Grenelle de l'insertion à Nice
Par Céline, lundi 11 février 2008 à 10:46 :: Politique à Nice :: #300 :: rss
Le 8 février dernier se tenait à Nice une rencontre du grenelle de l'insertion, avec pour programme de la matinée, l'illettrisme.
Cette matinée, très dense en interventions (trop dense), mérite malgré tout un petit compte rendu car la situation de l'illettrisme est particulièrement inquiétante. Par ailleurs, il ne faut pas compter sur Nice Matin pour relater clairement le déroulement de cette matinée. En effet, nous pouvions regretter l'absence de Martin Hirsch et de Christian Estrosi, retenus par le Président de la République qui annonçait à la presse le plan pour la banlieue, préférant faire le choix de la communication plutôt que de l'insertion, pour reprendre les mots de Pascale Gérard, Vice-Présidente du Conseil Régional, chargée de la formation professionnelle qui a fait la présentation du plan régional de prévention et de lutte contre l'illettrisme et a été à cette occasion fortement applaudie par l'assistance.
Ils étaient cependant là l'après-midi pour signer la convention permettant le test du RSA (revenu de solidarité active).
Mais revenons sur la situation de l'illettrisme avec une définition et quelques chiffres forts.
L'illettrisme est la situation des personnes qui ont été scolarisées en France mais qui n'ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l'écriture et des compétences de base pour être autonomes dans des situations simples de la vie courante.
En France, 3,100 millions de personnes sont concernées, soit 9% de la population âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France.
- On constate une forte proportion des plus de 45 ans alors que seulement 5% des jeunes sont dans cette situation. Cela montre que l'illettrisme peut survenir au cours de la vie active.
- Seulement 10% des personnes en situation d'illettrisme vivent dans les zones urbaines sensibles. Mais le taux d'illettrisme y est 2 fois plus important , d'où l'importance de prendre en compte cette situation dans les politiques de développement social urbain.
- Plus de la moitié des personnes ont un emploi. Cette situation concerne donc fortement l'entreprise et la formation professionnelle.
- Enfin, 26 % des allocataires du RMI sont en situation d'illettrisme. Ce qui fragilise encore plus cette population et nécessite d'intervenir en urgence auprès d'eux.
L'illettrisme, sans forcément être synonyme d'exclusion, peut isoler fortement et freiner l'insertion sociale, l'accès à l'emploi et réduire fortement l'autonomie des personnes touchées. D'où l'importance d'agir à tous les âges de la vie
Dès la petite enfance, il faut anticiper et préparer l'entrée dans la culture écrite. Ensuite, l'école maternelle joue un rôle très important pour réduire les inégalités. L'implication des parents est indispensable mais parfois difficile. Le tissu associatif joue alors un rôle important pour aider les parents à aller sans crainte à l'école. Leur travail doit s'effectuer en collaboration avec l'éducation nationale pour être efficace.
Par ailleurs, il est nécessaire de repenser le système d'évaluation aveugle selon Alain BENTOLILA, Professeur à l'université Paris 5, et cesser de laisser passer des élèves en classe supérieure lorsqu'ils n'ont pas acquis les compétences requises.
Pour les jeunes en difficulté,sortis du système scolaire, des dispositifs existent, notamment à travers les missions locales. L'enjeu, de taille, est de leur faire retrouver une nouvelle envie d'apprendre, à partir de leurs centres d'intérêt et en travaillant sur l'estime de soi, qui souvent est très bas.
Enfin, il faut former tout au long de la vie et sécuriser les parcours professionnels. En effet, si l'illettrisme est un frein à l'insertion, il est également un problème professionnel. L'enjeu est de sensibiliser les entreprises à l'importance de la formation de base et de fournir aux entreprises impliquées dans la formation, des moyens d'agir, en repérant les salariés en difficulté et en les aidant à construire des parcours de formation adaptés comme un perfectionnement en rapport avec des situations de travail, pour être mieux accepté par des salariés qui redoutent un "retour à l'école".
Lors des interventions, la question du repérage des personnes en situation d'illettrisme a été abordée. En effet, il n'est pas évident d'avouer ses difficultés. Un énorme travail de repérage est à effectuer pour amener les personnes vers la formation. Mais la question des moyens financiers est également posée. Francis LAVOINE, Directeur du département de lutte contre l'illétrisme à la Fondation des caisse d'épargne pour la solidarité, après la présentation de son dispositif "savoirs pour réussir" qui concerne 700 personnes en situation d'illettrisme accompagnés par 400 bénévoles, expliquait à ce propos qu'il faudrait dans certains départements près de 150 ans pour prendre en charge l'ensemble des personnes touchées.
Le grenelle de l'insertion a notamment pour objectif de repenser les politiques d'accompagnement des personnes en difficultés. Mais que pourra-t-on faire sans moyens supplémentaires ?
La lutte contre l'illettrisme ne peut être clamée comme une priorité nationale lorsque la volonté du gouvernement est de réduire les effectifs dans l'éducation nationale et que l'insertion repose de plus en plus sur le bénévolat.
Information niçoise
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