Réinventer le socialisme d'il y a trente ans ?
Par Stéphane, vendredi 7 novembre 2008 à 09:18 :: Congrès :: #511 :: rss
Sale temps pour nos camarades de la motion autoproclamée à la «gauche» du PS. Deux de ses arguments-massue tombent en un seul titre de la presse: «L'opposition social-démocrate a remporté haut la main les élections sénatoriales, samedi 25 octobre, écrasant le parti libéral (ODS) du premier ministre Mirek Topolanek qui ne pourra plus bloquer la ratification du Traité de Lisbonne.»
Premier mythe mis à mal: non, il n’est pas vrai que la gauche dite «modérée» (celle qui préfère les solutions réalistes à l’intransigeance verbale) perde partout les élections. Dans le contexte nord-américain, la victoire d’Obama peut s’apparenter à une victoire de la gauche modérée et son refus de rencontrer les socialistes français montre à quel point, malgré la crise, toute position trop à gauche fait encore figure d’épouvantail outre-atlantique.
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Par Philippe Gailhardis
Même dans cette Amérique du sud, nouvelle Mecque de la planète alter, le Chili, l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay et l’Equateur se sont donnés des gouvernements de gauche réaliste. Le président bolivien est quant à lui difficilement situable sur notre échiquier politique : il faudrait que José Bové, porte-parole des Gaulois de souche opprimés par les conquistadors romains, ait gagné la présidentielle à la tête du syndicat français des pinardiers. Quant au général Alcazar de l’émirat pétrolier vénézuélien, il paraît difficile d’y faire référence dans un débat sérieux entre socialistes réformistes. Il distribue, il est vrai, une part de la manne pétrolière aux pauvres, mais la Norvège social-démocrate a fait beaucoup mieux depuis fort longtemps sans qu’on crie à la «revolucion» et sans que les malheureux téléspectateurs du grand nord se voient infliger trois heures de discours de propagande par jour sur leurs télés nationales.
Enfin, sur notre continent, alors que les réformistes remportent malgré tout quelques succès, qui peut citer un seul succès de la gauche de la gauche ? Dans les années 80, quand le parti travailliste grand-breton défendait des positions extrémistes, il offrit un boulevard aux Thatchériens qui purent en toute impunité électorale démanteler droit du travail et services publics. Et il fallut que les blairistes, tellement décriés, reprennent le Labour en main pour que ce dernier soit à nouveau éligible et puisse, de retour à Downing Street, réparer une partie des dégâts.
Il était touchant, l’autre soir, en réunion de section, d’entendre un camarade de la motion C s’écrier : « Je ne suis pas un bolchevik. Tout ce que je veux, c’est revenir à 1981. » Comme il a à peu près mon âge, et que 1981 est l’année où je me suis marié, je peux comprendre cette nostalgie. Mais l’âge d’or n’a jamais existé et 1981 a débouché sur le « tournant de la rigueur ». Il existe encore aujourd’hui des gens de gauche pour croire que ce tournant aurait pu être évité et que la France de Mitterrand aurait pu réussir là où l’URSS a échoué : construire le socialisme dans un seul pays. Etrange croyance pour des militants issus en majorité des rangs du trotskysme…
Pourtant la crise, dira-t-on, ne donne-t-elle pas raison aux nostalgiques de 1981? Non, elle donne raison aux adversaires du capitalisme de casino à l’anglo-saxonne et aux défenseurs d’un autre modèle, celui que nous baptisons le « socialisme du 21ème siècle ». Un modèle qui veut s’attaquer aux inégalités à la racine, dès les premiers de la vie. Qui défend l’entrepreneur contre le spéculateur, la cogestion (et plus si affinités) au lieu du management centré sur le profit à court terme, le développement durable plutôt que la croissance prédatrice, la régulation des flux à la place de l’absence de règles. Cela, en attendant mieux, c’est-à-dire le dépassement de cette société du «produire pour produire», qui est le modèle partagé de notre capitalisme et du « despotisme oriental » de feu les démocraties populaires.
L’autre argument battu en brèche par nos amis Tchèques fait de toute tentative de rendre l’Europe plus cohérente un complot ultra-libéral et du «nonnisme» une lutte victorieuse des peuples contre l’économie de marché. Or ce sont bel et bien les plus conservateurs qui rejetaient le traité européen à Prague. Et c’est la gauche « boostée » par la crise qui, déçue par l’Amérique conservatrice, accepte d’évoluer vers une Europe un peu plus sociale et politique grâce au traité de Lisbonne.
Il y a dans cette gauche autoproclamée, pour laquelle la crise financière est pain bénit, une propension au jusqu’au-boutisme, technique bien connue depuis Lampedusa : « Tout changer pour que rien ne change ». Il n’y a pas si longtemps, n’a-t-on pas vu les députés européens «trotskystes» faire capoter un projet de taxe Tobin pour la raison exposée tout uniment par la sympathique passionaria de Lutte Ouvrière: «La taxe Tobin rendrait le capitalisme plus acceptable, or notre but est de renverser le capitalisme»?
Un autre exemple de fausse gauche et de vrai conservatisme est le retour en force du protectionnisme, politique depuis toujours défendue par les éléments les moins dynamiques de notre bourgeoisie. Une mixture souverainiste où voisinent un Philippe de Villiers avec un Olivier Todd, le très talentueux inspirateur de la « fracture sociale » de Chirac.
Outre que le protectionnisme ne peut que déboucher sur une guerre des tarifs (voire sur une guerre tout court, on l’a vu dans les années trente…), dont pâtiraient au final notre commerce extérieur et nos entreprises innovantes, il paraît difficilement défendable d’un point de vue strictement éthique. Quand les USA, par exemple, subventionnent leur coton OGM aux dépens des producteurs égyptiens, peut-on parler d’une politique de gauche?
Nous devons bien sûr imposer, dans le commerce international, des règles de bonne conduite écologiques et sociales, quitte à interdire totalement l’importation des produits « voyous ». Mais, quand la concurrence est loyale, c’est à nous de réagir en montant en gamme afin d’améliorer nos exportations et non en nous abritant derrière d’illusoires barrières, qui ne sont que la variante commerciale de l’éternelle peur de l’autre.
L’exercice « plus à gauche que moi tu meurs » est un grand classique des congrès socialistes. Mais il est sans doute temps d’évoluer et de proposer quelque chose de vraiment neuf. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était.
Information niçoise
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