partir des années 1970, pour les Etats-Unis, cet indicateur stagne et même régresse, tandis que celui du PIB ne cesse d’augmenter  (10). Il est regrettable que personne en France ne se soit encore chargé de faire ces calculs. On a toutes les raisons de penser que le résultat serait comparable. Autant dire que, dans ces conditions, la croissance est un mythe, même à l’intérieur de l’imaginaire de l’économie de bien-être, sinon de la société de consommation ! Car ce qui croît d’un côté décroît plus fortement de l’autre.

Tout cela ne suffit malheureusement pas pour nous amener à quitter le bolide qui nous mène droit dans le mur et à embarquer dans la direction opposée.

Entendons-nous bien. La décroissance est une nécessité ; ce n’est pas au départ un idéal, ni l’unique objectif d’une société de l’après-développement et d’un autre monde possible. Mais faisons de nécessité vertu, et concevons, pour les sociétés du Nord, la décroissance comme un objectif dont on peut tirer des avantages (11). Le mot d’ordre de décroissance a surtout pour objet de marquer fortement l’abandon de l’objectif insensé de la croissance pour la croissance. En particulier, la décroissance n’est pas la croissance négative, expression antinomique et absurde qui voudrait dire à la lettre : « avancer en reculant ». La difficulté où l’on se trouve de traduire « décroissance » en anglais est très révélatrice de cette domination mentale de l’économisme, et symétrique en quelque sorte de l’impossibilité de traduire croissance ou développement (mais aussi, naturellement, décroissance…) dans les langues africaines.

On sait que le simple ralentissement de la croissance plonge nos sociétés dans le désarroi en raison du chômage et de l’abandon des programmes sociaux, culturels et environnementaux, qui assurent un minimum de qualité de vie. On peut imaginer quelle catastrophe serait un taux de croissance négatif ! De même qu’il n’y a rien de pire qu’une société du travail sans travail, il n’y a rien de pire qu’une société de croissance sans croissance. C’est ce qui condamne la gauche institutionnelle, faute d’oser la décolonisation de l’imaginaire, au social-libéralisme. La décroissance n’est donc envisageable que dans une « société de décroissance » dont il convient de préciser les contours.

Une politique de décroissance pourrait consister d’abord à réduire voire à supprimer le poids sur l’environnement des charges qui n’apportent aucune satisfaction. La remise en question du volume considérable des déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, avec l’impact négatif correspondant (donc une « relocalisation » de l’économie) ; celle non moins considérable de la publicité tapageuse et souvent néfaste ; celle enfin de l’obsolescence accélérée des produits et des appareils jetables sans autre justification que de faire tourner toujours plus vite la mégamachine infernale : autant de réserves importantes de décroissance dans la consommation matérielle.

Ainsi comprise, la décroissance ne signifie pas nécessairement une régression de bien-être. En 1848, pour Karl Marx, les temps étaient venus de la révolution sociale et le système était mûr pour le passage à la société communiste d’abondance. L’incroyable surproduction matérielle de cotonnades et de biens manufacturés lui semblait plus que suffisante, une fois aboli le monopole du capital, pour nourrir, loger et vêtir correctement la population (au moins occidentale). Et pourtant, la « richesse » matérielle était infiniment moins grande qu’aujourd’hui. Il n’y avait ni voitures, ni avions, ni plastique, ni machines à laver, ni réfrigérateur, ni ordinateur, ni biotechnologies, pas plus que les pesticides, les engrais chimiques ou l’énergie atomique ! En dépit des bouleversements inouïs de l’industrialisation, les besoins restaient encore modestes et leur satisfaction possible. Le bonheur, quant à sa base matérielle, semblait à portée de la main.

