28 mai 2010 par Nathalie | Catégorie Actualités, Réflexion.
Je m’étonne, en qualité de citoyenne, de vos prises de position concernant le film « Hors la Loi » de Rachid Bouchareb et je tiens à vous faire part de ma réaction après avoir vu ce film.
Un député de la Nation devrait, toujours, avoir comme ligne d’horizon, la recherche de la vérité historique, l’apaisement des tensions, le respect de chaque composante de notre société, la défense de la culture et de la liberté d’expression.
En prononçant des paroles particulièrement violentes contre le film de Rachid Bouchareb alors même que vous ne l’aviez pas encore vu, vous avez failli à votre mission nationale. En soutenant une manifestation partisane lors du festival de Cannes vous avez attisé les haines et le rejet de nos compatriotes d’origine arabe, vous avez rouvert des blessures tellement difficiles, au quotidien, à cautériser.
Vous avez prétendu que le film de Rachid Bouchareb était négationniste au motif qu’il ne rappelait pas les massacres subis par les européens lors des événements du 8 mai 1945 et les jours suivants dans les régions de Sétif, Guelma et Kherrata.
Prétendriez-vous également que Rachid Bouchareb serait négationniste au motif qu’il a, également, omis de rappeler les bombardements de populations civiles par la marine française, ces jours de terreur partagée ou parce qu’il n’a pas, par ailleurs, rappelé l’humiliation subie par des milliers de jeunes hommes, le 22 mai 1945, obligés de se prosterner devant le drapeau français en chantant « nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien ».
Ne croyez-vous pas que de tels agissements d’une armée de Libération constituent, pour ceux qui veulent aussi la Liberté, des moments fondateurs ?
Est ce, aujourd’hui, le moment de chercher des responsables ? Ne pensez-vous pas que des événements d’une grande violence, après des années de guerre, produisent des responsabilités humaines partagées ?
Pour autant une Nation et ses représentants ont, alors, même en périodes troublées et en voie de reconstitution, une responsabilité d’autant plus importante.
Est-il alors vraiment nécessaire, comme vous l’avez fait, plusieurs dizaines d’années après, de compter et recompter les victimes et faire la litanie des horreurs réciproques dont les hommes sont capables en période troublée? En quoi la surenchère apporte d’éléments au débat historique sur cette période aujourd’hui de mieux en mieux appréhendée, notamment, par Benjamin Stora, Pascal Blanchard ou d’autres ?
Le rapport est de 100 à plus de 2000, peut-être 10 000 voire plus….quand une seule victime aurait déjà été de trop, d’un coté, comme de l’autre.
Ou faut-il sereinement, comme l’a fait par deux fois Rachid Bouchareb, permette l’échange et tenter de démystifier l’histoire telle qu’elle est joliment racontée pour que jamais des faits similaires ne se reproduisent ?
C’est vrai, depuis quelques temps, les français regardent brutalement leur histoire dans les yeux grâce au cinéma. La Rafle de Roselyne Bosch, Liberté de Tony Gatlif et aujourd’hui Hors la Loi de Rachid Bouchareb interrogent. Il aura fallu plus de soixante ans pour, qu’enfin, les français s’emparent de leur histoire contemporaine.
Évidemment, c’est dérangeant, mais, M. Le député, tellement salutaire pour construire inlassablement notre République.
Qu’ai-je vu, quant à moi, dans le film de Rachid Bouchareb ? Une critique des mouvements armés de libération. Il ne s’agit, à aucun moment, d’ un documentaire historique. Les premières scènes du film expliquent, simplement, des moments fondateurs dans la destinée de jeunes garçons.
Ce film est, avant tout, une présentation, sans concession, des mouvements de libération et de luttes armées. Déshumanisation des leaders, sources de financement illégales, racket, prostitution, manipulation des masses, règlements de comptes, transformation sociale des responsables. La scène du “frigidaire” est, notamment, une belle illustration. Un militant du FLN est assassiné parce qu’il a détourné l’argent de la “cause” à des fins personnelles, en l’occurrence l’achat d’un frigidaire, et son assassin leader du mouvement est filmé, par la suite, remplissant son propre frigidaire.
Où serait le plaidoyer favorable au FLN ?
Qu’ai-je vu également dans ce film ? L’inégalité de traitement entre des hommes vivant sur un même territoire, quel que soit le coté de la Méditerranée, sciemment organisé par la République des droits de l’homme.
Est ce falsifier l’histoire que de constater des faits ?
Le vrai regret est, à mon sens, l’overdose de moments historiques traités.
