Pour le respect de la laïcité : non au buste de Jean-Paul II à Nice !

19 octobre 2010 par Jean-Sol Partre | Catégorie Fallait pas ! !, Laïcité, Vie militante.

La statue de JP2 Christian Estrosi annonce le dévoilement du buste de « Sa sainteté » le pape Jean-Paul II à Nice, le samedi 23 octobre à 10h, devant le monastère de Cimiez.

Cet acte est triplement négatif : il témoigne d’un esprit de polémique inutile et malsain ; il est contraire au principe de laïcité ; il est juridiquement contestable.

1. Un esprit de polémique :

- Georges Frêche a créé la polémique en érigeant des statues aux “grands hommes” du XXème siècle et en choisissant Lénine et Staline. Il a finalement renoncé à Mao. Si personne ne conteste que ce soient des personnages importants dans l’histoire du siècle dernier, faut-il pour autant les célébrer ? Christian Estrosi, au lieu d’agir en maire garant de la tranquillité publique, cherchant à favoriser le vivre ensemble, en rajoute lui aussi dans la polémique : il fait voter une délibération en conseil municipal sur la célébration de ses grands hommes du XXème siècle : De Gaulle, Camus et Jean-Paul II.

- Le groupe d’opposition Changer d’ère (Socialistes et Verts) a demandé au Maire, lors du dernier conseil municipal, de scinder en deux la délibération afin de pouvoir voter “pour” le Général de Gaulle et Camus et “contre” le buste de Jean-Paul II, ce que le Maire a refusé. L’opposition n’a alors pu voter que “contre”, par simple respect du principe de laïcité.

- A Nice, la question des revendications religieuses est particulièrement exacerbée. Au lieu de calmer la situation et de respecter la loi, le Maire, pourtant ministre, en rajoute dans la polémique et la provocation. Il refuse aux musulmans la possibilité de construire une mosquée. Tous les vendredi, faute de salles de prière adaptées, les musulmans pratiquants sont contraints de prier dans la rue en centre ville. Dans le même temps, alors qu’il ne s’agit même pas d’une requête de la communauté catholique, Christian Estrosi décide d’ériger une statue en l’honneur de Jean-Paul II. On l’a vu, en pleine page de la presse locale, à la cathédrale Notre Dame de Nice, très chèrement rénovée. On l’a vu, au côté de l’évêque de Nice, pour la très chère refonte du clocher de cette même cathédrale. On l’a vu lancer les travaux de rénovation de l’église Jeanne d’Arc. On l’a vu encore, dimanche dernier, au coeur de la procession à Saint Réparate dans le Vieux Nice. Un maire a les croyances personnelles qu’il veut, comme tout citoyen. Mais il n’a pas besoin d’en faire la démonstration médiatique permanente.

- D’une façon plus générale, je pense que Georges Frêche, tout comme Christian Estrosi ou tout autre maire prétendant à la polémique, feraient mieux de laisser l’Histoire aux historiens. Eux seuls décideront de qui est un “grand homme du XXème siècle” ou non. Et l’on ne va pas attendre que chaque maire en mal de médiatisation fasse son petit scandale local en recherchant la provocation gratuite. Ce comportement est indigne et ne correspond pas à la fonction de maire.

2. Le non respect du principe de laïcité :

- Ce n’est pas la personnalité de Jean-Paul II qui est en cause, ni le montant dépensé (6700 €), c’est le non respect d’un principe républicain fondamental : la laïcité. L’article 1 de la constitution affirme que la France est une République laïque, et assure l’égalité des citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. La loi de 1905 sépare l’Eglise et l’Etat. Il est interdit d’édifier des monuments religieux autre que ceux servant au culte. Ni l’Etat ni les collectivités territoriales ne peuvent subventionner la construction ou l’entretien de lieu de culte construits après 1905. L’utilisation de l’espace public à des fins religieuses (processions, sonneries de cloches, célébrations en plein air, etc) est réglementée.  Mais le plus important, au fond, c’est que la neutralité de l’Etat vis à vis des religions est la garante de la liberté de culte de chacun dans le respect d’un espace public laïc.. Une municipalité n’a donc pas à honorer un personnage religieux, quel qu’il soit et quelle que soit la religion en question.

- Christian Estrosi argumente en disant que Jean-Paul II est honoré en tant que chef d’état (du Vatican), or, en voyant une statue de lui, tout visiteur pense au Pape, et non à un chef d’Etat. C’est un symbole. Lorsque je vois un buste de Marianne dans une mairie, je ne vois pas une jeune fille comme une autre, je vois le symbole de la République Française. De même, un buste de Jean-Paul II serait le symbole de l’Eglise catholique romaine. Le Pape est le vicaire du Christ. Il s’agit donc bien d’un monument à caractère religieux.