Pour concevoir la société de décroissance sereine et y accéder, il faut littéralement sortir de l’économie. Cela signifie remettre en cause sa domination sur le reste de la vie, en théorie et en pratique, mais surtout dans nos têtes. Une réduction massive du temps de travail imposé pour assurer à tous un emploi satisfaisant est une condition préalable. En 1981 déjà, Jacques Ellul, l’un des premiers penseurs d’une société de décroissance, fixait comme objectif pour le travail pas plus de deux heures par jour (12). On peut, s’inspirant de la charte « consommations et styles de vie » proposée au Forum des organisations non gouvernementales (ONG) de Rio lors de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement de 1992, synthétiser tout cela dans un programme en six « r » : réévaluer, restructurer, redistribuer, réduire, réutiliser, recycler. Ces six objectifs interdépendants enclenchent un cercle vertueux de décroissance sereine, conviviale et soutenable. On pourrait même allonger la liste des « r » avec : rééduquer, reconvertir, redéfinir, remodeler, repenser, etc., et bien sûr relocaliser, mais tous ces « r » sont plus ou moins inclus dans les six premiers.

On voit tout de suite quelles sont les valeurs qu’il faut mettre en avant et qui devraient prendre le dessus par rapport aux valeurs dominantes actuelles. L’altruisme devrait prendre le pas sur l’égoïsme, la coopération sur la compétition effrénée, le plaisir du loisir sur l’obsession du travail, l’importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, le goût de la belle ouvrage sur l’efficience productiviste, le raisonnable sur le rationnel, etc. Le problème, c’est que les valeurs actuelles sont systémiques : elles sont suscitées et stimulées par le système et, en retour, elles contribuent à le renforcer. Certes, le choix d’une éthique personnelle différente, comme la simplicité volontaire, peut infléchir la tendance et saper les bases imaginaires du système, mais, sans une remise en cause radicale de celui-ci, le changement risque d’être limité.

Vaste et utopique programme, dira-t-on ? La transition est-elle possible sans révolution violente, ou, plus exactement, la révolution mentale nécessaire peut-elle se faire sans violence sociale ? La limitation drastique des atteintes à l’environnement, et donc de la production de valeurs d’échange incorporées dans des supports matériels physiques, n’implique pas nécessairement une limitation de la production de valeurs d’usage à travers des produits immatériels. Ceux-ci, au moins pour partie, peuvent conserver une forme marchande.

Toutefois, si le marché et le profit peuvent persister comme incitateurs, ils ne peuvent plus être les fondements du système. On peut concevoir des mesures progressives constituant des étapes, mais il est impossible de dire si elles seront acceptées passivement par les « privilégiés » qui en seraient victimes, ni par les actuelles victimes du système, qui sont mentalement ou physiquement droguées par lui. Cependant, l’inquiétante canicule 2003 en Europe du Sud-Ouest a fait beaucoup plus que tous nos arguments pour convaincre de la nécessité de s’orienter vers une société de décroissance. Ainsi, pour réaliser la nécessaire décolonisation de l’imaginaire, on peut à l’avenir très largement compter sur la pédagogie des catastrophes.

Serge Latouche.

Professeur émérite d’économie de l’université de Paris-Sud, président de la Ligne d’horizon (association des amis de François Partant). Dernier ouvrage publié : Survivre au développement. De la décolonisation de l’imaginaire économique à la construction d’une société alternative, Editions Mille et une nuits, Paris, 2004.

(1) Entretiens avec Jacques Ellul, Patrick Chastenet, La Table ronde, Paris, 1994, page 342.
(2) Le Monde, 16 février 2002.
(3) Fabrice Nicolino, « Retraite ou déroute ? », Politis, 8 mai 2003. La crise a en fait été déclenchée par des formules contestables de Fabrice Nicolino qualifiant le mouvement social de « festival de criailleries corporatistes », ou évoquant « le monsieur qui veut continuer à partir à 50 ans à la retraite ­ pardi, il conduit des trains, c’est la mine, c’estGerminal ! ».
(4) Politis n° 755,12 juin 2003.
(5) Vandana Shiva, La Guerre de l’eau, Parangon, Paris, 2003.
(6) Gianfranco Bologna (sous la direction de), Italia capace di futur, WWF-EMI, Bologne, 2001, pp. 86-88.
(7) The Business Case for Sustanable Development, document du World Business Council for Sustanable Development diffusé au Sommet de la terre de Johannesburg (août-septembre 2002).
(8) Mauro Bonaiuti, « Nicholas Georgescu-Roegen. Bioeconomia. Verso un’altra economia ecologicamente e socialmente sostenible », Bollati Boringhieri, Torino, 2003. En particulier pp. 38-40.
(9) Le Monde, 27 décembre 2002.
(10) C. Cobb, T. Halstead, J. Rowe, « The Genuine Progress Indicator : Summary of Data and Methodology, Redefining Progress », 1995, et des mêmes, « If the GDP is Up, Why is America Down ? », in Atlantic Monthly, n° 276, San Francisco, octobre 1995.
(11) En ce qui concerne les sociétés du Sud, cet objectif n’est pas vraiment à l’ordre du jour : même si elles sont traversées par l’idéologie de la croissance, ce ne sont pas vraiment pour la plupart des « sociétés de croissance ».
(12) Voir « Changer de révolution », cité par Jean-Luc Porquet in Ellul, l’homme qui avait (presque) tout prévu, Le Cherche-Midi, 2003, pp. 212 -213.

