Pétrole : Nous sommes des enfants gâtés
Par Hervé, mercredi 28 mai 2008 à 12:16 :: Environnement :: #379 :: rss

Après les débats de samedi dernier et, plus généralement, ceux que nous organisons régulièrement sur ce thème qui est la marotte de Yann, rien n'est à enlever de ce que raconte Jean-Marc Jancovici dans l'interview qu'il a donné à Libération.
Aujourd'hui se lance le débat sur la fiscalité du pétrole. Le contexte, c'est l'injustice de la flambé spéculative du brut qui fait le bonheur de Total et qu'il faudra prendre en compte. C'est aussi les drames que peuvent vivre certains professionnels dans l'impossibilité économique de se défaire du gazoil seuls et que les mécanismes de redistribution devront soulager.
Mais le contexte, c'est surtout cette révolution culturelle, industrielle et sociétale à mener impérativement, non pas pour la planète que nous laisserons aux générations à venir comme c'est trop souvent seriné en minimisant l'urgence de l'enjeu, mais simplement pour la survie économique de nos sociétés et de leurs capacités à assurer une justice sociale. Il faut insister sur le très court terme dont il s'agit : puisqu'on parle maintenant de quelques dizaines d'années avant la fin des énergies fossiles, la situation sera dramatique dans les années à venir, en commençant par les plus faibles d'entre-nous, et ce ne sont pas les marins pêcheurs qui diront l'inverse.
Jean-Marc Jancovici est consultant, spécialiste des questions d’énergie et de pétrole. Membre du comité de veille écologique de la fondation Nicolas Hulot, ce polytechnicien a participé au groupe «climat» du Grenelle de l’environnement. Avec Alain Grandjean, il a publié en 2006 Le plein, s’il vous plaît ! (Le Seuil), un ouvrage iconoclaste et instructif sur la dépendance au pétrole.
On pourrait presque dire qu’il est gratuit ! Dans notre système économique, on ne compte que le travail humain. Le prix de l’énergie, pour nous, ce n’est que ce qu’on paie à ceux qui extraient, transforment et distribuent une ressource qui était déjà là. Mais on ne paie pas le prix de la constitution de cette ressource. Le contenu énergétique d’1 litre d’essence, c’est le même contenu énergétique que le travail de 10 à 100 personnes sur un jour ! Quand on va devoir produire cette même énergie «à la main», par exemple avec les renouvelables - des énergies très diffuses et moins performantes -, on va voir la différence.
Le problème, c’est qu’en France, on a perdu vingt-cinq ans parce qu’on a cru, après le contre-choc pétrolier, que l’énergie allait rester à bas prix pour l’éternité. On a été nombreux à annoncer la crise actuelle, mais tout le monde s’en foutait !
Y a-t-il une alternative ?
Pas dans les délais impartis.
Et que devient le prix de l’énergie si on ne fait rien ?
Il monte. Mais il ne faut pas le laisser monter tout seul, car ça prend les gens au dépourvu. Si on fait des investissements, on ne va pas les changer tous les trois mois au gré des flambées. Autre problème, si on laisse le prix du pétrole monter tout seul sur le marché, ça va devenir rentable de faire du charbon. On aura donc une énergie chère et un problème de CO2. L’addition, derrière, c’est un bain de sang : récession, émeutes, guerres…
Quelle est la solution ?
Monter artificiellement le prix de l’énergie à la consommation, via la taxation. Ainsi, au lieu de voir l’argent partir chez les autres, il reste chez nous (et on le réinjecte dans la formation, de nouveaux investissements, etc.). En plus, cette hausse des prix dissuadera les gens de consommer...
Vous désapprouvez donc les aides sectorielles ?
Plus on cède à la démagogie et plus dure sera la chute ! Les pêcheurs sont en train de vivre à petite échelle ce qui nous attend tous, quand on sera pris en tenailles entre la raréfaction des ressources naturelles et le carburant plus cher.
Ce qu’il faut faire, c’est créer les conditions dans lesquelles les professions touchées peuvent répercuter les prix sur le consommateur.
Vous ne pouvez pas nier qu’il existe un vrai problème de pouvoir d’achat…
Le train que nos gouvernants ne voient pas passer aujourd’hui, c’est celui de la raréfaction des ressources naturelles, laquelle va forcément impacter les prix. Vouloir augmenter le pouvoir d’achat, c’est un leurre. Comme tout dépend de l’énergie, le pouvoir d’achat va probablement se mettre, dans pas si longtemps, à décroître de manière structurelle, et la bonne question ne sera pas de savoir comment on distribuera les sucettes supplémentaires, puisqu’il n’y en aura pas, mais comment on sauvera la paix et la démocratie dans ce contexte - si cette décroissance se ponctue d’épisodes genre 1929. On vit à crédit. Tout ce que nous consommons aujourd’hui est une facture qui sera réclamée à nos gosses. Les gens ne se rendent pas compte, on est des enfants gâtés !
La crise actuelle n’est-elle pas l’occasion d’une salutaire prise de conscience ?
Si le pic de production mondiale de pétrole est en 2015, voire 2012 comme le prédisent certains experts, il est trop tard pour réagir.
Information niçoise
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