3 novembre 2009 par David Nakache | Catégorie Actualités, Parti Socialiste, Réflexion.
Il y a quelques jours, Eric Besson et Pierre Moscovici débattaient sur un plateau de télévision de l’identité nationale (Mots croisés sur France 2). Eric Besson veut lancer un grand débat sur l’identité nationale, constituant visiblement à ses yeux une priorité pour les Français, débat qui prendra fin juste avant les élections régionales… On peut raisonnablement subodorer que la droite cherche par là , à nouveau, la récupération de l’électorat de son extrême, le Front National, juste avant une échéance électorale. Au passage, Besson explique que le PS « a un problème avec la Nation » et avec le drapeau français. Est-ce là l’arrière pensée de notre ministre ? Lancer un débat qui mettra à mal un Parti Socialiste déjà convalescent ? Moscovici, lors du débat, nie et s’indigne. Besson, malin, se sert alors de Ségolène Royal « contre » Moscovici et le PS, soutenant que l’ex candidate à la présidentielle avait raison de vouloir réaffirmer le patriotisme à travers le drapeau français et la marseillaise… Le débat se poursuit, les mots se mélangent, Christine Boutin intervient, Yves Michaud aussi, philosophe égaré dans un débat politicien, puis, soudain, Besson pose la question fatidique « qu’est-ce qu’être français ? ». Depuis, beaucoup ont critiqué l’opportunisme d’Eric Besson en expliquant, à raison, que ce débat avait tout de la diversion médiatique afin d’éloigner les regards de la mauvaise gestion du pays.
Et pourtant…
Et pourtant, pendant que ronronnaient les mots du ministre, revenaient en ma mémoire les pages de Lionel Jospin, dans Le monde comme je le vois : dans un chapitre de son livre, publié en 2005, il posait exactement la même question, à la fin de l’ouvrage, « qu’est-ce qu’être français ? ». Il expliquait alors que la gauche tenait jadis un discours patriotique fort, et que, peu à peu, le patriotisme a disparu de son langage. La cause de ce recul progressif du patriotisme de gauche ? Vraisemblablement un sentiment de culpabilité lié à l’Histoire : le patriotisme comme cause de tant de morts pendant la première guerre mondiale, le patriotisme associé à la collaboration durant la seconde guerre mondiale et au « Travail, famille, patrie » du régime de Vichy, le patriotisme colonial et guerrier enfin, lié aux guerres d’Indochine et d’Algérie. Et Lionel Jospin de constater alors, que, au delà de la dimension désuète, chauvine et belliciste du patriotisme, ce-dernier demeure un facteur fort d’intégration et doit être réintroduit dans le vocabulaire du parti socialiste…
Deux ans après la parution du livre de Jospin, Ségolène Royal tentait maladroitement, en pleine campagne présidentielle, de réintroduire la « Nation » et la « Patrie » dans le vocabulaire d’un(e) candidat(e) socialiste à la plus haute fonction. Interviewée récemment par le Parisien, elle a explicité sa position :
« (…) Il y a beaucoup de choses dans la nation : l’histoire, les valeurs, les symboles, mais aussi l’avenir. L’identité nationale ne se forge pas uniquement dans la fascination du passé. Je n’ai pas cette approche très conservatrice. Mais je crois que l’identité nationale française se réfère essentiellement à la Révolution française, c’est-à -dire la lutte contre les privilèges, la question des libertés, des solidarités, de la fraternité. Ce débat, je ne le crains pas. Car il peut mettre en valeur les clivages entre l’instrumentalisation d’une identité nationale définie de manière restrictive, qui se confondrait avec une forme de nationalisme, et une identité nationale qui, elle, est bien ancrée sur les valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité.
Est-ce une mise en cause de la politique de Sarkozy ?
Bien sûr. Quand une politique creuse les inégalités, cela porte atteinte au ciment de la nation. Ce qui met en cause l’identité nationale, c’est cette politique et sa succession de scandales qui dégradent l’image de la France à l’étranger. Ce sont les conséquences d’une politique au service des privilèges, du népotisme, de politiques fiscales injustes… Garantir l’égalité réelle, voilà le premier fondement de l’identité nationale.
Êtes-vous d’accord pour sanctionner les atteintes au drapeau tricolore et à « la Marseillaise » ?
Il faut reconquérir les symboles de la nation. C’est pourquoi j’ai souhaité faire chanter « la Marseillaise » dans mes meetings, revendiquer le drapeau tricolore qui appartient à tous, pas seulement à la droite. Les socialistes étaient gênés, c’est un comble ! La nation est à l’origine un concept de gauche. Mais je le répète, il est aussi grave et même plus grave de porter atteinte à l’égalité entre les Français que de porter atteinte au drapeau ou à l’hymne national, parfois d’ailleurs parce qu’on est déçu que la nation ne tienne pas sa promesse républicaine. Si M. Sarkozy veut encore faire une loi, je lui propose un vrai sujet : l’égalité entre tous les Français.