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15 commentaires à l'article “Les vertus de la décroissance ?”

  1. jean marc glachant | 10/10/09

    En physique - chimie toute réaction cherche son point d’entropie.

    Le second théorème de la thermodynamique appelle entropie, le processus par lequel l’énergie disponible se transforme en énergie non disponible.

    Les énergies non-renouvelables vont atteindre leur point d’entropie.

    La cadence de consommation humaine, de surcroit dans un monde clos et inextensible posera à terme non pas la nécessité mais la contingence de la décroissance imposée.

    Dans une société humaine, cette décroissance sera ou ne sera pas l’objet d’un débat de démocratie sociale.

    Comment passer d’un paradigme à un autre; énergie illimitée,capacité de travail restreint à énergie limité,capacité de travail illimité.

    Partage des énergies,partage des ressources,partage du travail dans un mode clos et durable,voilà l’enjeu collectif mondial,la véritable MONDIALISATION.

  2. Nathalie | 11/10/09

    Et si au lieu de parler de “décroissance” nous parlions de “mieux croissance”. Je ne crois pas une minute à la décroissance pour une raison démographique, dans 25 ans nous serons 9 milliards d’individus sur terre.
    Mécaniquement, les productions et les consommations croitront.

    Intéressons-nous, socialistes, plutôt, à la répartition au lieu de commencer à expliquer à la très grande majorité des individus qu’ils auront, toujours, de moins en moins. Il y a dans la théorie de la décroissance quelque chose qui ressemble à la préparation des esprits (même si j’entends bien les arguments).
    La “déconsommation”(parallèle de la décroissance) ne peut pas concerner la majorité de la population mondiale puisque celle ci ne consomme déjà que le minimum vital!.
    Contrairement à l’auteur, j’ai foi dans la capacité des êtres humains à réagir intelligemment aux défis posés. Ce fût ainsi depuis l’aube de l’humanité.
    Si les fruits de la croissance étaient, aujourd’hui, mieux répartis (voilà qui est humainement possible et soutenable), s’il y avait moins de gaspillage, si nous commencions par appliquer les principes d’un développement durable (développement = forcément croissance), le monde marcherait certainement un peu moins sur la tête.
    Il faudra, certes, que les habitants des pays dits développés soient un peu plus fraternels. Autant qu’ils le choisissent parce qu’à terme çà leur sera forcément imposé!

  3. David | 11/10/09

    Les antimondialistes ont du changer leur nom en altermondialistes pour montrer qu’ils n’étaient pas contre la mondialisation mais pour une autre mondialisation, une mondialisation “équitable”, juste, et respectueuse des identités locales.
    C’est pareil pour la décroissance : il faudrait appeler ça une croissance “raisonnée”, “juste” ou “équitable”.

    La surproduction pour le Nord, la surconsommation au Nord, l’exploitation et la famine au Sud. On jette au Nord ce dont le Sud a besoin, on gaspille quand d’autre meurent de faim.
    On cherche à produire toujours plus alors que l’on sait que les ressources ne sont pas infinies et que l’on produit pour jeter ensuite. Et pourtant on continue comme si de rien n’était. C’est ce que Hulot appelle “le syndrome du Titanic”. D’ailleurs cet excellent article de Latouche, si j’ai bien compris, vient des archives du monde diplomatique et date de 2003. Or tout y est dit et bien dit. Qu’a-t-on fait depuis ? Et nous socialistes, qu’avons nous fait depuis 2003 ? Nous en sommes à peine à découvrir le concept… Notre contre plan de relance, alternative assumée au plan de relance de l’économie du gouvernent ignore complètement la problématique de la décroissance.

