Demandeurs d’asile de l’avenue Clémenceau : quand le Préfet jette de l’huile sur le feu…

14 novembre 2010 par Jean-Sol Partre | Catégorie Actualités, Immigration, Politique à Nice, Révolte !.

Squat avenue Clémenceau, photo Michel Bernouin - MétroLa situation du 1 av Clémenceau à Nice est grave. 115 demandeurs d’asile squattent cet immeuble depuis le 7 novembre, avec parmi eux de nombreuses familles, des enfants en bas âges et des bébés.

Rappelons qu’une personne demande l’asile politique lorsqu’elle subit des menaces ou est persécutée dans son pays d’origine. Le demandeur d’asile, dans l’attente de l’accord ou du refus de l’asile politique en France n’a pas le droit de travailler et peut, sous certaines conditions, recevoir une Allocation Temporaire d’Attente (ATA, 10 € par jour). Le Préfet a l’obligation de proposer un hébergement au demandeur, en Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile (CADA) ou autre (hôtels meublés réquisitionnés).

Rappelons aussi que beaucoup d’étrangers, afin d’obtenir une possibilité légale de rester plus longtemps sur le territoire français demandent abusivement l’asile politique, se font passer pour des ressortissants de pays en guerre, etc. Par exemple, lors des conflits en ex-Yougoslavie, beaucoup d’Albanais ou de ressortissants des pays limitrophes se faisaient passer pour des bosniaques. Les services de l’OFPRA ne parviennent alors à déjouer les demandes illégitimes que grâces à des interprètes parlant des dialectes précis et des experts connaissant très bien ces pays. Mais ce personnel qualifié fait cruellement défaut et l’Etat, alors que la situation dure depuis plusieurs décennies, n’augmente toujours pas les effectifs. Les délais de réponse de l’OFPRA sont excessivement long, laissant les demandeurs dans une situation de “ni - ni” : ni expulsables, ni régularisables tant que leur demande n’est pas étudiée, et dans l’impossibilité légale de travailler.

Pour autant, ce n’est pas parce que nombre de demandes d’asile sont abusives qu’il faut traiter les demandeurs d’asile avec un préjugé négatif : parmi eux se trouvent des personnes en souffrance ayant fuient leur pays pour se sauver et bien souvent sauver la vie de leurs enfants. Il s’agit d’opposant politiques mis en danger pour leurs opinions ou parce qu’ils n’ont pas voulu coopérer avec le pouvoir en place. La France a une longue tradition d’accueil des opposants politiques aux dictatures et régimes autoritaires et cela doit le rester. Il ne s’agit pas d’immigration économique mais d’immigration politique, qui relève de la Convention de Genève sur les réfugiés de 1951.

Squat avenue Clémenceau, Photo François Vignola - Nice MatinJ’en viens maintenant à la situation niçoise. Afghans, Tchétchènes, Ingouches, Soudanais, ils viennent tous de pays différents.

Parmi eux, de nombreuses familles avec des enfants en bas âges et des bébés. Certains, ayant déjà obtenu le statut de réfugiés politiques, étaient hébergés en hôtels meublés et ont été expulsés sans autres explications. D’autres sont toujours en attente de la réponse de l’OFPRA. Aidés par des associations comme les Enfants de Don Quichotte 06 rassemblées en un collectif nommé « Pré-Occupants », ils ont squatté un immeuble du centre ville, au 1 avenue Clémenceau, propriété du CHU.

Mais, alors que l’on s’attendait à ce que les autorités locales traitent ce dossier avec humanité, an privilégiant une approche sociale qui consisterait à reloger ces familles dans des logements décents et à les accompagner, individuellement, dans leurs démarches administratives, il n’en n’est rien.

Eric Ciotti (Président du Conseil Général des AM), Christian Estrosi (Maire de Nice et Ministre de l’Industrie) et Francis Lamy (Préfet des AM) ont joué la surenchère en incitant le CHU à faire expulser ces familles alors que nous sommes en pleine trêve hivernale ! Dans un communiqué de presse, Eric Ciotti dénonce l’occupation illicite de l’immeuble qu’il trouve « très choquante » par « des demandeurs qui viennent demander l’asile dans notre pays et qui n’hésitent pas à violer les lois de la République ».

Francis Lamy, alors qu’il est normalement obligé de proposer un logement décent à ces familles, n’a rien trouvé de mieux à faire qu’autoriser une manifestation de Nissa Rebella, groupe d’identitaires niçois d’extrême droite, devant l’immeuble squatté, vendredi soir, à la nuit tombée…

Scène surréaliste à Nice : les identitaires et les défenseurs des demandeurs d’asiles se sont invectivés, sur l’avenue Jean-Médecin, entre 19h et 20h, à peine séparés par un cordon de CRS.

La scène a été filmée (vidéo de Rue 89, cliquez sur la croix en haut à gauche pour faire disparaitre la pub) :

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/swf/video/xfmekn_nice-12-11-2010_news?additionalInfos=0″[/dailymotion]

Heureusement, l’affrontement n’a pas dégénéré. Mais l’on peut s’interroger sur le rôle des pouvoirs publics dans cet évènement. S’agit-il d’une prise de risque inconsidérée ou d’une volonté délibérée d’envenimer la situation ? On ne peut que s’étonner des choix du Préfet : repousser les manifestant pour le Tibet libre à la place de la Libération lors de la visite de Hu Jintao à Nice et laisser les identitaires venir le soir sur Jean-Médecin déverser leur haine… Le Préfet est pourtant, théoriquement, le garant de la sécurité publique…

Revue de presse :

- Métro Nice, le 07.11.10, “Un squat niçois pour tout asile”

- Métro Nice, le 09.11.10, “L’Etat doit reloger les réfugiés du squat niçois”

- Nice Matin, le 12.11.10, “Les squatteurs de Clémenceau à Nice vivent dans la peur”

- Rue 89, le 13.11.10, “Manif d’identitaires niçois contre un squat de demandeurs d’asile”

Procédure de demande d’asile politique :

- Le site de La Cimade

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3 commentaires à l'article “Demandeurs d’asile de l’avenue Clémenceau : quand le Préfet jette de l’huile sur le feu…”

  1. Jean-Sol Partre | 15/11/10

    Je corrige : Christian Estrosi, “ex-ministre” de l’industrie !

  2. David | 18/11/10

    Le tribunal administratif a rappelé le Préfet à son obligation légale de reloger deux des familles de demandeurs d’asile et l’a condamné à payer une indemnité de 500 € par jour et par famille tant qu’elles ne seront pas relogées…

  3. Jean-Sol Partre | 24/11/10

    Nouvelle intervention policière ce matin au 1 avenue Clémenceau.

    La vidéo :

    http://www.dailymotion.com/video/xfr9ij_la-police-de-la-honte_news

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