Rubrique ‘Réflexion’

Une pensée pour Arlette…

Publié le 22 mai 2010 par David | Catégorie Parti Socialiste, Réflexion.

Arlette LaguillerJ’entends aujourd’hui Martine Aubry dire qu’il faut taxer les stocks options, les bonus, la valeur ajoutée des entreprises, augmenter les cotisations patronales, et j’en suis fier.

Et pourtant, nous ne faisons que reprendre, avec 15 ou 20 ans de retard, peut-être même plus, le discours que tenait Arlette Laguiller, bien avant l’éclosion médiatique d’un Besancenot ou la naissance politique d’un Front de Gauche.

Je me souviens des Guignols de l’info se moquant d’Arlette Laguiller, et je souris en repensant à la voie stridente d’Yves Lecoq la parodiant : « Travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie ! ». Je me souviens aussi, avec moins de bonheur, du mépris qu’a affiché, durant tant d’années, élections après élections, notre propre parti pour cette extrême gauche et pour Lutte Ouvrière que l’on qualifiait alors au mieux de « peu sérieuse » ou de « pas crédible » et au pire « d’utopiste », de « déconnectée du réel ». Je me souviens, enfin, des mots d’Alain Souchon, chantant la sincérité de l’engagement politique d’Arlette Laguiller : «  Quand Arlette chante, c’est de la verdure, sur un monde difficile, dur. Les paroles, bien sûr, ont un peu d’usure mais elle chante avec un air pur. Les belles idées passent comme les starlettes, et, dans l’impasse, il nous reste Arlette. »

Alors, nous qui l’avons si souvent moquée et que nous rallions aujourd’hui à sa pensée, rendons donc à Arlette ce qui appartient à Arlette…

Pour que Caroline Fourest ne soit pas “la dernière utopiste”

Publié le 13 mai 2010 par David | Catégorie Immigration, Laïcité, Livres, Réflexion.

La dernière utopie, menaces sur l'universalismeAlors que Les conversations mécréantes, livre d’entretiens entre Caroline Fourest et Taslima Nasreen, est en librairie depuis quelques semaines, je vais vous parler du précédent livre de Caroline Fourest : La dernière utopie, menaces sur l’universalisme, publié le 12 novembre dernier.

La force de cet ouvrage réside en sa capacité à faire bouger les lignes. Que l’on soit d’accord ou pas avec certaines affirmations, en fonction de l’opinion que l’on a pu se forger auparavant sur telle ou telle question de société, le texte de Fourest oblige bien souvent le lecteur à une remise en question. Pour ma part, fort de belles certitudes et me croyant équipé de solides arguments, je dois vous avouer que Caroline Fourest m’a contraint à revoir mes fondamentaux.

Le point de départ du livre est le suivant : l’universalisme, dernière utopie de notre histoire, à savoir la perspective d’un monde où tous les êtres humains seraient libres et égaux, sans aucune distinction, est en danger.

Plusieurs facteurs viennent mettre à mal cette ambition. Parmi ceux-ci, retenons-en deux, particulièrement significatifs : l’instrumentalisation de la Déclaration universelle des droits de l’homme et les pièges du multiculturalisme.

1. L’instrumentalisation de la Déclaration universelle des droits de l’homme

La Déclaration universelle des droits de l’homme est à la fois un aboutissement et un point de départ. C’est l’aboutissement d’un long combat pour les libertés inspiré de la déclaration anglaise de 1689, du Bill of Right américain de 1787 et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ce combat trouve sa formulation finale dans un texte commun à plusieurs nations, au sortir des affres de la seconde guerre mondiale, posant pour la première fois l’exigence de l’universalisme. La déclaration de 1948, dont le livre retrace avec force l’histoire de la rédaction, est véritablement l’acte de naissance de l’universalisme.

C’est aussi un point de départ, ou ce qui aurait dû être un point de départ, à savoir l’application de ce principe d’universalisme. Des 58 pays signataires en 1948, nous sommes passés à 192 aujourd’hui, et l’on ne peut que s’en réjouir. Mais ce changement va avoir une conséquence déterminante : les pays pauvres, issus le plus souvent de la décolonisation et de l’implosion du bloc soviétique, deviennent majoritaires. Le mouvement des non-alignés représente 115 pays, menés par Cuba et la Chine ; l’union africaine, menée par la Libye de Kadhafi, représente 53 pays. Face à eux, l’Union Européenne, les Etats Unis et leurs alliés ne regroupent qu’une trentaine de pays et sont largement minoritaires. La Commission des droits de l’homme, aux Nations Unies, devient alors lieu d’un rapport de force où les droits de l’homme sont instrumentalisés et où les pays du sud prennent leur revanche sur leurs anciens colonisateurs.

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Solutions locales pour un désordre global

Publié le 17 avril 2010 par David | Catégorie Economie, Environnement, Réflexion.