    La notion de décroissance a ceci de pertinent qu’elle va nous pousser à :

    1/ En finir avec le mythe de la croissance providentielle comme dogme politique et économique.

    2/ Redéfinir la croissance sur la base du qualitatif et non du quantitatif : améliorer la qualité de vie de tous tout en réduisant notre empreinte écologique, notre impact sur l’environnement. Cela implique d’abandonner la mesure de la richesse sur les seuls indices financiers et économiques et de prendre en compte le développement humain.

    3/ Repenser la répartition des richesses entre Nord et Sud.

    4/ Penser une société qui ne soit pas basée sur le seul travail, la seule production pour une consommation effrénée. C’est ce que Latouche appelle “sortir de l’économie” : réduire le temps de travail, réhabiliter la coopération, la culture, l’altruisme…

  4. David | 11/10/09

    alors, Fab-Le-Vert, un Vert, ça pense quoi de la décroissance ?

  5. David | 11/10/09

    Décroissance et enjeu démographique : “Il faudra nourrir 2,3 milliards de personnes de plus en 2050″

    http://www.vedura.fr/actualite/5899-faudra-nourrir-milliards-personnes-2050

  6. Alex | 12/10/09

    Cela pose aussi la question de la mesure du bien-être collectif: Comment mesurer l’amélioration des conditions de vie si on ne se réfère uniquement à la production de bien marchand via le PIB.
    La commission Stiglitz s’est prononcée sur la mise en place de nouvel indicateur mais on se trouve en face de deux barrières essentielles: le problème de la comparaison entre pays eu égard à la différenciation des systèmes de compilation de données(voir leur inexistence) et les problèmes liés à la mesure même de l’information (mesure du système éducatif, de santé et des biens non marchand, du don…)

  7. JR | 12/10/09

    Cher Alex, ” l’infini n’est pas un état stable, mais la croissance elle-même ” aurait dit Aristote.

  8. Alex | 12/10/09

    Cher JR, je vais me contenter de me citer:
    “Dans la matière, une seule chose est infinie, c’est la matière grise…”
    Certains me rétorqueront que l’entendement est fini (Cf le sieur Kant): ce que je conçois facilement à titre individuel mais nullement à titre collectif.

  9. Ianaiev | 12/10/09

    C’est où la photo ? Saint Denis chez Erika Voynet ou Tchernobyl chez Boris Gorbatchev ?

    A propos de Gorby, lire absolument son interview révélation : ” On a évité une troisième guerre mondiale ” :

    http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/12/01003-20091012ARTFIG00279-gorbatchev-on-a-evite-une-troisieme-guerre-mondiale-.php

    LE FIGARO. - Il y a vingt ans, vous étiez au pouvoir en Union soviétique au moment de la chute du mur de Berlin. L’aviez-vous vue venir ou vous a-t-elle pris par surprise ?

