Quant au concept de NATION, il a pris corps au XVIII siècle et recouvre deux idées fondatrices de la République naissante de 1792. La Nation c'est l'association de deux concepts : le premier considère que le Peuple est un acteur politique, le second nous dit que ce peuple est détenteur légitime de la souveraineté. On peut donc aisément conclure qu'une Nation est un peuple composé d'individus égaux détenant légitimement une souveraineté. Par conséquent, on peut donc affirmer que la Nation est un projet politique.

Etant bien entendu que nous tenons pour acquis les définitions précédentes, nous pouvons affirmer que le concept politique de la Nation n'a strictement rien à voir à la géographie (pays, territoire), la culture, la langue et autres religions.

Il devient évident que l'identité n'est donc pas un outil de référence socio culturel qui permet aux individus de se définir les uns par rapport aux autres en fonction de leur peau, religion, langues, mais un principe politique d'égalité au sens propre du terme.

Or au cours du XIXème siècle, le mot identité et Nation ont subi une transformation qui a donné un sens commun tout autre. La Nation est devenue le pays dans ces frontières ou flotte le drapeau et l'identité une référence culturelle à des canons sociaux (identité religieuse, culturelle, linguistique…). L'identité n'est plus associée à l'égalité mais à la différence. La Nation n'est plus le peuple souverain mais un sol. Comment en est on arrivé à cette affligeante régression ?

La Nation fait peur à la bourgeoisie naissante du XIXième et elle n'aura de cesse de la combattre. Le principe d'égalité contenu dans le concept de Nation s'oppose au principe de liberté de l'individualisme méthodologique d'Adam Smith et sa fameuse main invisible régulateur du marché ("Richesses des Nations" 1777) qui sera à la base du système économique au XIXième. Après avoir remplacé l'égalité par la liberté, il est indispensable, pour la bourgeoisie de l'époque, de territorialiser le concept de Nation afin de diviser les masses laborieuses. La Nation devient alors le sol des origines culturelles et religieuses. Elle devient, alors, un simple pays protégés par des frontières qui vont mettre à l'abri les intérêts des capitaux de la bourgeoisie. Ce qui fera dire à Marx et Engels, dans le "Manifeste du parti Communiste" que le prolétariat n'a ni Nation ni Patrie. Maurice Barres et tous les antidreyfusards de la fin du XIXième vont alors pervertir cette idée maîtresse de la révolution française. On parle alors d'identité nationale et culturelle, de la France rurale et éternelle… Les forces réactionnaires iront jusqu'à établir une date précise à la création de la Nation française, le sacre et le baptême de Clovis le 21 septembre 496 en opposition avec le jour anniversaire de la Première République (21 septembre 1792).

Pour nous, socialistes, qui sommes internationalistes, l'identité nationale veut tout simplement dire que tous les hommes sont égaux et qu'ils composent une entité, le peuple, détenteur d'une souveraineté qui est partagée avec tous les corps constituants cette entité : l'individu, encore appelé citoyen. La Nation n'a pas de frontière, elle n'a pas de religion, elle ne parle pas une langue, elle n'a pas une histoire culturelle. La Nation n'est pas exclusive, elle englobe et se nourrit des différences, elle est par essence généreuse. Là réside le principe politique de la Nation : une et indivisible. Une car il ne peut exister qu'un peuple souverain, et, indivisible car elle englobe et reconnaît les individus comme uniques et égaux.