Benoît Hamon, un Sarko de gauche ?
Par Stéphane, vendredi 24 octobre 2008 à 18:06 :: En campagne :: #485 :: rss
Par Malakine. César du meilleur espoir masculin au Parti socialiste, Benoît Hamon a tout pour plaire : nouveau, différent, énergique, «décomplexé»… Il ira loin. Et vite. Ça ne vous rappelle rien?
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Quelques extraits:
Ce qui surprend ensuite, c'est la vigueur du discours. Il n'a pas tort d'afficher une « gauche décomplexée ». Il aurait pu aussi bien parler de rupture ou promettre qu'avec lui tout serait possible, tant le parallèle avec Sarkozy saute aux yeux. Même énergie, même physique nerveux (en nettement plus avantageux, tout de même), même jeunesse, même maîtrise des médias, même emphase... et même stratégie !
Contrairement à ses collègues, Hamon ne dénigre ni le parti, ni ses concurrents. Pas besoin. Il parle au nom de tous. La vraie gauche, c'est lui. Le seul en capacité de rassembler toute la gauche, c'est lui.
Il réactualise le logiciel de gauche classique en affirmant dans une forme exacerbée l'idéal d'égalité sociale, la redistribution fiscale, l'Etat providence, la taxation des riches, les libertés individuelles et la sécurité sociale. Tout en renouant avec la tradition de la première gauche tombée en déshérence, étatiste et interventionniste.
le projet baigne dans un vieux fond de sauce socialo-gauchisant et malheureusement fait l'impasse sur plusieurs questions majeurse de notre temps, comme s'il s'agissait d'échapper à un autre clivage.
La politique industrielle proposée par la motion Hamon est encore plus étonnante tant elle semble avoir été écrite par un conseiller de Vladimir Poutine (une influence de Jacques Sapir ?) Elle propose non seulement de constituer un fonds souverain à la française, mais de reprendre le contrôle sur les géants nationaux pour en refaire des locomotives du développement industriel et technologique. Et même de constituer un « Gazprom français »avec un pôle énergétique public composé de EDF, GDF, AREVA et même de TOTAL !
Le caractère novateur du texte doit également être tempéré par les impasses sur quasiment sur tous les sujets sensibles de l'époque : le vieillissement de la population avec ce qu'il implique en termes d'accroissement des dépenses (retraite, santé, dépendance) et de déséquilibres sociétaux, la question des banlieues, la réforme de l'administration territoriale, les défaillances du système éducatif, l'effondrement du niveau culturel de la population, la réforme institutionnelle de l'Europe après le rejet du traité de Lisbonne ou la politique étrangère de la France.
Benoît Hamon devra dire tôt ou tard s'il est un Chevènement moderne ou un Besancenot plus présentable. Il ne pourra pas être les deux à la fois.
Le Congrès de Reims s'annonçait comme un non évènement tant la perspective d'une nouvelle synthèse informe après fusion des deux motions centrales de Aubry et de Delanoë semblait inéluctable. Il allait finir de marginaliser Ségolène Royal et rejeter dans l'opposition la gauche du parti pour s'afficher comme moderne et modéré. Au final, tous les caciques de la mitterando-jospinie allaient rester au centre du jeu, sans que ne soit résolue ni la question du leadership, ni celle de la doctrine.
Cela, c'était avant la crise financière. Depuis quelques semaines, le vieux discours social-libéral-européen a pris un sacré coup de vieux. Les déclarations d'amour au libéralisme et les professions de foi de conversations à l'économie de marché, dont nous ont gratifié les leaders socialistes depuis un an et demi ont subitement révélé toute leur ringarditude.
Un espace s'est ré-ouvert pour une parole plus radicale et plus en phase avec la réalité de ce début de siècle. Et cette nouvelle donne a permis la réalisation de ce miracle auquel on osait même plus croire : Le PS a enfin accouché d'un nouveau leader charismatique, défenseur d'une doctrine revisitée en profondeur !
Benoît Hamon, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est la grande révélation de cette année politique. Dans n'importe quel pays européen « normal » il serait promis à une accession rapide aux responsabilités, à la manière d'un Blair ou d'un Zapatero. Il a tout pour plaire : un physique de gendre idéal, une décontraction naturelle, un franc-parler vif et percutant, de l'humour et, ce qui est encore plus rare... quelque chose à dire.
