De l’importance du métapolitique

6 juillet 2010 par Julien | Catégorie Non à l'extrême droite, Réflexion.

Interpellé il y a peu par les récents évènements liés à l’extrême droite, notamment l’apéro “pinard et saucisson” organisé à la Goutte d’or, je décidai de m’intéresser de plus près à la stratégie mise en œuvre par les multiples groupes nationalistes et identitaires se développant actuellement. Je fus alors stupéfait par le résultat de mes recherches : ces mouvements utilisent en effet « l’action directe », méthode traditionnelle du socialisme libertaire, à des fins discriminatoires. Ainsi, face aux difficultés des SDF, le Bloc Identitaire organise depuis quelques années et notamment à Nice, des distributions de « soupe identitaire », contenant du cochon et écartant ainsi juifs et musulmans.
A une époque où l’extrême droite bat des records de popularité, le Parti Socialiste, en coopération avec les autres forces progressistes (partis, syndicats et associations), se doit donc de réinvestir le milieu social et culturel par des actions dîtes « métapolitiques », c’est-à-dire se situant au-delà d’une démarche purement électoraliste. Nous saisirons ainsi l’opportunité de réaffirmer et d’illustrer notre engagement par des actions de solidarité envers tout citoyen en difficulté.
De plus, comme l’explique le philosophe Antonio Gramsci, la quête du pouvoir nécessite d’être précédée de la quête des champs sociaux et culturels. Cette réappropriation du métapolitique est donc condition de notre victoire en 2012, de la même manière que la montée des considérations écologiques a permis aux Verts de réaliser les scores qu’on leur connait.
Toutefois, cette « reconquête » du terrain qui devrait être le notre et dont nous nous sommes éloignés est indissociable d’un renouveau idéologique, puisant son inspiration dans l’histoire du mouvement socialiste, afin de combler les lacunes de la « Première Gauche ». Cela est par exemple illustré par le concept de « société du care », renouant avec la tradition du socialisme pré-marxiste français.
Cette démarche s’inscrit dans le défi qui nous est aujourd’hui lancé : celui de redorer notre blason, terni auprès de l’électorat par 14 années de mitterrandisme.

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6 commentaires à l'article “De l’importance du métapolitique”

  1. Alex | 6/07/10

    Je suis assez d’accord sur l’analyse même si je ne serais pas aussi dur avec le miterrandisme qui, si il a été loin d’être parfait sur le terrain économique et social (hausse du chômage essentiellement) a su réaliser de réelles avancées sur le terrain sociétal, culturel et diplomatique (abolition de la peine de mort, radios libres, réconciliation avec l’Allemagne, décentralisation…).

  2. Julien | 7/07/10

    Je n’ai en effet rien à dire concernant les avancées que tu as évoqué !
    Par contre, au-delà de la hausse du chomage, c’est l’idée du socialisme véhiculée par la pratique du pouvoir qui fut la sienne qui me dérange …

  3. yann | 11/07/10

    bravo julien, bel article !!!

  4. David | 29/07/10

    Une approche et un sujet très intéressants, Julien. Je reste néanmoins dubitatif sur le choix du terme de “métapolitique” pour désigner les champs sociaux et culturels à reconquérir. Je ne connais pas les textes de Gramsci auxquels tu fais référence, mais, d’une manière générale, j’aurais tendance à penser que le “méta” politique n’existe pas, car, en réalité, tout est politique.

    Je m’explique. Si j’ai bien compris l’idée forte de ton article, on ne peut conquérir le pouvoir politique si l’on n’a pas préalablement conquis les champs sociaux et culturels, ce que d’autres désignaient sous la formule trop rapide de “gagner la bataille des idées” ou ce que d’autres encore nommaient autrefois “l’idéologie”. La conquête du métapolitique serait donc la condition de possibilité de la victoire politique.

    Mais, concrètement, qu’est-ce qu’un acte métapolitique ? Lorsque Michel Foucault décide de faire cours à la Sorbonne sur le biopolitique, c’est un acte politique. Lorsque Jean-Paul Sartre déclare que l’homme n’est que la somme de ses actes, que l’on doit l’évaluer à la qualité et la force de son engagement, et qu’il “réoriente” l’existentialisme vers l’engagement politique, c’est un choix politique majeur, vu l’impact qu’avait alors sa pensée sur la jeunesse du pays. Lorsque Deleuze et Guattari livrent une critique massive du pouvoir de la psychiatrie, dans les années 70, c’est aussi un acte politique. Lorsque Bourdieu s’attèle avec son groupe de recherche à la “Misère du monde”, c’est encore et toujours un acte politique…

    A un autre niveau, l’enseignement est un acte politique, ce que Montaigne laissait déjà entendre. Apprendre des choses à des élèves ou leur apprendre à apprendre, c’est différent. Et c’est toute la différence entre former des “têtes bien pleines” ou des “têtes bien faites”… Faire le choix de toujours tendre vers la difficulté, ne pas suivre toujours le même manuel mais de former des esprits critiques, indépendants, les doter d’outils intellectuels qu’ils pourront réutiliser à leur manière, de façon autonome… Enseigner est chaque jour, à chaque instant, un acte politique.

