La Droite étouffe la recherche et notre avenir
Par Hervé, lundi 30 juin 2008 à 16:23 :: Débats :: #409 :: rss

Aujourd'hui, c'est le tour du CNRS d'être la cible du gouvernement. La presse en parle, mais elle a la mémoire courte. Les journalistes oublient que la droite, depuis l'avènement de l'idéologie libérale, n'a de cesse de vouloir contrôler la recherche publique et, en particulier, de tuer le CNRS.
La courbe à gauche (cliquez dessus pour la voir) montre l'évolution du budget de la recherche publique année par année, gouvernement par gouvernement. Dans les 20 dernières années, les seules phases de croissance du budget de la recherche sont dues aux gouvernements de gauche. C'est tellement systématique que ça en est caricatural, et on entend encore Sarkozy ou Précresse mentir impunément en disant que la recherche est leur préoccupation numéro 1, que c'est l'avenir de la France.
Oui, la recherche est l'avenir de la France, en particulier la recherche fondamentale, mais la droite a une telle soif de contrôle qu'elle massacre notre avenir.
Dans la suite, une tribune écrite dans "le Patriote" pour un dossier sur le sujet, en essayant d'avoir un regard local, notamment sur l'avenir de l'Université de Nice - Sophia Antipolis dans la séquence actuelle où d'une part l'Etat choisi les sites où il mettra l'université à niveau et, d'autre part, où Estrosi a abandonné notre Université qui s'enfonce vers un déclassement probable.
L’avenir de la recherche
opinion d’Hervé Rivano, chargé de recherche au CNRS (1)
vendredi 13 juin 2008 / "le Patriote"
Le projet de réforme du CNRS prévoit la restructuration du CNRS en Instituts et d’en écarter les sciences de la vie et l’informatique. Quel impact éventuel sur les structures et personnels existants dans les Alpes Maritimes ?
Je peux parler principalement de la situation de l’informatique, ne serait-ce que parce que l’émiettement géographique des unités de recherche et d’enseignement rend difficile les contacts entre chercheurs (et je suppose enseignants/chercheurs aussi) qui ne collaborent pas au quotidien. C’est un mauvais point de la situation actuel que la réforme du CNRS va malheureusement amplifier de manière fort inquiétante. La situation de l’informatique est par ailleurs singulière dans notre département du fait de Sophia Antipolis, technopole mondiale adossée à l’un des pôles de compétitivité les plus important de France sur les « solutions communicantes sécurisées ». Autrement dit, le bassin de Recherche&Développement industriel et d’emploi qualifié, ainsi qu’une forte part de la recherche est, ici, centrée sur les Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication (STIC) et devrait y associer les mathématiques (la cryptographie est un domaine où les mathématiques sont reines), les sciences sociales (quant aux usages des réseaux : s’il s’agit de « solutions » c’est qu’un « usage » social existe), les sciences du vivant (les bio-capteurs communicants étant une perspective plus qu’importante), etc.
Malheureusement les STICs représentent déjà 4 ou 6 acteurs d’enseignement et de recherche (l’Université sur Sophia Antipolis et Nice, le CNRS sur deux laboratoires séparés, et Eurecom, l’INRIA). A cela se rajoute un éclatement des sciences du vivant sur de nombreux sites, les sciences sociales à Carlone et les mathématiques à Valrose. Comment faire collaborer tous ces acteurs sans des structures qui nous coiffent tous ?
Le CNRS, par son aspect « omni-disciplinaire » remplit cette fonction avec plus ou moins de difficultés. En sortant l’informatique et la biologie du CNRS, puis en segmentant à l’intérieur du CNRS en divers institut, la réforme organise l’incapacité de nos organismes de recherche à envisager les mutations sociétales, technologiques et industrielles du futur.
Pour la recherche comme pour les universités, les projets en cours prévoit des recours accrus aux financements privés (fondations, entreprises…..) Quelles conséquences sur les travaux de recherche et les personnels ?
Bien évidemment les fondations orientent les recherches. Attention cependant à ne pas stigmatiser certains outils trop rapidement. Comme l’ANR, les fondations peuvent avoir un rôle positif, ne serait-ce que parce que l’objectif poursuivit par une fondation donnée semble pertinent à des donateurs qui en deviennent plus généreux que par un autre moyen. Quand on travail, par exemple, sur le cancer, les fondations spécialisées sur le cancer sont des soutiens importants. C’est aussi le danger de cet outil : si l’on ne travaille pas sur le sujet (où si l’on ne sait pas que son travail sera important pour ce sujet), on ne bénéficie pas des fondations qui sont, par nature très restrictives. On sait pourtant que les plus grandes avancées scientifiques se font par ruptures, c’est à dire sans qu’on s’y attende et, souvent, alors qu’on poursuivait un objectif très différent de celui atteint in fine. Cela, les fondations sont incapables de le prendre en compte. Elles peuvent, sur des sujets précis, soutenir un effort de moyen terme en finançant des recherches plus ou moins incertaines mais restant néanmoins bien identifiées et focalisées.
En ce qui concerne le financement direct par une entreprise, étant donnés les impératifs que subit une entreprise, il ne permet de financer que des projets à très court terme pouvant induire un gain de compétitivité ou un marché supplémentaire. Il s’agit donc plus de développement qu’autre chose. Le financement par l’ANR (et l’Europe qui fonctionne sur des bases proches) permet de faire aboutir des recherches à cinq ans. C’est de la R&D en somme.
Un soutien « de base », comme celui que peuvent distribuer des établissements publics de recherche, est le seul moyen de mener des recherches incertaines, dans des voies non balisées, d’aller voir ce que personne n’a pensé regarder jusqu’à présent. Bref, l’essence de la recherche fondamentale, et la négation même de ce qu’est un contrat d’objectif.
C’est pourtant cette recherche que l’Etat doit subventionner massivement puisque les entreprises ne peuvent structurellement pas le faire et puisque ce sont les fruits de ces recherches qui seront les fondements des progrès futurs de nos économies, de nos sociétés et de l’humanité.
L’Etat vient de rendre publique une liste de 6 universités retenues pour le « plan campus ». Cela contribue à institutionnaliser la dualité entre « université d’excellence » et « université de proximité ». Nice n’y figure pas. Au delà de la critique globale de cette démarche de dualité, quelles conséquences ?
L’absence de Nice dans la liste des universités que le ministère daigne mettre à un niveau décent est le signe de sa relégation future au niveau, au mieux, d’université de seconde zone dont les étudiants brillants devront partir pour obtenir des diplômes leur assurant un avenir, au pire, de centre d’éducation jusqu’au niveau Licence.
C’est très paradoxal étant donné la présence de plusieurs pôles de compétitivité importants dont celui sur les « solutions communicantes et sécurisées » d’envergure mondiale. Mais en fait cela doit nous éclairer sur la vision qu’à le ministère des universités, au delà du discours sur l’autonomie : l’Université de Nice ne sera pas un opérateur majeur de l’écosystème enseignement, recherche, développement, industrie présent à Sophia Antipolis.
La seule alternative alors pour l’université est soit de végéter et régresser, soit de s’allier. Après, qu’il s’agisse d’Aix/Marseille, de la Corse ou de la Ligurie, c’est une autre histoire, même si une université trans-frontalière est à la fois excitante d’un point de vue Européen et effrayante techniquement parlant.
(1)Chargé de recherche au CNRS (http://www.inria.fr/sophia/members/Herve.Rivano/) Militant socialiste, il est également animateur du site : http://www.nicemassena.org
Information niçoise
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