Tout se passe en effet comme si les leçons de 2005 n’avaient pas été retenues, et que les mêmes causes risquaient de provoquer, en Irlande cette fois, les mêmes effets. Les mêmes causes, c’est-à-dire un traité incompréhensible et en tout cas mal expliqué, des institutions illisibles, et un déficit démocratique évident. Et, pour un petit pays comme l’Irlande, la crainte de disparaître dans un vaste ensemble technocratique. Tout cela s’exprime de manière confuse, parfois incohérente, mais le trouble est bien là.

Si le "oui" est vainqueur ce jeudi, les dirigeants européens estimeront que la raison l’a emporté, et passeront à autre chose. Ils auraient tort, car ce problème continuera à se poser à une construction européenne qui a perdu en route les peuples qu’elle est censée servir. On peut être en faveur de la construction européenne et trouver qu’elle doit renouer le contact avec les citoyens - sous peine de voir ressurgir, à la première occasion, cette défiance populaire.

Si c’est le "non", c’est Nicolas Sarkozy qui se trouvera en première ligne. D’abord parce qu’il a été porteur de ce traité dès la campagne électorale. Mais surtout parce qu’il assume, dès le premier juillet, la présidence tournante de l’Europe. C’est lui qui devra faire face à la crise que déclencherait le refus des Irlandais.

Dans les deux cas, la France ne devrait pas sous-estimer le message de doute provenant d’un pays qui est l’une des plus belles réussites de l’histoire récente de l’Europe. Un message qui mérite mieux que les rodomontades du ministre des Affaires étrangères.

Pierre Haski