AMNESIQUE CEREMONIE DU 9 NOVEMBRE A BERLIN

11 novembre 2009 par Jean-Marc | Catégorie Actualités, Crise sociale, International, Révolte !.

Elections au BundestagPour une grande part, cette cérémonie fut une belle opération de communication.

Bien entendu qui pourrait nier la dictature communiste qui officiait au sein du bloc soviétique.

Ce mur fut construit par la RDA sous la pression de Moscou.

Par contre, fêter les vingts ans de la réunification allemande, ne permet pas de tripatouiller l’histoire.

Si la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne de l’Est se retrouvèrent sous le joug moscovite, l’Allemagne hitlérienne, l’autre dictature nazie, n’en aurait aucune responsabilité historique ?

J’ai du mal à croire que les américains à partir du 6 juin 1944, ai pu faire progresser leurs forces jusqu’à la frontière russe le 8 mai 1945 au matin.

Ne sait-il rien passer en Allemagne de 1933 à 1945 ?

L’amnésie allemande est flagrante sur cette cérémonie.

Je rappellerais, une nouvelle fois, que l’idéologie nazie, n’est que l’hystérisation de la structuration familiale allemande caractérisée par l’autorité, l’inégalité et le droit du sang.

Quand en juin 1941, Hitler envahit l’URSS, la consigne délivrée aux armées allemandes est très claire : ” La guerre totale”.

Conquête des territoires en vue d’une aryennisation future, élimination physique des élites russes et extermination du peuple juif.

Cette hystérisation fut même contre-productive pour les nazis, les ukrainiens attendaient les allemands en libérateur, si l’Allemagne avait su traiter en partenaire les peuples soumis à Moscou, l’issue aurait pu être différente.

La loi du sang :  “ne peut être allemand que celui qui possède un père ou une mère allemande”, dénie à tout autre d’être égal à l’aryen.

La fureur allemande s’est exprimée dans les pays de l’est.

Cette commémoration ne peut-être amnésique et retrancher la responsabilité allemande.

Hannah Arendt : “L’histoire ne peut pas se regarder que comme un spectacle, mais comme une responsabilité quant à ce qui arrive.”

L’ironie de l’histoire, la place où a été célébré la commémoration porte le nom d’Hannah Arendt.

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6 commentaires à l'article “AMNESIQUE CEREMONIE DU 9 NOVEMBRE A BERLIN”

  1. yann | 13/11/09

    ok…. si tu lis “si c’est un homme” de primo levy tu verras que la notion de solidarité n’existait pas vraiment dans les camps de concentration mais aussi et surtout parce qu’il étaient confrontés à l’indicible, à l’horreur absolu.. à ce que l’imagination humaine ne pouvait que difficilement concevoir.
    En 1940 la France était envahie par les allemands et jusqu’en 1943 De gaulle se sentait bien seul à Londres…
    Les juifs étaient victimes rien d’autre.

  2. David | 13/11/09

    C’est un débat qui a fait couler beaucoup d’encre. Deux points :

    1/ Il faut se remettre dans le contexte de l’époque, sans quoi on perd le sens et les enjeux de la polémique :
    Lorsque Hannah Arendt se rend, en tant que journaliste, au procès d’Eichmann à Jérusalem, tout le monde s’attend à un récit décrivant un monstre Nazi, fanatique du mythe arien, une caricature d’antisémitisme et de haine. C’est la première fois qu’Israël va juger sur son propre sol l’un des bourreaux de son peuple. Il ne fait de doute pour personne que la jeune femme, juive, va livrer un réquisitoire sans pitié contre le Nazi.
    Au lieu de cela, Arendt, elle, choisi d’instruire à charge et à décharge. Elle décrit, en toute honnêteté, ce qu’elle voit : un administratif pur qui obéit aux ordres donnés, quels qu’ils soient. Il n’est pas particulièrement antisémite, il n’a pris sa carte au parti que pour avoir de l’avancement, etc. Bien évidemment, cela n’excuse pas Eichmann, au contraire (c’est presque pire, en un sens), mais cela montre que s’il est coupable, toute la chaine administrative qui a orchestré et, de fait, réalisé l’acheminement des juifs d’Europe de l’Est vers les camps de concentration l’est aussi. Le sous-titre du livre en est le concept clef : “rapport sur la banalité du mal”.
    Arendt, non contente de prendre ses lecteurs par surprise et de les forcer à regarder la réalité en face et non ce qu’ils en avaient imaginé, va en plus théoriser ce qu’elle constate, poser des questions philosophiques à partir de l’histoire immédiate qui se déroule sous ses yeux.
    La “banalité du mal” va tellement choquer le monde intellectuel de l’époque, aux Etats-Unis (où Arendt s’était réfugiée en fuyant l’Allemagne nazie), que tout ce qu’elle écrit devient polémique.
    Et Arendt de poser la question que tous se posent sans l’avouer : pourquoi n’y a-t-il pas eu de résistance juive organisée ? Il y a eu, certes, des cas isolés de rébellion, il y a eu le ghetto de Varsovie en 1943, mais il n’y a pas eu de “résistance” juive à proprement parlé. Mais faisons bien attention : Arendt, lorsqu’elle pose la question de la responsabilité des juifs eux-mêmes, parle d’un cas historique précis et délimité, celui de l’attitude des conseils juifs en Allemagne avant puis pendant les déportations.

