18 septembre 2010 par Jean-Sol Partre | Catégorie Laïcité, Politique à Nice.
Le Conseil Municipal de la ville de Nice s’est tenu hier, 17 septembre 2010.
Le Conseil commençait à 9h, mais RESF avait préparé le comité d’accueil : une manifestation pour venir en aide aux demandeurs d’asiles toujours à la rue (lire ici), organisée devant la Mairie (en réalité, plus personne ne peut plus manifester devant la Mairie de Nice, on se retrouve tenu à distance par les forces de polices, refoulé sur la rue mitoyenne). Mais le Maire de Nice ne daigna pas les recevoir…

- La démocratie sous surveillance : tout citoyen peut venir assister au Conseil Municipal. Ce dernier est ouvert au public et l’on devrait même tout faire pour inciter les gens à venir assister aux débats. Oui mais, en démocratie estrosienne, outre le fait que les séances du Conseil ne soient plus retransmises en direct sur le site de la Ville, on assiste à un flicage inquiétant des citoyens venant assister aux séances : vous devez laisser votre nom sur un registre aux policiers de garde avant d’entrer dans le bâtiment, et, plus surprenant encore, la partie de la salle réservée au public est prise plusieurs fois en photo par un photographe sorti d’on ne sait où et reparti aussitôt une fois sa tâche achevée.
- La laïcité bafouée : Christian Estrosi aime la provocation gratuite. Voulant singer Georges Frêche dans ce qu’il a de pire, il veut, à son tour, célébrer les grands hommes du XXème siècle. Mais, si Frêche choque en célébrant Lénine, Estrosi franchit la ligne rouge en enfreignant une règle fondamentale de notre République, la laïcité. En effet, outre De Gaulle et Camus, notre Maire - Ministre veut célébrer et ériger un buste à l’honneur de Jean-Paul II. Arguments du Maire : Jean-Paul II était un chef d’Etat et a joué un grand rôle dans la fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin et l’ouverture de l’Europe… Le Groupe Changer d’ère (Socialistes et Verts) a voté contre, non pas en raison du coût du buste (6700 €), mais au nom du principe de laïcité. Les Communistes ont fait de même.
J’ajouterais, de plus, que si l’on peut penser qu’il vaut mieux laisser l’Histoire aux historiens (sans quoi chaque homme politique célébrera ses grands hommes), le fait que, dans un Etat laïc, une commune dépense ne serait-ce qu’un euro pour édifier un monument à caractère religieux, quelque soit la religion en question, est une atteinte à la loi de 1905.
Nous vivons une période difficile où chaque jour le modèle laïc français est remis en question et où il est de plus en plus complexe de départager les requêtes communautaires légitimes des demandes communautaristes dangereuses pour notre équilibre républicain. Un Maire doit être le garant, dans sa commune, d’un esprit d’apaisement et de sérénité. Que faire s’il envenime lui-même la situation ? Que pensera par exemple la communauté musulmane, dont les fidèles ne disposent toujours pas de salle de prières décentes à Nice, et qui voient le Maire rénover la cathédrale Notre Dame et la doter d’un nouveau clocher, rénover l’église Jeanne d’Arc, et maintenant commander un buste à la mémoire de Jean-Paul II ? Car si les premières dépenses sont légales et légitimes, la dernière n’est ni l’une ni l’autre.
Comment, alors que la France bataille sans cesse pour maintenir l’équilibre délicat entre liberté de culte et préservation d’un espace public laïc, un Ministre peut-il, dans sa propre ville, ériger une statut en l’honneur d’un Pape ?
- Folles dépenses et gestion financière douteuse : le projet de Grand Stade, rebaptisé Olympique Nice Stadium laisse l’observateur pantois au regard de la maigre affluence de spectateurs dans l’actuel stade Léo Lagrange (stade du Ray) : au plus fort des confrontations (comme lors du dernier Nice – Bordeaux), la fréquentation ne dépasse pas les 10 500 spectateurs et le Maire veut endetter la ville pour 30 ans en construisant un stade de 35 000 places !
Dans le même temps, Yann Librati soulève à nouveau l’épineuse question des emprunts toxiques qui plombent les finances de la ville, en demandant à ce que Christian Estrosi applique la récente circulaire de sa collègue Christine Lagarde, incitant les collectivités territoriales à plus de transparence et de prudence et les Conseils Municipaux à contrôler d’avantage ce que font leurs Maires en matière d’emprunt… On dépense toujours plus dans de grands projets alors que l’on devrait d’abord songer à solder uns à uns les emprunts toxiques pour assainir les finances de la ville !
- Cumul des mandats et passe-droits : au détour d’une auto congratulation généralisée de l’équipe municipale sur la gestion du charançon rouge, le premier adjoint au Maire s’est félicité que notre Maire soit ministre, ce dernier ayant ainsi pu obtenir de ses collègues ministres des aides plus rapidement et plus facilement… Cela veut dire quoi ? Qu’un maire non ministre doit attendre plus longtemps qu’un maire ministre ? Qu’une population est moins aidée qu’une autre à cause de connivences politiques ? Qu’un Maire cumulard bénéficie donc de passe-droits ?
- Politique politicienne : Chrisian Estrosi s’est lancée dans une polémique politicienne stérile, à dégouter tout bon citoyens de la politique. Il n’a en effet eu de cesse de laisser entendre que les socialistes et l’Entente Républicaine (proche Peyrat) s’allierait pour les élections cantonales. Il a ensuite carrément accusé le PS de faire le jeu du FN et de l’avoir toujours favorisé, allant jusqu’à citer François Mitterrand comme exemple…
En définitive, nous avons assisté à un débat bien souvent indigne de la démocratie locale, et plus encore, à un comportement inquiétant de la part du Maire lui-même qui, au lieu de garantir la tranquillité publique, donne dans la provocation et manque à ses devoirs les plus élémentaires en ne respectant pas l’un des principes fondateurs de notre République : la laïcité.




















