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Benoit hamon intervient sur le taxe carbone européenne à la huitième minute,par le truchement du tarif exterieur commun que l’Union Européenne dispose dans ses textes et qu’elle n’applique pas.
Il faut surtout que la “taxe écologique ” aux frontières soit au moins aussi importante que la taxe carbone s’appliquant aux entreprises françaises!
Qui a dit :
“Ce qui n’est plus possible, c’est que la préférence européenne soit devenue “un gros mot” quand je vois chaque jour les signes d’une préférence américaine, d’une préférence canadienne, d’une préférence chinoise ou d’une préférence indienne. La réciprocité doit redevenir la règle dans les rapports entre l’Union européenne et les autres régions du monde. (…)
En l’absence de réciprocité, je souhaite que l’Union européenne réactive l’idée fondamentale de la préférence communautaire, qui était à la base du marché commun. Je propose qu’aussi longtemps que nous n’obtiendrons pas des conditions loyales pour la concurrence internationale, les achats publics européens soient réservés en priorité aux producteurs européens.”
Réponse : Nicolas Sarkozy, lors d’un discours à St Etienne le 09.11.06.
Sommes-nous d’accord avec Sarko ?
Pour ma part, oui et… non.
Oui, sur l’argument de la réciprocité.
Non, sur le décalage entre discours et actes : qu’a-t-il fait depuis deux ans ?
Non, sur les termes de « préférence communautaire » qui renvoient, pour les électeurs du FN, à la « préférence nationale ».
Non, surtout, sur la finalité de l’action : non ne voulons pas d’un tarif extérieur commun qui serve uniquement de levier financier et économique dans le cadre d’une concurrence avec la Chine ou les USA.
Nous voulons un tarif extérieur commun qui soit utile au progrès social et environnemental : un outil, un levier à la fois pour réduire la pollution et pour améliorer le sort des travailleurs des pays pauvres.
Et c’est précisément là que la présentation de Benoît Hamon est très pertinente (merci Mathieu !) : il s’agit d’une transformation du tarif extérieur commun en taxe carbone européenne permettant de contrôler les conditions sociales et environnementales de production des produits importés au sein de l’Union Européenne.
Et il explique bien le triple avantage d’une telle mesure : exemplarité de l’UE en matière environnementale et sociale, fonction pédagogique, contrôle effectif qui à terme fait modifier par les pays exportateurs les conditions de productions des produits destinés à l’UE…
Ne parlons pas de “préférence communautaire” ou de “protectionnisme européen”. Parlons de “taxe carbone européenne” ou de “tarif extérieur commun à vocation sociale et environnementale”…
N’ayons plus peur des mots, la langue française n’est pas le latin ou le grec ancien: c’est une langue vivante qui évolue avec son épistémé.
Ci joint une définition simple de protectionnisme qui date de 1981 pour démontrer que cette sémantique n’est pas nouvelle surtout dans le milieu de l’Economie:
“ÉCON. POL. Doctrine préconisant, ou système mettant en pratique un ensemble de mesures restrictives ou prohibitives pénalisant l’introduction dans un pays de produits étrangers, afin de favoriser les activités nationales et de les préserver de la concurrence étrangère (d’apr. Bern.-Colli 1981).”
Un historien aurait sûrement une approche différente du terme “protectionnisme”, un philosophe en aurait une autre, un juriste encore une autre.
Nous devons accepter la polysémie de notre vocabulaire avec comme seule contrainte de rappeler le cadre du discours, si celui-ci n’est pas suffisamment implicite:en l’occurence, le terme de protectionnisme est aujourd’hui largement accepté dans le langage commun comme terminologie économique et supplante très souvent les approches des autres sciences humaines.
On pourrait effectivement utiliser le terme de protectionnisme et le défendre. J’étais le premier, sur ce blog, à dire que l’on pouvait parler de Nation sans être nationaliste et l’on peut œuvrer pour redonner aux mots leurs sens originel. Mais je mets en garde tous ceux qui utilisent le terme de « protectionnisme » contre un effet pervers, voire contreproductif, de ce terme :
1. Ce terme ne correspond pas à l’idée que nous défendons :
En effet, nous défendons l’idée d’une taxation aux frontières de l’Union Européenne qui permette d’influer sur les conditions de production des produits importés au sein de l’Union. Le principe est simple : en faisant payer plus cher, voire en interdisant l’entrée des produits dont la production ne respecte pas des normes de protection de l’environnement et des normes sociales garantissant aux travailleurs des pays exportateurs des conditions de travail décentes, nous voulons contraindre ces pays exportateurs à respecter plus et l’environnement et leurs propres travailleurs. Il y donc dans cette mesure deux volets :
- le premier est environnemental et correspond à ce que Benoit Hamon appelle « une taxe carbone aux frontières de l’UE ».
- le second est social, il s’agit d’améliorer les conditions de travail des travailleurs du monde entier, quelque soit leur pays. Or, dans notre doctrine politique, cela pote déjà un nom et cela s’appelle, tout simplement, « l’internationale socialiste ».