    2/ Sur les causes de l’absence de résistance juive organisée il y a eu là aussi de nombreuses tentatives d’explications. L’une des explications souvent données et qui me semble à certains points très contestable consiste à dire qu’il y aurait d’ores et déjà, dans la condition juive depuis la diaspora, une attitude de soumission et de résignation. Les termes employés pour désigner la solution finale sont à ce sujet révélateurs : Elie Wiesel a utilisé le terme « holocauste » et l’a ensuite beaucoup regretté. Primo Levi refuse de l’employer : holocauste veut dire « sacrifice ». Le terme de « shoah », souvent utilisé, signifie « dévastation, catastrophe » mais est, quasi systématiquement, dans la Bible, lié à la notion de châtiment divin. Certains ont vu dans le choix de ce terme la preuve que la déportation était, d’une certaine manière, vécue avec fatalité comme une « punition céleste » par un peuple résigné à la persécution.
    La principale explication, beaucoup plus crédible et plus fondée historiquement, réside dans le processus de déshumanisation qui commence dès la déportation et qui, seul, peut expliquer que, concrètement, des centaines de personnes puissent être acheminées vers les camps de la mort, parfois par une poignée de soldats seulement, sans qu’il y ait révolte. Car la soumission est ici mise en scène, réfléchie, orchestrée : des hommes sont déshabillés, nus, à qui l’on retire toute dignité, les exécutions sont faites pour servir d’exemple et frapper les esprits, la menace sur la survie des proches (femmes, enfants) est constante, la musique à l’arrivée dans les camps, les violences physique, le manque de nourriture, etc, tous les témoignages concordent pour décrire un lent processus de déshumanisation, organisé et structuré. Primo Levi parle beaucoup, dans « Si c’est un homme » de la lutte pour rester humain, garder sa dignité d’être humain dans les camps. Bruno Bettelheim, déporté lui aussi, qui assiste à la lente déshumanisation de certains prisonniers, constate comment petit à petit ils perdent leur humanité, coquilles vides, absents, errants comme des automates. Il analyse ce comportement comme une réaction de protection face à la « situation extrême » du camps et en tirera plus tard un paradigme dans son analyse de la schizophrénie infantile et de l’autisme. Tous ceux qui ne parviennent pas à « survivre en tant qu’humain » sombrent dans une indéfinissable « zone grise », franchissent un « point de non retour », renonçant à leur liberté et à leur humanité. Lire à ce sujet les travaux d’Enzo Traverso et surtout de Giorgio Agamben (« Ce qui reste d’Auschwitz »).

  3. Erostrate | 14/11/09

    @ Biscarra je ne sais plus quoi…

    Mince alors, c’était hier et à un jour près tu as raté la journée de la gentillesse !

  4. Jean marc glachant | 15/11/09

    Pourquoi un palestinien, vivant du coté palestinien du mur construit par Israël,écrit-il : ” Ich bin ein berliner “.Traduction : “je suis un berlinois ” comme le déclaré le Président des Etats-Unis,John Fitzgerald Kennedy !

