Ils se sentent envahis par les Maghrébins et les Noirs, et le diront dans les urnes, avec fracas, le 22 avril. Dans le quartier de la gare de Creil, ces "petits Blancs" – retraités, employés, ouvriers – montrent dans la rue les jeunes des "cités" au volant de voitures de sport, évoquent les "kebabs" qui se multiplient dans la ville, parlent des émeutes de 2005, des insultes antifrançaises, de l'insécurité… Cinq ans après avoir voté pour Jean-Marie Le Pen, la plupart sont prêts à recommencer, parce que "rien n'a changé".
(...)
Le vote de ces électeurs n'est pas idéologique. Derrière leur suffrage probable pour le Front national, transparaît un sentiment d'humiliation quotidienne face à des jeunes des cités qui les effraient. "C'est pas un problème de race,mais d'attitude. Comment on peut intégrer quelqu'un qui ne veut pas l'être et qui ne fait rien comme vous? Moi, je suis immigré et j'ai toujours considéré qu'en tant qu'étranger je devais rester discret. Les jeunes d'aujourd'hui n'en ont rien à faire", se désole Mirko Andrijevic, ouvrier de 60 ans, devenu français il y a quinze ans. Lui aussi a voté pour Le Pen en 2002.
(...)
Nicolas Sarkozy a beau se flatter d'avoir mis fin à l'augmentation de la délinquance, peu d'habitants le croient à cause du décalage entre des statistiques officielles, a priori suspectes, et leur vécu. "L'insécurité c'est comme le chômage, ils truquent les chiffres. Moi, je suis au chômage depuis un an mais dispensé de recherche d'emploi parce que je suis trop vieux. Ça veut dire que j'apparais pas dans les statistiques du chômage. C'est pareil pour l'insécurité", souligne Mirko Andrijevic.
(...)
Jean-Marie Le Pen n'a pas besoin de parler ou d'apparaître dans les médias. Ceux qui sont susceptibles de voter pour lui ne suivent pas sa campagne : sans l'écouter, ils ont retenu depuis longtemps son message sur la défense des Français et le rejet de la classe politique actuelle. Un ressentiment qui frappe plus durement la gauche, accusée de privilégier les immigrés sans papiers et de se désintéresser de leurs difficultés de "pauvres Français". Le silence est d'or pour Jean-Marie Le Pen.
(extrait d'un article du monde)