Par ailleurs le tarif extérieur commun existe déjà, mais il n’est pas assez contraignant à ‘égard des pays exportateurs. Il convient donc de le renforcer et de l’orienter vers notre double finalité, sociale et environnementale. C’est la raison pour laquelle je vous propose à nouveau de parler d’un « tarif extérieur commun à vocation sociale et environnementale » plutôt que de protectionnisme.
2.On ne gagne pas avec des slogans négatifs :
Les alter-mondialistes ne se sont pas toujours appelés ainsi. Au départ, ils se nommaient eux-mêmes les anti-mondialistes. Mais l’anti-mondialisme s’opposait à la mondialisation de façon stérile et tout le monde leur disait : vous opposer ne fait pas un programme ! Etre contre, c’est bien, mais après, qu’est-ce que vous proposez ? Les « anti » sont donc devenus des « alter » mondialistes, proposant un autre mode de mondialisation (commerce équitable, développement durable, etc).
De même le NPA de Besancenot ne peut fédérer : ils sont contre le capitalisme, d’accord, mais pour le remplacer par quoi ? Un système communiste ? Mince, le PC existe déjà ! Ils sont dans une impasse parce que l’on ne fédère pas, lorsque l’on se veut une force de progrès social, sur un concept négatif !
De même la « décroissance » est un terme fait peur et il faudra trouver un terme qui indique que l’on veut un mode de croissance différent, respectueux de l’environnement et des hommes.
On ne fédère pas sur la peur, pas quand on est dans le camp du progrès.
Il y a des règles en politique : les partis politiques progressistes vont de l’avant, avec un vocabulaire positif, un champ sémantique « ouvert ». Les partis réactionnaires se tournent vers le passé, avec un vocabulaire « fermé », nostalgique, qui regarde derrière au lieu de regarder devant.
Vous noterez que « l’internationale socialiste » est une notion positive (nous tendons la main aux travailleurs des autres pays, nous nous unissons contre le capitalisme dérégulé, nous dépassons nos frontières nationales dans un élan internationale) alors que le protectionnisme est une notion négative (nous nous replions sur nous-mêmes, nous nous protégeons de l’extérieur, nous avons peur et nous voulons un « bouclier » protecteur).
Le parti socialiste français est une force de progrès. Nous devons incarner le progrès social et environnemental pour nous et pour le reste du monde. Nous devons utiliser un champ sémantique ouvert, positif : nous tendons la main alors qu’eux (la droite et l’extrême droite) la referment.
3. Il faut dissocier droite et gauche :
Les gens se désintéressent de la politique et quand les sondages disent qu’ils ne font plus confiance ni à l’UMP ni au PS, la principale raison invoquée est : « ils sont tous pareils ! ».
Nous devons tirer les leçons de cela. Le citoyen lambda ne voit pas ce qui nous différencie de la droite. Pourquoi ? Pour de nombreuses raisons (tous des énarques, toujours des belles promesses en campagne et rien une fois au pouvoir etc). Mais un facteur nouveau a accéléré la confusion droite-gauche : une volonté politique, tactique, de l’UMP, de reprendre systématiquement le vocabulaire de la gauche en le dénaturant, associé à une politique d’ouverture qui donne l’image aux gens que le PS n’a plus d’identité : Kouchner est avec Sarkozy et Sarkozy parle comme la gauche (« le capitalisme sans règle c’est fini », la « taxe carbone », etc).
Conclusion : c’est à nous, socialistes, de faire en sorte de marquer notre différence, point par point, thème par thème, concept par concept !
Or en utilisant le mot de « protectionnisme » qui, certes, a un sens précis que seuls les économistes connaissent, nous reprenons de nous-mêmes un terme de droite ! A croire que nous n’avons rien compris et que nous sommes des masochistes politiques !
Tout étudiant en histoire apprend, lorsqu’on lui enseigne le fascisme, que le programme économique des régimes fascistes (Italie, Allemagne, Espagne) se base sur un concept : le protectionnisme ! Repli sur soi économique (protection vis-à-vis de l’extérieur) et repli sur soi identitaire (xénophobie) vont toujours de paire !
Le FN faisait campagne sur un thème : « la préférence nationale » (repli sur soi identitaire). L’UMP lance le débat sur l’identité nationale (repli sur soi identitaire) et, au niveau économique, dit : nous on ne peut rien faire, ce qu’il faut, c’est une action au niveau européen. Et que propose l’UMP au niveau européen ? La « préférence européenne » : repli sur soi politique et identitaire (des frontières européennes contre l’immigration, on exacerbe la peur de l’autre, on reprend le vocabulaire du FN pour séduire son électorat, pour une Europe chrétienne et sans la Turquie) et le repli sur soi économique (le protectionnisme !).
Mais ouvrez donc les yeux ! Regardez l’évolution du champ sémantique des dernières années : le repli sur soi est l’apanage de la droite (qui ne fait plus qu’un avec l’extrême droite). Et vous voudriez que nous leur emboîtions le pas ? Que l’on porte un concept négatif de replis sur soi alors que nous sommes une force politique progressiste qui doit tendre la main (l’internationale socialiste) au lieu de la fermer (le protectionnisme) ? Que l’on tracte sur un slogan fasciste ? Que l’on essaye de mobiliser en faisant le jeu de la droite et en rajoutant dans la confusion conceptuelle et sémantique ?
Faites-le, mais ce sera sans moi !