  5. David | 15/11/09

    @ Biscarra,

    Tu écrivais au départ qu’Arendt avait “tout pompé” sur Hilberg, dans un second commentaire, tu nous expliques que le livre d’Arendt n’est que la “vulgarisation bas de gamme” du travail d’Hilberg puis tu nous dis enfin qu’à l’époque où Arendt écrit il n’y avait pas d’études sur les conseils juifs… Mais, précisément, Arendt ne pompe pas Hilberg : elle le cite ! Elle cite Hilberg et en fait l’éloge parce qu’à l’époque, c’est la seule étude fiable menée sur la déportation et l’extermination des juifs d’Europe.
    Ce qui semble te déranger, c’est que l’on cite l’œuvre d’Arendt comme une référence, et tu sembles placer les ouvrages d’historiens en opposition aux ouvrages philosophiques traitant de l’histoire ou d’évènements historiques. A mon sens, les deux approches sont complémentaires et très enrichissantes : on a vu des historiens rectifier certains discours philosophiques en démontrant que les évènements n’étaient pas tels que les philosophes les avaient vus ou “fantasmés” ; on a vu à l’inverse des philosophes démontrer que la façon de présenter certains évènements par les historiens “autorisés” était orientée politiquement. Regarde à ce sujet l’interview de Marcel Detienne que je viens de mettre en ligne et qui montre comment Braudel et Nora prennent la relève pour “fabriquer” une idéologie et une identité nationale (http://www.nicemassena.org/2009/11/13/lidentite-nationale-selon-marcel-detienne/ ). Regarde aussi les critiques (Jean-Fabien Spitz, Vincent Peillon, Enzo Traverso) qui démontrent que lorsque Furet tente d’asséner, grosso modo, que nazisme = communisme, il force le trait et le fait à des fins politiques (libérales).

    Le livre d’Arendt, parce qu’elle l’écrit dans une approche philosophique, relève du questionnement : elle pose des question et s’autorise les questions que l’historien ne peut poser, dont celle de la responsabilité, y compris des victimes. Le questionnement philosophique dépasse alors le simple récit des faits : le concept de « banalité du mal » permet de poser la question non pas seulement du rôle de l’idéologie, même la pire qui soit, comme cause de la solution finale, mais de la responsabilité de la chaine administrative, du tout un chacun ayant participé de près ou de loin au processus concentrationnaire. Enzo Traverso, en 2002, dans « La violence Nazie, une généalogie européenne », reprend l’intuition arendtienne à l’aune des études historiques récentes. Il démontre comment le nazisme se sert du productivisme et de la taylorisation américaine pour concevoir et rationaliser l’extermination en masse d’être humains déclassés, déshumanisés, à qui l’on refuse le statut d’hommes (les abattoirs de Chicago, dont le rendement impressionnant est rendu possible par le travail à la chaine, comme modèle servant aux entreprises ayant conçu les fours crématoires d’Auschwitz). La description du rôle de la bureaucratie dans l’extermination des juifs par Hilberg y est bien sûr reprise. Traverso écrit : «Le judéocide (…) ne fut pas seulement une éruption de violence brute mais aussi une tuerie perpétrée « sans haine », grâce à un système planifié de production industrielle de la mort, un engrenage crée par une minorité d’architectes du crime, mis en œuvre par une masse d’exécuteurs tantôt zélés tantôt inconscients, dans l’indifférence silencieuse de la grande majorité de la population allemande, avec la complicité de l’Europe et la passivité du monde ».

    Ceux qui ne font qu’obéir aux ordres reçus sont-ils coupables au même titre que ceux qui les ont donnés ? Travaillant dans l’administration, doit-on obéir quel que soit l’ordre donné ? Y compris de mettre des gens dans un train, direction Buchenwald ? Nous rejoignons-là la question de l’obéissance, ou, si l’on préfère, celle de la désobéissance civile (j’avais fait un article à ce sujet : http://www.nicemassena.org/2009/08/22/desobeissance-civile/ )

    Tu peux tenter de dénigrer l’œuvre d’Arendt en te focalisant sur la question de la responsabilité des conseils juifs. Mais, en réalité, il s’agit d’une œuvre féconde, à l’origine de nombreuses d’études et d’approches différentes des évènements historiques, et qui est régulièrement citée par les historiens eux-mêmes.

    Clémenceau avait dit : « La guerre est une affaire trop sérieuse pour qu’on la laisse aux militaires ». On pourrait dire, en le paraphrasant, que l’interprétation des évènements historiques et les leçons que l’on peut en tirer est une affaire trop sérieuse pour qu’on la laisse aux seuls historiens…

    Maintenant, comme Alex, je vais laisser là ce sujet.

    Au fait, si « Nice Massena est désormais visible de la lune »… tant mieux !

  6. JR | 16/11/09

    Le débat, oui. Le masochisme, non…

    Nice Masséna n’a pas vocation à publier des commentaires renvoyant vers un site internet qui écorne et abime l’image de Michel Vauzelle à 4 mois des élections régionales.

    A bon entendeur, salut.

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