    Si l’on décide que toutes ces avancées dans le monde de la pensée ou dans le quotidien de la formation des esprits doivent être classés dans la rubrique “méta-politique”, on réduit le champs de la “politique” aux élections, aux fonctions électives, aux campagnes électorales et à la politique politicienne des plateaux de télé. Or la politique est bien plus que cela.

    Elle est, chez les grecs, la recherche du meilleur gouvernement possible, en tant que moyen, dont la fin est “vivre selon le Bien”, le bonheur. Depuis Macchiavel et Hobbes on a tenté de ramener la politique à la simple conquête puis conservation du pouvoir. Mais ce n’est pas que cela. On parle aujourd’hui de vivre ensemble, de cohésion sociale. On parlait autrefois de Res Publica, la chose commune. C’est une seule et même démarche qui consiste à rechercher la meilleure manière pour les gens de vivre ensemble, de concilier les libertés individuelles et l’intérêt collectif. Chaque prise de position, dans une famille, dans un groupe d’amis, dans l’entreprise où l’on travaille revêt un aspect politique.

    On a tenté de faire du concept de méta-politique un concept fort pour concurrencer la philosophie politique. Autrement dit, une victoire politique ne serait plus l’aboutissement logique d’une vague de fond qui traverse une société, d’une évolution profonde de la pensée, venant de la recherche philosophique et du monde intellectuel. Ce serait l’inverse : les idées viendraient du politique. Sarkozy gouverne d’une nouvelle manière et, tout d’un coup, de bon intellectuels inventent des théories pour justifier cela et légitimer après coup son action. Et c’est là qu’il faut faire attention : si le terme de métapolitique a été réutilisé par des pseudo intellectuels de droite pour destituer la philosophie politique, ce n’est pas un hasard. Les politiques en ont assez de ces penseurs indépendants qui viennent leur faire la leçon dans les médias ! Ils décident donc deux choses : primo, on va leur couper les vivres (voir le non financement de la recherche en France) et les mettre sous tutelle (évaluation non plus par d’autres chercheurs mais par un administratif à la tête de l’université), deuxio, on va reprendre des concepts, comme celui de métapolique, pour insinuer l’idée que c’est au politique que revient la théorie politique. Le politique est alors apte à conceptualiser son action, il n’est plus réduit à mettre en pratique un concept pensé par un philosophe. D’une façon plus caricaturale on pourrait dire que la métapolique est l’outil par lequel les politiques cherchent à s’émanciper de la philosophie politique…

    Mais il faut bien garder à l’esprit une chose fondamentale : la conquête des champs sociaux et culturels par la philosophie, c’est, par exemple, la philosophie des lumières, où triomphent et s’imposent des idées nouvelles de justice, de progrès et de liberté. La conquête des champs sociaux et culturels par et pour les politiques, cela a déjà porté un nom dans notre histoire : la propagande…

    En bref, Julien, je suis d’accord avec toi sur l’idée, mais pas sur le choix des mots…

  5. Julien | 29/07/10

    J’ai en effet choisi le terme de “métapolitique” car, comme tu l’as écrit : “on réduit le champs de la “politique” aux élections, aux fonctions électives, aux campagnes électorales et à la politique politicienne des plateaux de télé”.
    Il me fallait donc un mot pour décrire ce qui est de nos jours rejeté du domaine politique mais qui en fait en réalité partie voire en est sa principale constituante.
    J’ai alors choisi “métapolitique” : ce qui est “au-délà” de la politique telle qu’elle nous est présentée aujourd’hui.
    Bien sur, pour moi la politique est bien plus que ca, comme tu nous l’a rappelé, cependant, cette conception est malheureusement le privilège de quelques individus cultivés …
    Pour ce qui est de la propagande, terme galvaudé par l’usage dont en ont fait les régimes totalitaires du XXème siècle, elle est présente dans toute action politique qui, quelque soit son expression, comporte volontairement ou involontairement une dimension persuasive.
    C’est ici qu’intervient la différence entre par exemple coller une affiche, et donc tenter de conquérir les champs sociaux par et pour les politiques, et aider les personnes et difficulté, ce qui au contraire conduit à la conquête des champs sociaux par la philosophie, celle de la solidarité.

  6. David | 29/07/10

    Oui, je comprends mieux ton choix. Mais je ne pense pas que cette notion de politique au sens noble et au sens large, qui considère aussi les prises de positions intellectuelles ou les actes de solidarité dans leur dimension politique soit réservée à une élite. Bien au contraire. Il y a un fort besoin de politique, d’engagement mais aussi de réflexion. On a jamais autant publié et lu des auteurs politiques, de Macchiavel à Foucault ou Arendt…

    Et c’est aussi notre devoir, en tant que militants, de redonner un sens noble et complet à la notion de politique, sans quoi on retombe sans cesse dans les questions d’appareils et de partis. Nous devons lutter contre toute dévalorisation du et de la politique…

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