    Mikhaïl GORBATCHEV. - Il aurait été difficile de me surprendre à cette époque-là. Ces événements étaient le résultat d’un long processus. Cela faisait longtemps que j’étais dans les cercles du pouvoir et je connaissais parfaitement la situation. Quand je suis devenu le leader de l’Union soviétique, l’une des pierres angulaires de ma vision du monde était de considérer l’Europe comme notre maison commune. J’avais d’ailleurs proposé, au cours d’une visite en France, que nous bâtissions cette maison commune. Et la question allemande faisait partie de cette vision. L’unification de l’Allemagne a été possible parce qu’elle a été précédée de grands changements en URSS, en Europe centrale et de l’Est, dans les relations avec les pays occidentaux et particulièrement avec les États-Unis, avec qui nous étions alors en très mauvais termes. Quand je suis arrivé à la tête de l’URSS, les responsables soviétiques et américains ne s’étaient pas rencontrés depuis six ans. Quelques années plus tard, nous avions changé cela. Et c’est l’ensemble de ces changements qui a entraîné la possibilité de la réunification. Lors d’une visite en RDA en 1989, à l’occasion du 40e anniversaire de la République est-allemande, j’ai été très impressionné par ce que j’ai vu. J’ai longuement parlé avec le président Erich Honecker et il m’a étonné. Je pensais qu’il ne comprenait pas ce qui se passait. Ou qu’il refusait d’accepter le processus qui était en cours et qui, de toute évidence, mettait la question de l’unité de l’Allemagne sur la table. Il y avait un grand défilé, les vingt-huit régions de la RDA étaient représentées. Les jeunes qui participaient à la manifestation criaient des slogans qui prouvaient que le pays était en effervescence et qu’il allait y avoir de grands changements très bientôt… Le premier ministre polonais, Mieczyslaw Rakowski, s’est approché de moi en me demandant si je comprenais l’allemand. J’ai répondu : suffisamment pour savoir ce que disent les pancartes et les slogans. Alors il m’a dit : c’est la fin. J’ai dit oui.

    À vous entendre, c’est presque comme si vous aviez vous-même planifié tout cela ?

    Non, je ne l’ai pas planifié. D’ailleurs, en juin 1989, à l’occasion d’une visite en RFA, après un entretien avec Helmut Kohl, un journaliste m’a demandé si nous avions évoqué la question allemande. J’ai répondu que oui. J’ai déclaré que la division de l’Allemagne était un héritage de l’histoire, de la Seconde Guerre mondiale. Mais que c’était à l’histoire de dire ce qu’il en adviendrait. Les journalistes n’étaient pas contents et ils ont insisté en me demandant quand aurait lieu la réunification. J’ai répondu que cette question serait probablement résolue au XXIe siècle et que ce serait l’histoire qui déciderait. Vous voyez, c’était ma position quelques mois avant la chute du Mur… Et puis il y a eu les changements en URSS, en Europe centrale et de l’Est, la «révolution de velours», les nouvelles relations avec les États-Unis, le désarmement. Tout cela a entraîné la spirale des événements, même si la RDA était encore une sorte d’île dans cette mer de changement.

    Avez-vous eu la tentation de recourir à la force pour arrêter les mouvements à l’œuvre en Europe de l’Est ?

    Vous savez, quand mon prédécesseur, Konstantin Tchernenko, est mort, en 1985, les leaders des pays du pacte de Varsovie sont venus aux funérailles à Moscou. Nous nous sommes réunis dans mon bureau. Je les ai remerciés et je leur ai dit : nous ne ferons rien qui puisse compliquer nos relations avec vous. Nous respecterons nos obligations, mais vous êtes responsables de votre politique, de votre pays, et nous sommes responsables de notre politique, de notre pays. En 1985, donc, je leur ai promis que nous n’interviendrions pas - et nous ne sommes jamais intervenus. Si nous l’avions fait, alors je ne serais probablement pas là aujourd’hui, avec vous… Cela, je peux vous l’assurer.

    Que se serait-il passé, selon vous ?

    On aurait pu avoir une Troisième Guerre mondiale… À l’époque, l’Europe était pleine d’armes nucléaires. Il y avait environ deux millions de troupes des deux côtés du rideau de fer… Imaginez simplement ce qui aurait pu arriver si nous avions utilisé la force…

    Quelle était, à cette époque, votre vision de l’avenir de l’Union soviétique ?