La gauche devrait-elle s’emparer de ce débat ?
Le moment choisi par la droite pour lancer ce débat montre que c’est une opération de diversion pour sortir d’une mauvaise passe, alors que les élections régionales se profilent. C’est aussi une tentative de récupérer un certain électorat. Ce qui est condamnable, c’est le moment et la façon dont le débat est lancé. En revanche, la gauche ne doit pas rejeter ce débat, et encore moins le craindre. »





















Évidemment, ce n’est qu’une opération de communication dirigée vers les électeurs tentés par le retour au bercail(FN), comme tu le soulignes David.
Nos élites mondialistes qui nous assurent depuis 20 ans que la Nation est un concept dépassé se réveilleraient soudainement?. Je n’y crois pas une seconde. L’idéologie post-nationale était l’une des composantes du néolibéralisme qui nie par essence toute entité collective. C’est la fameuse phrase de Thatcher : “there is no such thing as society”.
Pourtant les Nations demeurent les seules réalités internationales et notre principe fondateur, la base de la citoyenneté. J’ai peur que Ségolène tombe dans le piège tendu par l’UMP mais je suis à 100% d’accord avec elle sur le fond.
Allez, je fais mon petit Todd.
Le fondement de la nationalité française c’est le droit du sol contre le droit du sang.
Si tu es né sur le sol français ,tu es français.Ce qui exprime anthropologiquement l’égalité des frères dans la structure familiale Nucléaire-Egalitaire française.
A contrario du droit du sang,tu es allemand,japonnais ou juif si ta mère ou ton père possèdent cet état ou nationalité,ce qui exprime la structure familiale autoritaire et inégalitaire.
La législation française est claire,il n’y a pas revenir dessus.
L’opération politique sarkoziste et de faire revenir au bercail le vote frontiste plutôt identitaire qu’égalitaire;”nous serions tellement mieux entre français blancs”;en niant le droit du sol.
Les propos de Brice Hortefeux n’étaient pas lachés au hasard,la quête électorale nauséabonde continue.
Je vous invite à voir ce reportage très inquitant sur la manière dont se déroule ce débat!
http://www.youtube.com/watch?v=Hiyh11hxkuU
C’est lamentable ! En plus, on dirait que Besson veut faire du sous-Royal : cela aurait pu être un débat participatif et au final, on a un site censuré et un débat tronqué. Comme il ne pouvait appeler ça “participatif” il a déclaré que c’était un site “collaboratif”, ce qui, à propos de notre identité nationale, est un mauvais jeu de mots…
Nous ne débattrons pas…
Mediapart lance avec deux cents personnalités un appel à refuser le «grand débat sur l’identité nationale» organisé par le pouvoir.
Vous pouvez signer le texte à l’adresse suivante…
http://www.mediapart.fr/journal/france/021209/lappel-de-mediapart-nous-ne-debattrons-pas
Voici le texte…
Nous ne débattrons pas.
Par principe, nous sommes favorables au débat. A sa liberté, à sa
pluralité, à son utilité. C’est pourquoi nous refusons le « grand débat sur l’identité nationale » organisé par le pouvoir : parce qu’il n’est ni libre, ni pluraliste, ni utile.
Il n’est pas libre car c’est le gouvernement qui le met en scène, qui pose les questions et qui contrôle les réponses. Il n’est pas pluraliste car sa formulation réduit d’emblée notre diversité nationale à une identité unique. Il n’est pas utile car cette manÅ“uvre de diversion est une machine de division entre les Français et de stigmatisation envers les étrangers.
Affaire publique, la nation ne relève pas de l’identité, affaire privée. Accepter que l’État entende définir à notre place ce qui nous appartient, dans la variété de nos itinéraires, de nos expériences et de nos appartenances, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire, à l’autoritarisme et à la soumission.
La République n’a pas d’identité assignée, figée et fermée, mais des principes politiques, vivants et ouverts. C’est parce que nous entendons les défendre que nous refusons un débat qui les discrédite. Nous ne tomberons pas dans ce piège tant nous avons mieux à faire : promouvoir une France de la liberté des opinions, de l’égalité des droits et de la fraternité des peuples.
L’identité nationale selon Nadine Morano : http://adherentps.over-blog.com/article-les-propos-scandaleux-de-nadine-morano-lors-d-une-reunion-dans-les-vosges-sur-l-identite-nationale–41212033.html
Pétition d’SOS Racisme pour demander l’arrêt du débat sur l’identité nationale :
http://www.arretezcedebat.com/