12 mars 2010 par David Nakache | Catégorie Actualités, Réflexion.
Robert de Niro est venu à Nice pour l’exposition des œuvres de son père au musée Matisse. Il a accepté de se prêter, le 9 mars dernier, à ce qui devait être une « leçon de cinéma » à Acropolis. Mais, au lieu d’être interviewé sur sa façon de filmer, en tant que réalisateur, ou sur sa façon d’interpréter tel ou tel rôle, en tant qu’acteur, De Niro a été principalement interrogé sur ses relations avec son père. Une question sur l’œuvre picturale de son père, c’est bien. Mais, lorsque De Niro répond de façon de plus en plus sibylline aux questions tournant autour du thème « votre père était-il fier de vous ? Que pensait-il de votre carrière d’acteur ? », on sent bien que cela commence à le déranger. On le sait déjà timide dès qu’il s’agit de parler de lui, mais là, on le voit gêné, mal à l’aise, pressé d’en finir. Pas sûr que, venant parler cinéma, l’acteur- réalisateur avait vraiment envie de se faire psychanalyser en public, devant 700 personnes…
Il y a eu ensuite des questions plus pertinentes et l’on a eu des détails sur sa préparation des rôles (aller filmer et discuter longuement avec des malades avant de jouer dans « L’éveil », etc) ou sur le fait mettre en avant le personnage et non l’acteur qui l’incarne…
De Niro, au détour d’une question sur son pays, a réaffirmé un soutien sans faille à Barack Obama : il fait de son mieux, il fera, comme tous, des erreurs, mais il va dans le bon sens et il occupe le poste le plus difficile au monde…
Mais l’interviewer revient à la charge avec des questions pseudo-intellectuelles et résume à tort l’immense carrière de De Niro à sa relation avec Scorcese.
Puis la thérapie publique enfin terminée, De Niro est remercié sous les applaudissements d’un public un peu déçu et surtout un frustré de n’avoir pas eu plus de contact avec son idole : pas de question de la salle, aucun échange, rien.
Et pourtant ! Après le départ de ce monstre sacré du cinéma américain, son premier film en tant que réalisateur, « Il était une fois dans le Bronx » était diffusé en VO. Si seulement l’on avait diffusé ce film avant l’interview du réalisateur, si seulement on avait laissé la salle poser quelques questions à Robert de Niro !
« Il était une fois dans le Bronx » est un film à la fois tendre et politique : De Niro arrive, au sein d’un petit clan maffieux du Bronx et à travers les yeux d’enfant de son personnage central, à poser la question fondamentale de la domination et du pouvoir. Quel est le meilleur moyen de dominer ? De conserver le pouvoir ? Et l’on voit un petit chef de gang citer du Machiavel et se reposer l’alternative centrale du Prince, « vaut-il mieux être aimé ou craint ? », et choisir à tort, vous vous en douter, la crainte…
Plus qu’un film sur l’immigration italienne, « A Bronx Tale » (référence aux « Canterbury Tales » de Chaucer), est une réflexion sur le pouvoir, la communauté et le racisme. Dans tous les films sur les immigrants italiens aux Etats-Unis, on voit ou l’on fait allusion au racisme envers la communauté italienne. Ici, De Niro renverse intelligemment la situation et nous montre le racisme des Italiens envers les Noirs. Il fait le choix délibéré de montrer au spectateur le racisme entre deux communautés elles-mêmes traditionnellement montrées au cinéma comme des victimes du racisme…
Et sur tout cela, aucune question ne fut posée à Robert de Niro, pour ce qui sera, vraisemblablement, son unique « leçon de cinéma » à Nice…




