    C’était une vision qui nous a conduits à engager des changements démocratiques, à ouvrir le pays, à réformer notre union et notre économie, à rendre leur liberté de mouvement aux citoyens, à introduire la liberté d’expression et de religion. À cette époque, je n’avais aucune hésitation, je savais que c’était le chemin à suivre. Et j’ai cru que l’on pourrait ainsi préserver l’Union soviétique. Mais, après les élections libres de 1989, certains, au sein du Parti communiste, ont réagi férocement contre toutes ces réformes. Le parti était alors divisé : 84 % des députés en étaient membres, mais la nomenklatura avait perdu les élections. J’avais toutes les raisons de croire que la perestroïka était soutenue par la majorité. Il n’empêche que la nomenklatura a essayé à plusieurs reprises de me renverser, de me démettre lors des réunions du Soviet suprême. Les adversaires de la perestroïka n’ont pas été capables de s’opposer à nous légalement, politiquement. C’est pour cela qu’ils ont organisé un coup d’État en 1991. Nous avons sous-estimé le danger, nous aurions dû agir avec plus de fermeté pour empêcher cela. Je pense que les défenseurs de la perestroïka, y compris moi-même, nous avons été trop confiants. Nous croyions être sur la bonne voie. À cette époque, nous avions préparé un programme pour redresser la situation économique en URSS. Ce programme avait été soutenu par toutes les Républiques, même les Républiques baltes. Début août, nous avions aussi préparé un nouveau traité pour l’Union. En novembre 1991, nous voulions tenir un congrès pour réformer le parti. Nous pensions que, dans cette situation, il aurait été irresponsable pour quiconque d’organiser un coup d’État. Malheureusement, ils l’ont fait, et certains de ceux qui ont organisé le coup faisaient partie de mon entourage, de mon cercle rapproché.

    Comment interprétez-vous aujourd’hui la nostalgie de l’empire et de l’Union soviétique qui se manifeste au sein du pouvoir et de la population russes ?

    Je connais la situation. Je pense qu’il ne faut pas exagérer cette tendance. Dans un sondage réalisé en 2005 pour le 20e anniversaire de la perestroïka, 55 % des gens estimaient que les changements avaient été nécessaires, alors qu’ils étaient minoritaires dix ans plus tôt. Les deux tiers des Russes se disent favorables aux élections libres, à l’économie de marché et à la liberté de mouvements…

    Oui, mais Staline est plus populaire aujourd’hui qu’hier…

    Je ne le pense pas. Il est vrai que certains manifestent dans la rue avec des portraits de Staline. Cela prouve surtout que la Russie n’a pas totalement réussi son processus de changement. Mais cela, on le savait déjà. Quoi qu’il en soit, il n’y aura pas de retour vers le passé. On ne peut pas faire marche arrière. Cela n’arrivera pas.

    Quel jugement portez-vous sur la politique du tandem Medvedev-Poutine ? Ces deux hommes mènent-ils la Russie sur la bonne voie ?

    Le premier mandat de Vladimir Poutine était plutôt positif. Il a mis fin au processus de désintégration de la Russie, qui était extrêmement dangereux. Il a stabilisé la situation : ne serait-ce que pour cela, il aura sa place dans l’histoire. Mais je ne vois pas de véritable effort de modernisation, c’est le principal problème. Les conditions étaient favorables, grâce à l’augmentation du prix du pétrole… Mais je m’interroge sur la manière dont ont été utilisés ces millions de pétrodollars. Je crois qu’ils ont permis à leurs amis d’acheter les Champs-Élysées et le reste de la France… Je plaisante, mais je pense qu’une grande partie de cet argent a été gaspillée et qu’il n’a pas été utilisé pour moderniser le pays. Ils auraient dû agir beaucoup plus tôt pour améliorer la situation économique, moderniser la Russie et aussi la démocratiser. D’un côté, ils ont arrêté l’incendie ; de l’autre, ils ont commis des erreurs.

    Le problème essentiel relève-t-il selon vous de la politique économique ou de la corruption ?

    Ce qu’il faut au pays, c’est un nouveau système, un nouveau modèle de développement. Et, pour le bâtir, il faut venir à bout de la corruption. Pour l’instant, je vous l’accorde, ce n’est pas le cas. Mais qui vivra verra.

    Pensez-vous que Medvedev et Poutine vont saisir la main tendue par Barack Obama ?

    Ce n’est pas seulement Barack Obama qui est à l’origine de cette opportunité dans la relation russo-américaine. Mais c’est une personne sérieuse, qui comprend la situation de crise, qui milite en faveur de la dénucléarisation et qui a pris la mesure des problèmes environnementaux. C’est un bon interlocuteur pour nos dirigeants, parce que c’est aussi ce qu’ils souhaitent. J’ai un sentiment positif à l’égard du président américain. Et, oui, je crois que la Russie veut saisir cette chance. Mais on ne sait jamais…

    Vous avez reçu le prix Nobel de la paix en 1990. Pensez-vous que celui qui vient d’être décerné à Barack Obama est mérité ou prématuré ?

