“Français ou voyou, il faut choisir”

10 août 2010 par Jean-Sol Partre | Catégorie Sécurité.

Les voyous de la révolution françaiseNice Matin nous annonçait hier, avec un brin d’admiration, que notre maire-ministre avait, pendant ses vacances, gravi le Mont-Blanc. Non pas qu’il ait entreprit une expédition de plusieurs semaines, mais, tout de même, parti à 0h35 du matin, il a conquis le toit de l’Europe en 7h par la façade ouest (informations capitales). Savourant son exploit, « avoir gagné le Mont-Blanc », notre fin politique parlait de « défi permanent » et de « se retrouver soi-même ».

Lorsque Moïse est redescendu de la montagne, les tables de la loi à la main, il a dit aux Hébreux : « Tu ne tueras point ».

Lorsque le Christ est redescendu de la montagne, il a délivré son message : « Aime ton prochain comme toi-même ».

Lorsque notre maire-ministre est redescendu de la montagne, il s’est rué sur les antennes d’une radio nationale pour délivrer, à son tour, le cœur de son message : « Français ou voyou, il faut choisir ».

Drôle d’époque…

Littéralement pantois devant une telle déclaration, « Français ou voyou, il faut choisir », j’ai tout de suite pensé qu’à droite, Charles Pasqua en tête, beaucoup avaient choisi les deux…

J’ai aussi pensé : « Monsieur Estrosi, maire ou ministre, il faut choisir ».

Mais, ne voulant en rester à une posture bassement politicienne, je me suis attelé à déchiffrer le message ministériel.

Le contexte : Christian Estrosi parlait de la délinquance. Il a, selon la presse, abordé deux sujets :

1. Il a défendu les propositions du chef de l’Etat sur la déchéance de nationalité pour certains délinquants d’origine étrangère. C’est alors qu’il a déclaré : “Accepter nos lois ou les violer, il faut choisir. Français ou voyou, il faut choisir. (…) Bien évidemment, quand on est Français de première génération et que cela fait trente, quarante, cinquante ans qu’on exerce des responsabilités sociales ou familiales dans notre pays, on n’est pas concerné ».

Triste époque. Mais faisons grâce à notre ministre et étudions la proposition avec sérieux. Outre le fait que parler de « Français de première génération » est un vocabulaire vichyste, à quoi servira cette proposition ? Si un étranger naturalisé, donc devenu français, se voit retirer sa nationalité, que deviendra-t-il ? On imagine qu’il recouvrera sa nationalité initiale, ce qui, juridiquement, reste à vérifier. En tout état de cause, la France ne peut créer de nouveaux apatrides. Mais, concrètement, cet ex-français déchu partira-t-il ? Sera-t-il expulsé ? Rien n’est moins sur. Un étranger ayant obtenu la nationalité française a de forte chance de remplir les nombreuses conditions « d’inexpulsabilité ».

De plus, cela implique de rétablir une forme double peine : un français « de première génération » commet un délit, il est puni par la loi. Un français récemment naturalisé commet le même délit : il est également puni par la loi et perd sa nationalité…

A quoi peut donc bien servir cette proposition ? A rien, de toute évidence, à rien, sinon à rallier les voix du FN, à occuper le terrain médiatique, à éloigner des esprits les affaires Woerth. Stigmatisons les Roms, menaçons de déchéance de nationalité une partie infime des français et ne parlons pas du chômage de masse, du mal logement, de la misère qui frappe de plus en plus de gens…

Chacun est prophète en son pays et, en descendant de la montagne, Christian Estrosi a choisi, lui aussi, la surenchère. Et cela pour une raison simple : alimenter la stratégie de diversion médiatique de Nicolas Sarkozy.

2. Christian Estrosi a également soutenu la proposition d’Eric Ciotti, qui envisage des peines de prison allant jusqu’à deux ans pour les parents de délinquants mineurs. En saluant le « courage » du président du conseil général des AM, Christian Estrosi a oublié de dire qu’en droit français, on ne peut être jugé coupable d’actes commis par autrui… sauf à faire fi de la distinction entre personne morale et personne physique. Mais, encore une fois, étudions cette proposition. A quoi sert-elle ?

Elle vise à responsabiliser les parents. Si votre enfant mineur commet un délit, vous pouvez être vous-mêmes poursuivi. La peur de la prison va-t-elle pousser les parents à mieux s’occuper de leurs enfants ? C’est visiblement ce que pensent M. Estrosi et M. Ciotti. Or cette question révèle un présupposé : on part du principe que les parents pourraient mieux contrôler leurs enfants, mais ne le font pas. On recherche ce qui pourrait les motiver : l’argent (on va leur retirer leurs allocations familiales) ou la peur (attention, vous risquez deux ans de prison ferme). Cela indique un second présupposé : ces parents ne sont pas motivés par leur devoir de parent, ils ne sont pas « responsables ». Or, fort de ces deux a priori (« ces parents pourraient mieux s’occuper de leurs enfants mais ne le font pas » et « ces parents n’ont pas le sens des responsabilités »), on oublie l’essentiel : de nombreux parents, responsables, tentent de mieux s’occuper de leurs enfants mais n’y parviennent pas, ils ont besoin d’aide et non de répression.

Christian Estrosi s’est donc bien « retrouvé » après son périple sur la montagne : surenchère médiatique afin de faire diversion et de masquer les vrais problèmes, recherche de boucs émissaires et propositions purement répressives… du 100% Estrosi !

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1 commentaire à l'article ““Français ou voyou, il faut choisir””

  1. Jef | 14/08/10

    De la part de celui qui a étouffé 750 000 F de subvention du Conseil Général dans le Golf de Nice, la phrase ne manque pas de sel.

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