Au travers de la vie de trois frères présentés, plutôt, comme des anti-héros romantiques, l’histoire de la guerre d’Algérie défile de manière un peu chaotique avec pour seul fil conducteur une frise chronologiques d’évènements.
Nous sentions une envie de tout traiter, de tout déballer, de tout dire.
Trop surement. Peut-être trop concerné ?
Cela dit, ce film doit être pris pour ce qu’il est: l’histoire de la destiné de trois jeunes garçons en quête de liberté pour leur peuple, destin que l’on pourrait retrouver au Tibet, en Palestine, en Irlande et ailleurs.
Je vous conseillerais, M. Le Député de relire les écrits d’Albert CAMUS, un des seuls journalistes à avoir expliqué lucidement les évènements du 8 mai 1945 et de finir de regarder le film de Rachid Bouchareb.
Je vous prie d’agréer, M. le Député, l’assurance de ma considération distinguée
Nathalie AUDIN





















Merci pour cette belle lettre.
En complément de lecture :
« La mémoire des “nostalgériques” et l’histoire »
http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3890
Bien cordialement
françois
Une prise de position forte et mesurée à la fois, merci Nathalie.
Rappelons si besoin qu’il s’agit du même Lionnel Luca qui, lorsque Besson expulsait des réfugiés afghans dans une Afghanistan en pleine guerre, déclarait : « Je trouve un petit peu indécent qu’on s’apitoie sur leur sort quand au même moment nos soldats se battent pour leur liberté. S’ils étaient des hommes, ils se battraient aussi pour leur liberté, sur leur territoire ».
C’est aussi lui, en 2005, lors du débat sur les “bienfaits” de la colonisation, qui déclarait : « Sans la colonisation, ni Léon Bertrand [ministre du tourisme et élu de Guyane] ni Azouz Begag ne seraient ministres de la République française. »
Lionnel Luca s’est même vu décerné le “prix de la Bêtise” pour ses propos sur le film “Hors-la-loi” :
(AFP) – 7 mai 2010
PARIS — La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a décerné vendredi le premier prix de la “Bêtise avec un grand C” au député UMP des Alpes Maritimes Lionnel Luca pour s’être “attaqué publiquement” à une oeuvre, le film de Rachid Bouchareb “Hors-la-loi”, “sans l’avoir vue”.
“Ce prix vise à honorer ceux qui, en toute méconnaissance de cause, prendront dorénavant l’initiative de tenter de limiter la liberté d’expression en s’attaquant publiquement à des oeuvres sans les avoir lues ou vues”, indique l’organisation dans un communiqué.
Il a été décerné “à l’unanimité” par le conseil d’administration de la SACD à Lionnel Luca pour avoir, “dans un grand élan de respect et de tolérance”, estimé que “Hors-la-loi”, qui sera présenté le 21 mai en compétition au 63e Festival de Cannes et “qu’il “n’a pas vu, est +manichéen+ et qu’il s’agit +d’une falsification historique+”.
“Les auteurs de la SACD félicitent chaleureusement Lionnel Luca pour ce prix amplement mérité” dont l’intitulé s’inspire d’une expression du poète Jacques Prévert, poursuit le communiqué.
“Pour accompagner ce prix, un livre ou un film de son choix sera à sa disposition le jour où il choisira d’en prendre connaissance avant d’émettre un avis à son sujet”, conclut-il.
“Hors-la-loi” suit, de la fin des années 1930 à l’indépendance algérienne en 1962, le destin de trois frères à travers les tumultes de l’histoire franco-algérienne.
Taxé de “négationnisme” par M. Luca - ne l’ayant pas vu, il s’est basé sur un rapport du service historique du ministère de la Défense qui passait au crible un scénario provisoire -, le film s’est attiré les foudres de l’extrême droite, d’associations représentant des harkis, des anciens combattants et des pieds-noirs.
Une douzaine d’intellectuels ont réagi en dénonçant le “retour en force de la bonne conscience coloniale”.
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Il a été décerné “à l’unanimité” par le conseil d’administration de la SACD à Lionnel Luca pour avoir, “dans un grand élan de respect et de tolérance”, estimé que “Hors-la-loi”, qui sera présenté le 21 mai en compétition au 63e Festival de Cannes et “qu’il “n’a pas vu, est +manichéen+ et qu’il s’agit +d’une falsification historique+”.
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A lire la réponse de Lionnel LUCA
http://blogajef.blog.lemonde.fr/2010/05/29/lettre-ouverte-a-lionnel-luca-depute-de-la-nation/#comment-9516