Cette faible mobilisation redoutée favorise pourtant ceux qui sont soutenus par les grosses fédérations (Bouches-du-Rhône, Hérault pour Royal ; Nord et Pas-de-Calais pour Aubry, Paris et Bretagne pour Delanoë) ?

Au regard de notre dynamique, il serait scandaleux que dans ces fédérations nous fassions les scores ridicules que leurs barons nous promettent déjà, avant même le vote ! Si tel était le cas, cela pourrait faire chuter notre moyenne nationale de 5 à 10 points. Le choix militant ne peut pas être dérobé par trois ou quatre premiers fédéraux.

Vous craignez que la sincérité du scrutin soit altérée ?

Lorsque des « barons locaux » annoncent dans la presse des scores soviétiques pour la motion qu’ils ont signé, la sérénité du vote est évidemment mise en cause. On nous annonce déjà des chiffres qui n’ont aucune cohérence avec ceux que nous pourrions faire dans les autres fédérations. Mais nous ne laisserons pas passer et comptons bien être les premiers gardiens de la sincérité des votes. Depuis des années, il n’y a rien de neuf à la sortie des congrès socialistes. Et la direction appelle à chaque fois à la responsabilité et nous ressort la dramatisation infantilisante des enjeux ! À force de ne pas vouloir aborder le fond, on le touche collectivement. Et les postures de nos adversaires sont à l’opposé de la rénovation du parti demandée par les militants.

La crise financière influe-t-elle vraiment sur le congrès ?

C’est en train de changer et de prendre de plus en plus d’importance dans les débats, du moins chez les militants. De ce point de vue, les motions sortantes sont caduques, aujourd’hui, plus personne ne défend le libre-échange ni se prononce pour des alliances avec le MoDem. En public en tout cas.

Nicolas Sarkozy agit-il différemment de ce que ferait le PS dans la gestion de cette crise ?

Sarkozy fait preuve d’une grande schizophrénie en voulant faire croire au retour de l’Etat tout en continuant à privatiser la Poste et à supprimer l’ensemble des moyens garantissant le service public dans le même temps. Mais s’il peut dire ce qu’il dit maintenant sur la crise, c’est parce que nous n’avons pas su le dire avant. Il ne fait qu’occuper par les mots l’espace politique abandonné par le PS.

Le seul à s’être exprimé clairement hier comme aujourd’hui, sur les salaires, la maîtrise du libre-échange, les fonds souverains, c’est Benoît Hamon. La majorité sortante du parti n’est pas crédible pour s’opposer à Sarkozy. Sur l’ensemble de ces enjeux dans le contexte de crise sociale et financière que nous traversons, elle n’a tout simplement pas de ligne et aucune proposition.

Quel rôle votre motion peut-elle jouer au congrès ? La candidature de Benoît Hamon à la succession de François Hollande est-elle crédible ?

Hier, nous étions considérés comme la gauche du parti. Aujourd’hui, le contexte et notre orientation font de nous le centre de la gauche. Benoît Hamon est le seul dans ce congrès à avoir proposé une orientation politique qui fait converger sens et efficacité. Ce dont débattent de plus en plus les militants, ce n’est pas de l’augmentation de la productivité proposée par certains ou de nouvelles exonérations de « charges » proposées par d’autres, mais bien la maîtrise du libre-échange sauvage et généralisé, le retour de la démocratie dans l’économie.

Il serait quand même paradoxal que le parti soit dirigé demain par ceux qui ont voté la suppression de la fiscalité sur les stockoptions ou la dérégulation du marché de l’énergie et de la Poste.

Nous sommes les seuls à avoir abordé ce congrès de la façon la plus saine qui soit, en discutant avec tout le monde avant de faire le choix de déposer notre propre motion. Et quand on discutait avec les autres leaders, on nous répondait : « merci, mais je ne suis pas protectionniste ». Barack Obama est plus pragmatique qu’eux, il parle sans difficulté de restrictions au libre-échange dans son programme...Le monde change, partout les positions évoluent sauf dans la tête de ceux qui dirigent le PS depuis plus de 10 ans.

Nous ne sommes pas dans une démarche de témoignage. Qu’il s’agisse des signatures (plus de 10.000) ou de l’applaudimètre nous n’avons aucun complexe à avoir, bien au contraire. Nous sommes candidats à la direction et à l’animation du PS.

Mais si vous arrivez derrière les autres, comment prétendre à diriger le parti ?

Personne ne fera 50%. Je ne vois pas pourquoi celui qui fait 33% serait franchement beaucoup plus légitime que celui qui fait 30% ou même celui qui fait 25%. Benoît Hamon est le seul à avoir rassemblé sept contributions, il peut rassembler demain des socialistes venant de motions différentes. Enfin, contrairement à tous ceux qui ont déposé une motion et postulent au poste de 1er secrétaire, il est le seul à ne pas être candidat à la présidentielle. Ce choix-là aura lieu plus tard. Choisir Benoît Hamon, c’est aussi offrir une garantie démocratique aux militants qui dans leur grande majorité ne veulent pas trancher ce choix dès maintenant.

Enfin, il est le seul à pouvoir offrir au téléspectateur qui allumera son poste le lendemain du congrès de Reims un nouveau visage, une nouvelle ligne et un sentiment que le PS aura enfin changé...