- Le maire de Nice explique que Jean-Paul II a joué, en tant que chef d’Etat, un rôle important dans la chute du mur de Berlin. Mais s’il voulait célébrer les chefs d’état étrangers ayant directement contribué à la chute du mur, pourquoi ne pas ériger une statue en l’honneur de Kohl ou de Gorbatchev ?

- L’espace public laïc respecte toutes les religions et ne doit pas intervenir pour privilégier un culte plutôt qu’un autre. Pourquoi célébrer une personnalité catholique et non une personnalité juive, musulmane ou bouddhiste ? S’engager dans cette voie ne peut que générer de nouvelles revendications identitaires ou communautaristes. La seule solution viable est que les pouvoirs publics observent une stricte neutralité à l’égard du culte, ne cherchant surtout pas à en favoriser un plutôt qu’un autre.

3. Un précédent : Ploërmel

- Il y a déjà un précédent, en 2006, à Ploërmel en Bretagne, quand le maire avait fait érigé une statue de 2m de haut de Jean-Paul II. Une pétition avait rassemblée plus de 1000 signatures, ce qui était énorme, vu la taille de la ville. Après une manifestation de 500 personne, la statue avait été “vandalisée” et le Jean-Paul II de Ploërmel s’était retrouvé recouvert de préservatifs…

Enfin, une action en justice avait été menée et le juge administratif a annulé la subvention du conseil général pour l’érection de la statue car contraire à la loi de 1905, loi qui précise d’ailleurs qu’ «il est interdit d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte» (article 28). Alors M. Estrosi, Nice, un second Ploërmel ?

- Le Groupe Changer d’ère envisage un recours gracieux auprès du Préfet afin qu’il demande au Maire d’annuler sa délibération. Si cela s’avère vain, une action en justice sera engagée pour faire respecter la loi de 1905.

Quelques liens :

- http://www.rue89.com/2010/09/21/estrosi-veut-faire-payer-un-buste-de-jean-paul-ii-aux-nicois-167696

http://www.lepoint.fr/societe/estrosi-tient-a-son-buste-de-jean-paul-ii-24-09-2010-1240794_23.php

http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/morbihan/ploermel-56-subvention-illegale-pour-la-statue-de-jean-paul-ii-07-01-2010-726872.php

http://penseesdoutrepolitique.wordpress.com/2010/09/23/une-statue-de-jean-paul-ii-un-signe-religieux-insupportable/

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4 commentaires à l'article “Pour le respect de la laïcité : non au buste de Jean-Paul II à Nice !”

  1. Jean-Sol Partre | 24/10/10

    Le buste de JP2 a été inauguré hier. Alors que Christian Estrosi affirmait en conseil municipal qu’il s’agissait du buste d’un chef d’Etat et non du buste d’un Pape, Nice Matin nous confirme ce matin que le buste a été autorisé par le Vatican : le Pape y est représenté en posture de prière, un crucifix à la main.
    Le crucifix est, comme à Ploërmel, un signe ostentatoire. Il s’agit donc bien d’une statue à caractère religieux et en ce sens contraire à la loi de 1905.
    Le socle sur lequel repose le buste porte d’ailleurs l’inscription “Sa Sainteté Jean-Paul II” et non “Jean-Paul II, souverain de l’État de la Cité du Vatican”…

  2. Loustau | 2/01/11

    effectivement l’initiative du Maire de Nice constitue un acte attentatoire aux principes de laïcité.Ce n’est pas étonnant car il est connu comme un proche de concepts intégristes religieux catholiques. Il vient donc d’afficher l’identité névrotique d’une commune dans sa relation avec une religion. Dans ces conditions les citoyens ont le devoir de s’affranchir à la fois au plan politique comme au plan juridique afin de ne pas être confondus avec une faction contre républicaine.
    Le préfet aurait dû soumettre la délibération au contrôle de légalité et actionner le tribunal administratif.Son silence, s’il est révélé, s’apparente à une complicité passive, une forme de collaboration implicite susceptible de porter atteinte à l’ordre public.Ce n’est pas étonnant, il y a longtemps, qu’à de rares exceptions, les préfets n’exercent pas leur prérogatives dans ce domaine, quels que soient les gouvernements.Ce sont ces failles de la République qui conduisent aux dérives de la décentralisation. Le courage administratif est rarement valorisé.Il serait même sanctionné tant le pouvoir discrétionnaire est puissant.Alors citoyen Niçois résistez!

  3. David | 6/01/11

    “Alors citoyens Niçois, résistez !” … Tout est dit et très bien dit, d’accord avec vous à 200%, Lousteau !

  4. David | 21/01/11

    Christian Estrosi s’en prend aux musulmans qui prient dans la rue en rappelant que c’est illégal et contraire au principe de laïcité…
    mais le jour où les musulmans niçois auront des salles de prière décentes, ils ne prieront plus dans la rue…
    Et, avant de parler de laïcité, Estrosi ferait bien de déboulonner le buste de Jean-Paul II qu’il a fait installer à Nice…

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