Lorsqu'on voit Benoît Hamon, comme à Parlons Net cette semaine, ce qui frappe, c'est d'abord l'impression d'avoir affaire à un véritable animal politique : fin et subtil dans un argumentaire parfaitement formaté pour l'ère de la vidéocratie, assassin dans les critiques, séduisant sur la forme, redoutablement déterminé dans son ambition. Il ira loin, c'est sûr.
Ce qui surprend ensuite, c'est la vigueur du discours. Il n'a pas tort d'afficher une « gauche décomplexée ». Il aurait pu aussi bien parler de rupture ou promettre qu'avec lui tout serait possible, tant le parallèle avec Sarkozy saute aux yeux. Même énergie, même physique nerveux (en nettement plus avantageux, tout de même), même jeunesse, même maîtrise des médias, même emphase... et même stratégie !
La gauche décomplexée
Sarkozy a émergé dans son camp en se posant comme l'anti-chirac : autant le vieux était consensuel et immobile, autant le jeune devait être clivant et hyperactif. Sa victoire électorale s'est ensuite construite sur une stratégie de débordement sur l'aile droite en reprenant une partie des thèmes de l'extrême pour mieux l'étouffer. Benoît Hamon fait de même : il clive, il bouscule les vieux équilibres, il organise le débat autour de ses thèses, il prétend assécher l'extrême gauche et les alternatifs en préemptant leur discours radical sur le partage salaire-profit ou la révolution écologique.
Mais il doit aussi rassembler, car à la différence de la droite, la gauche doit penser collectif. L'affirmation du leadership, si elle est nécessaire, doit aussi passer par une incarnation du collectif. Contrairement à ses collègues, Hamon ne dénigre ni le parti, ni ses concurrents. Pas besoin. Il parle au nom de tous. La vraie gauche, c'est lui. Le seul en capacité de rassembler toute la gauche, c'est lui.
Sarkozy a réactualisé le logiciel de droite en s'affirmant de la droite américaine, individualiste, inégalitaire, sécuritaire, occidentaliste, professant le culte de la réussite et du fric ostentatoire. Tout en renouant avec le verbe gaulliste, une tradition importante à droite mais tombée en déshérence. Hamon fait pareil : Il réactualise le logiciel de gauche classique en affirmant dans une forme exacerbée l'idéal d'égalité sociale, la redistribution fiscale, l'Etat providence, la taxation des riches, les libertés individuelles et la sécurité sociale. Tout en renouant avec la tradition de la première gauche tombée en déshérence, étatiste et interventionniste.
Après le schisme national de 2005, Sarkozy a tenté une synthèse du oui et du non, en incorporant dans son discours des éléments souverainistes et en utilisant la prose de l'un des meilleurs d'entre eux. Hamon tente aussi, sans le dire, cette synthèse du oui et du non. Le projet politique s'oppose violemment aux dogmes bruxellois sans pour autant remettre en cause l'idéal européen et le principe des transferts de souveraineté. Au contraire, il propose même de confier de nouvelles compétences à la communauté, en matière de normes fiscales, salariales et sociales. La synthèse sarkozyste visait à défendre un modèle d'Europe des nations libérales. Hamon nous propose une Europe fédérale socialiste.
Un monde d'avance ou un siècle de retard ?
Le discours de Sarko apparaissait nouveau car, pour la première, fois il osait briser le tabou français de l'égalité pour faire l'apologie du modèle anglo-saxon. Le doute sur Hamon est de savoir s'il incarne le retour d'une vieille gauche obsolète et déjà condamnée par l'histoire ou au contraire, comme il le prétend, «un monde d'avance»
L'examen attentif de sa motion (complétée récemment par les actes d'un colloque sur la crise financière) amène à une réponse contrastée : si l'influence des nouveaux théoriciens de « l'autre politique » est évidente, le projet baigne dans un vieux fond de sauce socialo-gauchisant et malheureusement fait l'impasse sur plusieurs questions majeurse de notre temps, comme s'il s'agissait d'échapper à un autre clivage.
Les éléments de rupture
La motion de Benoît Hamon propose deux ruptures fondamentales. Le projet est protectionniste et prône un retour au capitalisme d'Etat. La motion a d'ailleurs le tort d'amalgamer ces deux notions. Les militants socialistes sont peut-être culturellement plus enclins à croire en l'Etat qu'à la notion de frontières, fussent-elles commerciales, mais les notions de protectionnisme et d'économie dirigée ne vont pas nécessairement de pair. On peut, comme Jean-Luc Gréau, être protectionniste tout en étant libéral ou, comme Nicolas Sarkozy, être sensible aux charmes du capitalisme d'Etat tout en restant fidèle au credo du libre échange.
