Et vous, vous avez avalé beaucoup de couleuvres...

Mmoui... Mais aller dehors, pourquoi faire ? C’est la question que je me suis toujours posé, parce qu’on me la pose souvent. On est même parfois plus méchant en me disant que je sers d’alibi, de caution de gauche. Mais chaque fois que quelqu’un a voulu faire quelque chose en dehors des grandes formations politiques, ça n’a pas fonctionné. Regardez Chevènement, il a voulu sortir du PS, ça a donné quoi, le Mouvement des Citoyens ? C’est peut-être respectable intellectuellement, mais politiquement, c’est un député ou deux et encore, élus grâce au PS...

Si Ségolène Royal remporte le Congrès, sachant qu’elle veut travailler avec le Modem, que faites-vous ?

Je ne crois pas que Ségolène puisse gagner. Le problème de ce Congrès, c’est que personne n’aura la majorité. Ni Ségolène, ni Delanoë, ni Aubry, ni Hamon a fortiori. Pourquoi ? Parce que les trois premiers, pendant cinq ans, ont été dans la majorité du Parti. La majorité s’est coupée en trois et on demande pourquoi il n’y aurait pas de majorité...

Hamon premier secrétaire, est-ce possible ?

A priori, sur le papier, non. Sauf si, faute de pouvoir arbitrer entre eux, il fallait s’en remettre à un autre.

Ségolène Royal incarne-t-elle le renouveau du PS ?

Non, je ne pense pas. Son principal problème, c’est qu’elle n’est pas très politique. Moi, j’ai failli me réveiller entre les deux tours de la présidentielle avec un premier ministre de centre-droit, quand elle nous a annoncé que si elle était élue, elle mettrait Bayrou ! Je n’ai pas oublié. Il faut avoir de la mémoire, ne pas se laisser lessiver le cerveau. C’est une façon de faire de la politique un peu légère... Originale ? C’est vrai, c’est original de dire tiens, si demain la droite était la gauche, si demain le dessus était le dessous et le devant derrière !

Quant à dire que le PS l’a laissé tomber, non. On a organisé un meeting à Mont-de-Marsan, avec 15 000 personnes, du jamais vu. Elle m’a téléphoné un jour pour me dire qu’elle voulait que je sois dans un conseil politique. J’attends toujours qu’on le convoque... Et c’est nous qui l’avons laissé tomber ? C’est une façon pour elle de dire "ce n’est pas ma faute"...

Quand j’entends une candidate de gauche dire, comme la présidente du MEDEF, il faut réconcilier les Français avec les entreprises, je sursaute... Je pense que si elle a perdu les élections, c’est parce qu’il y a un paquet de gens de gauche qui n’ont pas voté pour elle. Elle a voulu en gagner à droite, elle en a perdu à gauche.

Ségolène élue, vous partez ?

Disons que ça me posera un gros problème. Compte tenu de mon ancienneté, je me reconnaîtrai le droit de réfléchir sérieusement.

Mais comment être prêt en 2012, il faut un chef ?

Il faut rester calme. Il restera trois ans. Il ne faut pas trois ans pour gagner une élection présidentielle. En décembre 1980, Mitterrand était à 29 % et Giscard à 71 % dans les sondages ! Mais c’était l’époque bienheureuse où la gauche ne croyait pas aux sondages ! Quant au problème de chef, l’électorat de gauche doit cesser d’être frustré. En 2002, il y avait un chef, personne ne contestait la légitimité de Lionel Jospin. Et il n’y a pas eu victoire ! Il faut donc un chef, plus une ligne politique. Cette idée - si on a un chef, on est sauvé - c’est plutôt une idée cultivée à droite...