Pour que Caroline Fourest ne soit pas “la dernière utopiste”
Publié le 13 mai 2010 par David | Catégorie Immigration, Laïcité, Livres, Réflexion.
Alors que Les conversations mécréantes, livre d’entretiens entre Caroline Fourest et Taslima Nasreen, est en librairie depuis quelques semaines, je vais vous parler du précédent livre de Caroline Fourest : La dernière utopie, menaces sur l’universalisme, publié le 12 novembre dernier.
La force de cet ouvrage réside en sa capacité à faire bouger les lignes. Que l’on soit d’accord ou pas avec certaines affirmations, en fonction de l’opinion que l’on a pu se forger auparavant sur telle ou telle question de société, le texte de Fourest oblige bien souvent le lecteur à une remise en question. Pour ma part, fort de belles certitudes et me croyant équipé de solides arguments, je dois vous avouer que Caroline Fourest m’a contraint à revoir mes fondamentaux.
Le point de départ du livre est le suivant : l’universalisme, dernière utopie de notre histoire, à savoir la perspective d’un monde où tous les êtres humains seraient libres et égaux, sans aucune distinction, est en danger.
Plusieurs facteurs viennent mettre à mal cette ambition. Parmi ceux-ci, retenons-en deux, particulièrement significatifs : l’instrumentalisation de la Déclaration universelle des droits de l’homme et les pièges du multiculturalisme.
1. L’instrumentalisation de la Déclaration universelle des droits de l’homme
La Déclaration universelle des droits de l’homme est à la fois un aboutissement et un point de départ. C’est l’aboutissement d’un long combat pour les libertés inspiré de la déclaration anglaise de 1689, du Bill of Right américain de 1787 et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ce combat trouve sa formulation finale dans un texte commun à plusieurs nations, au sortir des affres de la seconde guerre mondiale, posant pour la première fois l’exigence de l’universalisme. La déclaration de 1948, dont le livre retrace avec force l’histoire de la rédaction, est véritablement l’acte de naissance de l’universalisme.
C’est aussi un point de départ, ou ce qui aurait dû être un point de départ, à savoir l’application de ce principe d’universalisme. Des 58 pays signataires en 1948, nous sommes passés à 192 aujourd’hui, et l’on ne peut que s’en réjouir. Mais ce changement va avoir une conséquence déterminante : les pays pauvres, issus le plus souvent de la décolonisation et de l’implosion du bloc soviétique, deviennent majoritaires. Le mouvement des non-alignés représente 115 pays, menés par Cuba et la Chine ; l’union africaine, menée par la Libye de Kadhafi, représente 53 pays. Face à eux, l’Union Européenne, les Etats Unis et leurs alliés ne regroupent qu’une trentaine de pays et sont largement minoritaires. La Commission des droits de l’homme, aux Nations Unies, devient alors lieu d’un rapport de force où les droits de l’homme sont instrumentalisés et où les pays du sud prennent leur revanche sur leurs anciens colonisateurs.