Le protectionnisme de Hamon apparaît d'ailleurs dans sa version allégée, celle qui reste enfermée dans le schéma de « concurrence libre et non faussée » pour rétablir l'équité de la concurrence en compensant par des taxes les dumping sociaux, environnementaux ou monétaires. Ce n'est pas le protectionnisme dans sa version pure et parfaite, celle prônée par Emmanuel Todd, qui en conteste le principe même, au nom de son effet déflateur sur les salaires et la demande globale. On en retrouve pourtant tous les effets attendus : hausse des salaires (en imposant leur indexation sur les gains de productivité), relocalisation des activités, équilibre des échanges.
La politique industrielle proposée par la motion Hamon est encore plus étonnante tant elle semble avoir été écrite par un conseiller de Vladimir Poutine (une influence de Jacques Sapir ?) Elle propose non seulement de constituer un fonds souverain à la française, mais de reprendre le contrôle sur les géants nationaux pour en refaire des locomotives du développement industriel et technologique. Et même de constituer un « Gazprom français »avec un pôle énergétique public composé de EDF, GDF, AREVA et même de TOTAL !
Le retour de l'Etat dans la vie économique s'exprime aussi de manière plus prévisible dans le domaine du logement, de la banque et naturellement des services publics.
Un vieux fond de sauce socialo-gauchisante
Malheureusement ces ruptures ne suffisent pas à fonder un nouveau modèle socio-économique. Les rédacteurs du texte sont largement restés dans le schéma antérieur social-libéral en exigeant à la fois plus de taxation des richesses et plus d'allocations pour les gens modestes. Pourtant, si on peut, comme le propose la motion, modifier l'arbitrage salaires-profit pour une société plus égalitaire, la redistribution n'aura plus lieu d'être une telle priorité.
Manifestement les auteurs n'ont pas su ou voulu choisir entre la réforme radicale, celle qui traite le mal à la racine par des actions structurantes (protectionnisme, politique salariale, contrôle de la finance, capitalisme d'Etat) et les traitements symptomatiques redistributifs (progressivité de l'impôt, rééquilibrage des assiettes fiscales, allocations).
Souvent la motion tombe dans une rhétorique facile du « toujours plus de droits» - jusqu'à inventer « un droit à vivre de son art » - conjugué à « y a qu'à prendre l'argent où il est ». On reste d'ailleurs souvent enfermé dans un schéma un peu trop binaire et manichéen, « le public c'est bien, le privé c'est mal »
On retrouve aussi dans ce texte les bons vieux marqueurs idéologiques de la gauche sociétale et libertaire : régularisation des sans papiers, relance de l'immigration, droit de vote des étrangers, développement de la parité, lutte contre les discriminations, mariage homosexuel et homoparentalité… Le texte pousse même les clichés jusqu'à tomber dans un féminisme qu'on espérait disparu en se plaignant que « les femmes assument toujours la plupart des tâches domestiques »!
Cette impressionnante surenchère dans le registre « une gauche vraiment à gauche » plaira sûrement aux vieux militants socialistes désireux d'en revenir à la pureté de leur combat de jeunesse. Ce n'est pas certain en revanche qu'il passe bien dans la population.
Un projet unidimensionnel
Le caractère novateur du texte doit également être tempéré par les impasses sur quasiment sur tous les sujets sensibles de l'époque : le vieillissement de la population avec ce qu'il implique en termes d'accroissement des dépenses (retraite, santé, dépendance) et de déséquilibres sociétaux, la question des banlieues, la réforme de l'administration territoriale, les défaillances du système éducatif, l'effondrement du niveau culturel de la population, la réforme institutionnelle de l'Europe après le rejet du traité de Lisbonne ou la politique étrangère de la France.
On aurait pourtant aimé savoir si la politique d'immigration doit être d'inspiration assimilationiste ou différentialiste, si l'enseignement doit être centré autour du savoir ou de l'élève, si la politique étrangère doit être ingérente et droit de l'hommiste ou respectueuse de la souveraineté des nations, s'il faut développer une Europe fédérale ou redonner aux Etats leur souveraineté.
Manifestement, les rédacteurs de la motion ont voulu éviter de créer un clivage entre les républicains et les libertariens, pour exclusivement se positionner sur l'axe droite-gauche, à l'extrême de celui-ci.
C'est dommage, car ce clivage existe et il est tout aussi puissant que l'autre. Benoît Hamon devra dire tôt ou tard s'il est un Chevènement moderne ou un Besancenot plus présentable. Il ne pourra pas être les deux à la fois.
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