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un film…

« Solutions locales pour un désordre global », de Coline Serreau, est un documentaire politique et féministe très courageux qui pose enfin le problème des semences et de la privatisation du vivant au grand jour, et qui appelle, au final, à la désobéissance civile en soutenant les agriculteurs qui conservent leurs semences naturelles.

http://www.dailymotion.com/videoxcr0y6

Comme annoncé sur ce blog (rubrique agenda), Coline Serreau était présente à Nice jeudi soir pour une soirée – débat organisée autour de son film par ADN, l’Association pour la Démocratie à Nice, au Rialto, rare salle de cinéma à Nice ayant le courage de programmer des films subversifs.

La question des semences :

Dans l’agriculture traditionnelle, les paysans conservent leurs semences pour les années suivantes, se les échangent pour améliorer les récoltes et maintiennent ainsi la diversité du vivant (chaque région du monde cultive un type de fruit ou de légume adapté à son climat, son sol, etc., ce qui permet de conserver une infinité d’espèces végétales différentes). Depuis la mainmise de quelques grandes firmes sur l’agriculture on interdit aux paysans de planter leurs semences. Ils doivent acheter des semences à ces firmes chaque années (les semis sont stériles la seconde année) et deviennent ainsi dépendant financièrement alors que la conservation naturelle des semences leur procurait auparavant, gratuitement, de quoi replanter l’année suivante.

Au delà de la condition paysanne qui devient catastrophique (ce qui est bien montré dans le film avec les suicides en masse d’agriculteurs dans le monde), ces firmes ont privatisé le vivant : elles seules détiennent les brevets sur les tomates, les concombres, tous les fruits et légumes que l’on consomme… Elles ont réduit la biodiversité à quelques types de produits que l’on a le droit de cultiver et de consommer. A noter que la grande majorité des brevets sur les fruits et légumes consommés en France appartient à un groupe bien connu des anti-OGM, un certain Monsanto…

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Le “juste milieux entre le protectionnisme et le libre échange sans précaution” : la “clause de sauvegarde”

Publié le 7 avril 2010 par David | Catégorie Economie, Parti Socialiste, Réflexion.

La vidéo suivante est une introduction d’Henri Emmanuelli au colloque “Convergences pour dépasser le libre-échange” organisé par Un monde d’avance le 10 avril 2010 sur le thème des clauses de sauvegarde (programme et renseignements ici).

http://www.dailymotion.com/videoxcsvbg

A noter qu’Henri Emmanuelli renonce ici au “dogme” du “protectionnisme” :

1′54″ : “(…) et s’il est vrai que le protectionnisme n’est pas une solution parce qu’en général c’est l’enfermement et à l’intérieur de l’enfermement c’est plutôt le dépérissement que l’expansion, en revanche le libre échange sans précaution va aboutir à la destruction de l’essentiel de l’industrie européenne (…) Quelque part le juste milieux entre le protectionnisme et le libre échange sans précaution ça doit être la possibilité de déclencher une clause de sauvegarde (…)”

3′35″ : “Je ne crois pas que l’on puisse établir le dogme du protectionnisme ou celui du libre échange, en réalité il faudrait s’adapter aux circonstances (…)”

Le cas Zemmour, par Caroline Fourest

Publié le 5 avril 2010 par David | Catégorie Revue de Presse, Réflexion.

Nous discutions des propos d’Eric Zemmour lors des “sujets libres” de notre dernière réunion de section. Parmi la foule d’articles plus ou moins bons publiés sur le sujet, l’analyse de Caroline Fourest me semble être l’une des plus justes et des plus constructives. Le rappel de “casier médiatique” de Zemmour en dit long sur le personnage

” Les petits calculs d’Eric Zemmour ”

Article de Caroline Fourest publié dans Le Monde du 27 mars 2010 :

Caroline Fourest” Eric Zemmour vient d’expérimenter une loi cardinale en matière de dérapages : l’accumulation. Comme pour Georges Frêche, le tollé soulevé par ses propos n’est pas dû à la pire de ses déclarations, mais à celle de trop : « Les Français issus de l’immigration (sont) plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. »

Par certains aspects, cette pharse rappelle la polémique soulevée par Renaud Camus. A l’époque, le goût douteux pour la comptabilité ethnique consistait à compter les journalistes juifs sur une station de radio. Quant à Georges Frêche, son truc serait plutôt de compter les footballeurs noirs.

Dans les trois cas, plus l’émotion est grande, plus nos valeureux statisticiens sont sûrs d’engranger des soutiens parmi les amateurs d’évidences chiffrées et de francs-parlers. Ben quoi, c’est pas vrai ? Il y a beaucoup de Noirs dans l’équipe de France, beaucoup de juifs dans les médias et beaucoup d’Arabes et de Noirs dans les prisons ! Alors quoi, on peut plus rien dire ?

On peut. Mais tous les racismes commencent ainsi. Le problème réside moins dans la mentalité racialiste et comptable de ces raccourcis que dans leurs « non-dits » : les fantasmes qu’ils suggèrent.

Oui, il y a de nombreux joueurs noirs en équipe de France. Mais pourquoi le relever ? Si ce n’est pour sous-entendre qu’un joueur noir ne représente pas aussi bien la France qu’un joueur blanc. Oui, de nombreux journalistes de talent sont juifs. Mais pourquoi le relever ? Si ce n’est pour sous-entendre que le fait d’être juif – et non le fait de venir de familles diasporiques misant sur la culture – favorise la vocation médiatique ?

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