LES 35 HEURES ONT 10 ANS
Par Bob, lundi 19 mai 2008 à 10:59 :: Débats :: #357 :: rss

Libération revient ce matin sur l'une des lois majeures du gouvernement de Lionel Jospin. Souvenir, souvenir...
Dix ans déjà. Le 19 mai 1998, l’Assemblée nationale votait la première loi Aubry, fixant «la durée légale du travail effectif» à 35 heures par semaine au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés.
Deux législatures et quatre lois plus tard (une pour les généraliser et trois pour les assouplir), les 35 heures sont devenues la référence pour tous les salariés, et une réalité pour plus de la moitié d’entre eux. Les enquêtes montrent qu’ils en sont plutôt contents, et ceux qui ne le sont pas regrettent surtout qu’elles soient mal appliquées dans leur entreprise.
Les salariés n’imagineraient pas revenir aux 39 heures. Quant aux patrons, au-delà des déclarations de principe, ils ne sont en général pas très chauds pour dénoncer des accords souvent difficilement négociés, qui leur ont aussi apporté de la souplesse avec l’annualisation du temps de travail.
Les 35 heures sont en dix ans entrées dans la vie quotidienne des Français. Cela n’empêche pas la droite de les brandir en épouvantail, de dénoncer en elles la cause de tous les maux de l’économie française. Elle aurait tort de se priver : en face, la gauche n’assume pas. Pire, elle a honte.
Rares sont ceux qui comme Pierre Larrouturou, délégué du PS pour les affaires européennes et militant de la semaine de quatre jours, sont prêts à batailler pour expliquer que c’est une valeur de gauche, que cela ne plombe pas l’économie, et que la réduction du temps de travail (RTT) va dans le sens de l’histoire. «On dirait que les socialistes en ont honte», assure-t-il.
Pour les autres, on trouve à gauche deux catégories: ceux qui tiennent à rappeler qu’ils n’ont jamais été vraiment pour, et ceux qui veulent tourner la page. «Au PS, c’est le bal des faux-culs», constate, amer, le député socialiste de la Nièvre Gaëtan Gorce, qui fut à l’Assemblée nationale le rapporteur des lois Aubry. A six mois du congrès socialiste, l’abcès des 35 heures n’est toujours pas crevé.
Les «contre»
Les 35 heures, Laurent Fabius n’en a jamais été un chaud partisan. Il y a eu «de sérieux problèmes d’application», reconnaissait-il en 2002, après la défaite de Lionel Jospin à l’élection présidentielle. Lequel, confiait récemment François Hollande, n’aurait «jamais cru à la RTT» et aurait accepté de la mettre en place en 1997 «pour faire plaisir aux militants». Quant à Ségolène Royal, elle a souvent reproché aux 35 heures d’avoir «un peu plus dégradé les conditions de travail des travailleurs pauvres» et a défendu plus que mollement lors de sa campagne la position officielle du PS sur la généralisation des 35 heures.
Ceux qui veulent oublier
«Les Français considèrent que c’est la deuxième réforme la plus importante des dernières années», a déclaré hier Martine Aubry sur Canal +. Sans trop s’étendre. Car ce que la maire de Lille souhaite avant tout, c’est tourner la page, et faire oublier «la dame des trente-cinq heures», étiquette qui lui colle à la peau depuis la publication sous ce titre d’un ouvrage assassin. Quand le sujet revient sur le devant de la scène, elle préfère laisser ses proches s’en expliquer, notamment son directeur de cabinet Jean-Marc Germain qui fut de 1998 à 2001 au ministère de l’Emploi l’artisan de la mise en œuvre de la RTT.
Au PS, visiblement «on préfère parler d’autre chose», note la journaliste Sophie Dufau, dès les premières lignes du livre qu’elle vient de publier sur le sujet. Même ceux qui assument les deux lois de 1998 et 2000 ne cachent pas leur lassitude. «Avec mes collègues Alain Vidalies et Jean-Yves Le Bouillonnec, on a souvent eu l’impression d’être les seuls à défendre ce qui reste un des grands acquis sociaux de ces dernières années, se plaint Gaëtan Gorce. Il n’y a que si la droite veut remettre en cause la durée légale qu’ils se bougeront.» Et il n’a lui aussi qu’une envie: en finir avec ce débat sans cesse relancé par la droite.
Ceux qui se battent encore
Pour aller plus loin, continuer à défendre la généralisation des 35 heures, assurer le service après-vente et expliquer que les gains de productivité ont été tels ces dernières années que les 35 heures n’ont aucun impact négatif sur la compétitivité, il en reste au moins un: Pierre Larrouturou. «Quand je débats avec des militants socialistes, ils sont d’accord avec moi : nous n’avons pas à avoir honte des 35 heures», assure-t-il. Mais à part Michel Rocard, il est parmi les personnalités socialistes sans doute le seul qui soit prêt à refaire de la réduction du temps de travail un cheval de bataille du Parti socialiste.
FRANÇOIS WENZ-DUMAS
Information niçoise
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