19 mai 2010 par Magali | Catégorie International.
Le dernier ouvrage d’Hubert Védrine, intitulé « Le temps des chimères 2003-2009 », est une compilation de ses interventions dans la presse et les revues spécialisées, au cours des sept dernières années. Il permet d’appréhender au mieux les mutations géopolitiques importantes de ce début de siècle, grâce à une grille de lecture « réaliste », cynique diront ses détracteurs, des relations internationales.
Pour Védrine, cette période débute par ce que l’on pourrait appeler, en référence à Francis Fukuyama, « la fin de la fin de l’Histoire ». C’est le 11 septembre bien sur, mais aussi la paralysie européenne et la croissance des « pays émergents ». Pendant dix ans, les américains avaient sincèrement cru que la démocratie de marché clintonienne constituait désormais l’horizon indépassable. Chez les européens, l’idée d’une mondialisation heureuse, régie par le droit international, s’était progressivement imposée. Peu d’éléments laissaient présager qu’une décennie plus tard, les occidentaux perdraient le monopole de la puissance politique et économique. “Quand on ne sait pas où l’on va, tous les chemins mènent nulle part” disait Henry Kissinger. Retour sur quelques chimères de ce début du XXIe siècle.
Le néoconservatisme et « l’irrealpolitik »
Sans surprise, Védrine juge désolant le bilan de la politique de l’administration Bush au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Son erreur principale : avoir pensé, à l’instar du Likoud, que le problème palestinien n’était pas central et qu’il pouvait être contourné en tentant de démocratiser les pays arabes, y compris par la force. Selon l’auteur, le 11 septembre ne fut en réalité qu’un détonateur ayant permis au trio Rumsfeld-Wolfowitz-Perle de gagner en influence, pour parvenir à imposer le projet néoconservateur : un unilatéralisme assumé et pensé pour redessiner la carte du Moyen-Orient. Le bourbier irakien apparaît a posteriori comme l’illustration parfaite de l’échec du néoconservatisme, défini comme un courant intellectuel « qui tend à combattre la realpolitik, affirme porter des valeurs universelles, proclame le droit et le devoir des occidentaux de les propager ».
Par ailleurs, l’ancien responsable du Quai d’Orsay s’érige contre le manichéisme des années Bush et « l’irrealpolitik » prônée par quelques ONG : «Nous nous sommes laissés enfermer par l’administration Bush dans un manichéisme selon lequel la diplomatie consisterait à parler seulement avec des amis dont on partage les valeurs, à l’exclusion de autres. C’est une absurdité. La diplomatie, depuis l’origine des temps, consiste à parler avec le diable, quand c’est possible, pour éviter la guerre. […] Il n’y a pas à se demander si on peut parler à l’Iran, à l’Irak, au Hamas, au Hezbollah, etc., mais comment, puisqu’on ne peut pas empêcher qu’ils existent. […] Parler, ce n’est pas capituler, mais défendre des intérêts, se donner des leviers »
Le maximalisme européiste
Durant cette période 2003-2009, pendant que l’Amérique s’enlisait militairement et s’endettait toujours plus, l’Europe a fait du surplace, paralysée par les désaccords sur ses institutions, sa géographie et son projet. En se laissant aller à une « fuite en avant institutionnelle », les maximalistes ont, selon lui, davantage nui à l’Europe que les eurosceptiques. Une question institutionnelle qui s’est finalement réglée d’elle même, puisque les États ne prendront certainement plus le risque d’une négociation/ratification laborieuse avant longtemps. Selon Hubert Védrine, l’avenir de l’UE passe par une Europe de projets nouveaux et variés, impulsés par le « noyau dur » et les cinq grands responsables de l’Union. Une « fédération d’États-nations » (Delors) qui devra un jour se fixer enfin des limites géographiques, idée combattue par ceux qui ne la voient que comme une entité commerciale. Enfin, il lui faudra surtout une vision stratégique : grande Suisse de 500 millions d’habitants ou véritable puissance capable de peser de tout son poids dans un monde multipolaire?




















