Crise financière : que doit proposer la gauche ?
Par Mathieu, jeudi 16 octobre 2008 à 15:04 :: Débats :: #474 :: rss

Hier après-midi à Science Po, avait lieu une conférence intitulée « Crise financière : que doit proposer la gauche ?», à l’initiative des premiers signataires de la motion C, Benoît Hamon et Henri Emmanuelli. Ayant eu la chance de trouver une place dans un amphi Leroy-Beaulieu en ébullition, je vous livre un modeste résumé de ce qui a été dit.
Trois économistes de renom avait répondu présent à l’invitation : Frédéric Lordon (directeur de recherche au CNRS), Jacques Sapir (directeur d’études à l’EHESS) et Bernard Maris (professeur à l’université Paris VIII).
Frédéric Lordon a pris la parole en premier pour nous livrer ses impressions sur la crise actuelle.
Il a tout d’abord rappelé l’ironie d’être invité par le PS pour évoquer les raisons d’une crise dont il est selon lui en grande partie responsable (déréglementations sous Bérégovoy), tout en soulignant que les signataires de la motion « Un monde d’avance » avaient été les plus critiques sur cette question depuis plusieurs années.
Cette crise est clairement celle du régime d’accumulation du capital et donc pas seulement une crise « financière ». Le chercheur s’en est pris au plan Sarkozy, véritable entreprise de refinancement des banques qui revient à créer une BCE bis sauf que ce financement aura un coût pour le contribuable et que sa ressource est plafonnée. Le risque majeur de cette entreprise est de transformer une crise des finances privées en crise des finances publiques.
F.Lordon a ensuite soumis à l’auditoire captivé une série de propositions :
- Interdire la titrisation dont les banques se passaient avant les années 1980
- Reprendre le contrôle des entreprises de bourses, éventuellement par nationalisation
- Créer une caisse de refinancement de la dette hypothécaire des ménages américains grâce à un cofinancement USA /UE.
- Mettre en place une politique monétaire anti-spéculative. Pour cela il convient de revoir le mandat de la BCE en dédoublant sa politique : un taux d’intérêt réel et un taux d’intérêt spéculatif
- La « démarchéisation » du financement de l’économie
- Une nationalisation définitive de certaines banques considérant que la crise avait prouvé l’impossibilité de confier un objet aussi vital pour la société à des intérêts privés.
Ce fut ensuite au tour de Jacques Sapir d’intervenir sur la question du libre échange.
Selon lui, l’absence de protections est en grande partie responsable de la crise actuelle car à l’origine de la stagnation des salaires dans le monde occidental, stagnation ayant entrainé entre autres l’insolvabilité des ménages américains. Au passage, il souligne que le nouveau prix Nobel Paul Krugman et auteur il y a quelques années de « la mondialisation n’est pas coupable », admet aujourd’hui la pertinence de cette thèse.
L’économiste s’étonne des accusations dont font encore l’objet les défenseurs des restrictions au libre échange tel que Benoît Hamon et regrette l’interdit religieux sur cette question. Il rappel donc que la crise de 1929 était avant tout due à l’effondrement du système des paiements et que l’absence d’entraves au commerce international n’avait pas empêché la Première guerre mondiale.
Selon lui, le retour à une forme de protectionnisme est absolument indispensable : « Il faut dire aux pays émergents : si vous allez vers des normes sociales et environnementales acceptables, alors nous baisserons nos tarifs douaniers »
Il conclut son intervention par un pronostic pour le moins pessimiste : « Si les plans mis en place ne suffisent pas, nous irons tout droit vers une crise monétaire à cause de la dette américaine qui risque de faire plonger le dollar »
L’intervention de Bernard Maris (beaucoup plus courte, l’IEP n’ayant finalement accordé que deux heures au lieu de trois aux intervenants) s’est articulée autour d’une problématique plus politique. Pour lui, il y a là une véritable opportunité pour la gauche à se saisir de ces enjeux, mais si elle ne le fait pas, la droite serait bien capable de rafler la mise par un tour de passe passe.
Henri Emmanuelli a ensuite pris la parole brièvement. Il considère que le plan Sarkozy n’apporte rien et constitue un risque important pour nos finances publiques, avouant qu’il a été tenté de voter non.
Benoît Hamon a conclu la séance par un retour sur l’optimiste incroyable de la droite et des médias depuis deux jours pour un plan qu’il a qualifié de « Loi d’amnistie qui efface la dette de jeu sans changer les règles ». Concernant le congrés, il a répété que "rien ne serait pire pour le PS que son action se confonde avec celle de ceux qui veulent renflouer un système, sauver un monde qui s’éteint inexorablement".

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