    Je lui ai écrit pour le féliciter. J’ai dit que c’était le bon choix car je me sens proche de sa vision du monde. Il lui faudra beaucoup de détermination, d’autorité internationale et de talent de communication pour la mettre en œuvre. Je lui souhaite de réussir.

    Vous avez retiré les troupes russes d’Afghanistan. Vingt ans après, Barack Obama s’apprête à décider, ou non, l’envoi de renforts américains dans ce pays. Que lui conseilleriez-vous ?

    Nous avons traversé une période identique à celle que connaît Obama en Afghanistan. Nous aussi, nous avons dû remettre à plat notre stratégie et nos politiques. Je pense que l’objectif ultime des Américains devrait être le retrait de leurs forces. Mais je n’ai pas de recommandation à lui faire. Sans doute aurait-il mieux valu ne pas s’y engager… Pendant que nous nous retirions d’Afghanistan, les Américains travaillaient avec les Pakistanais pour créer les talibans, alors qu’ils nous affirmaient vouloir un pays « libre et stable, en bons termes avec nos deux nations »… Aujourd’hui, ils en récoltent les fruits. D’un autre côté, j’admets qu’il est nécessaire d’agir contre les noyaux terroristes…

    Vous êtes à la tête de Green Cross (« la croix verte »), une ONG vouée à la protection de l’environnement : êtes-vous confiant avant la réunion mondiale prévue en décembre à Copenhague sur le réchauffement climatique ?

    Je veux croire que ce sera une étape majeure dans la bonne direction. De solides travaux préparatoires ont eu lieu. Les problèmes environnementaux nous étranglent : nous devons faire en sorte d’éviter une catastrophe, d’échapper au désastre. Il ne faut pas que la température moyenne de la planète augmente de plus de 2 % : même cet objectif sera très difficile à atteindre. Les États doivent maintenant prendre des mesures décisives.

  10. Alex | 12/10/09

    La Photo?
    Une photo de vacances près du lac Baïkal ou alors une photo de chez nous d’ici 20 piges!

  11. fab-le-vert | 12/10/09

    Fab-le-vert ne peut pas être partout. Je n’aime pas ce terme de décroissance, je préfère celui d’une croissance durable et maitrisée. Le système purement productiviste a vécu, nous devons nous servir des progrès technologiques et de la science pour offrir au citoyen la possibilité de choisir sa vie.
    Cette notion de décroissance n’est rien d’autre que le concept d’un développement au service de l’homme. On revient sur le vieux concept libertaire d’un état au service du citoyen et non à un état marxiste avilissant l’homme à une machine administrative ou à un état police asservissant l’homme au marché.

  12. Nathalie | 12/10/09

    Cher Ales,

    Soyons heureux que nos dirigeants découvrent l’indice de développement humain utilisé par les organismes onusiens depuis plus de 15 ans!

    Au passage, nous avions proposé (nous la fd 06) lors de la discussion de notre déclaration de principes que l’IDH soit le terme utilisé au lieu du sempiternel montant du PIB ou taux de croissance…..nos énarques (z).. et autres responsables nationaux n’ont pas cru bon suivre notre proposition de modification….Dommage!

    Une fois de plus l’UMP nous passe devant sur un projet, par essence (redéfinir la notion de richesse, si çà c’est pas socialo j’y comprends plus rien!), socialiste….et zut.

  13. CP | 13/10/09

    Pour ceux qui souhaiteraient compléter la réflexion, la revue Mouvements a aussi mis récemment un dossier en ligne avec des contributions de différents auteurs sur le sujet : http://www.mouvements.info/+-decroissance,1119-+.html

  14. Mathieu | 13/10/09

    Oui, l’article d’André Gorz est excellent, je l’avais filé à David. A lire aussi celui de Y.Rumpala que Yann connaît bien désormais ;-)

  15. David | 16/11/09

    La crise relance le thème de la décroissance : http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/14/la-crise-relance-le-theme-de-la-decroissance_1267188_3224.html

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