Obama, un an après

7 décembre 2009 par Magali | Catégorie International, Réunion de section.

Barack ObamaPour les citoyens français que nous sommes, dresser le bilan d’un dirigeant politique américain après seulement un an de mandat reste une démarche avant tout symbolique. Cela permet de vendre des journaux, d’effectuer des comparaisons avec les prédécesseurs type : «F.D Roosevelt, lui, avait construit une classe moyenne en 100 jours! ». Pourtant, le seul véritable jugement de sa politique aura lieu dans les urnes, lorsque les américains iront voter aux mid-terms dans un an et pour l’élection présidentielle dans trois ans. A Nice Masséna, nous avons néanmoins souhaité lancer cette discussion lors de la dernière réunion de section. Pour éviter les redondances avec des articles récents, nous reviendrons seulement sur l’aspect géopolitique.

  1. Qu’attendait on réellement d’Obama ?

En matière de politique étrangère, qu’on le veuille où non, la politique des États-Unis surdétermine encore -pour le meilleur et pour le pire- la politique occidentale dans le monde. Et si l’on peut toujours rêver à l’émergence d’une future « Europe puissance », ce n’est pas la nomination de Catherine Ashton, pour le poste de Haut représentant aux affaires étrangères qui changera la donne…

L’une des attentes principales était qu’il parvienne à enrayer l’engrenage d’un « choc occident/monde musulman », encore complètement fictif il y a une dizaine d’années sauf pour S.Huntington, mais qui peu à peu, s’est malheureusement matérialisé du fait de la politique de l’administration Bush : conflits irakiens et Afghans, question israélo-palestinienne, dossier nucléaire iranien. Il s’agissait d’en finir avec l’approche manichéenne des neo-conservateurs (l’axe du mal , négation même de la diplomatie) et ainsi, réussir à redorer le blason de l’Amérique dans cette partie du monde.

Plus largement, il devait redéfinir les liens de l’Amérique avec la Chine, l’Europe, La Russie. Pour Hubert Vedrine, ancien Ministre des affaires étrangères du gouvernement Jospin, B. Obama devait ni plus ni moins : « reconstruire à partir d’un fiasco conceptuel et pratique, une vraie politique étrangère pour la première puissance mondiale ».

2) Quel bilan sur ces questions?

Du point de vue du discours, il a tout de suite incarné cette rupture attendue avec les années Bush : discours du Caire, changement de ton à l’égard de la Russie et d’Israël, volonté de négocier avec l’Iran. Il a su trouver les mots justes pour parler de l’Amérique et du reste du monde. Obama a également aussi nommé une personnalité forte aux affaires étrangères en la personne d’Hillary Clinton et des émissaires respectés chargés des dossiers les plus sensibles.

Avec la Chine : mis à part quelques nuances (Obama insiste moins sur les droits de l’homme), le cadre général des relations sino-américaines n’a pas vraiment changé : « partenaires constructifs », « intérêts communs », la rhétorique est la même. Dans un contexte de crise, l’interdépendance économique des deux puissances (les réserves en devises de la Chine atteignent 2000 milliards de $) explique en grande partie cette entente cordiale.

Avec la Russie, on a pu rapidement constater un apaisement. Barack Obama est notamment revenu sur le projet du bouclier antimissile en Europe de l’Est, à l’origine des tensions sous la précédente administration. Il sait qu’il aura besoin de la Russie, partenaire économique privilégié de l’Iran, pour avancer sur le dossier du nucléaire.

Sur le nucléaire iranien justement, on note peu d’avancée concrètes au premier abord. Pourtant, des changements non négligeables sont perceptibles, conséquences de la nouvelle approche diplomatique américaine : la Chine et la Russie votent désormais les résolutions avec le camp occidental. Le fait d’afficher une volonté de dialogue, une attitude constructive, isole de plus en plus le régime des Mollah et devrait le pousser à un compromis raisonnable.

Sur le conflit israélo-palestinien en revanche, la situation s’est largement dégradée. Pourtant, au cours des premiers mois du mandat, une attitude beaucoup plus ferme vis a vis d’Israël sur le gel des colonies avait laissé entrevoir des avancées. Aujourd’hui, B. Nétanyahou semble dicter l’agenda politique à l’Amérique et M. Abbas est sur le point de se retirer définitivement…

Sur le front irakien : un retrait toujours annoncé pour fin 2011 mais les élections législatives semblent compliquer les choses.

Sur le front afghan: Barack Obama n’a toujours pas trouvé une solution sécuritaire et politiquement viable. Le déroulement de l’élection présidentielle a par ailleurs été catastrophique. Il vient d’annoncer l’envoi de 30 000 hommes supplémentaires (stratégie du surge qui a fonctionné en Irak), dépassant ainsi le nombre des troupes soviétiques au plus fort de leur occupation en Afghanistan. C’est sur ce choix qu’il sera jugé par une opinion américaine de plus en plus impatiente.

Au final, le Président américain se trouve face à un échiquier international très complexe, demandant une grande habilité tactique. Il a sans doute raison de s’attaquer à tous ces chantiers simultanément pour pouvoir jouer de leurs interactions. Sur le fond, la rupture attendue avec les années Bush est bien là, en tout cas dans le discours. Pour les résultats concrets, il faudra encore attendre mais Obama doit faire vite, les élections de mi-mandats approchent déjà…

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