Les socialistes sont à l'aube d'une révolution, à la veille de changer de gouvernance et de gouvernail. Car, en assumant pleinement sa recherche d'une alliance électorale avec le Modem de François Bayrou, la présidente du Poitou confirme sa volonté de faire entrer le PS dans une ère nouvelle. Surprise, le congrès de Reims dont les socialistes craignaient qu'il n'entretienne la confusion pourrait bien être le début d'une clarification politique.

Un long cycle s'achève, celui ouvert au congrès d'Epinay, en 1971, avec la validation de la stratégie d'union de la gauche défendue par François Mitterrand, prolongée par Lionel Jospin en 1997, sous une autre forme, celle de la gauche plurielle. En prétendant, elle, aller chercher au centre la clef d'un socialisme de gouvernement, Ségolène Royal fait un bien meilleur calcul que ceux qui rêvent l'avenir du PS dans une gauche radicale toujours faible dans les urnes et plus rétive que jamais à l'idée d'une alliance avec les partis traditionnels.

Cette « ligne claire » bute cependant sur un épais brouillard identitaire. La candidate probable à la succession de François Hollande a fait une campagne interne très à gauche. Là où le parti se prend, sans doute. Mais les Français risquent de ne pas mieux comprendre qu'entre les deux tours de la dernière présidentielle ce grand écart entre la stratégie et le programme. « Les idées d'abord », dit Ségolène Royal. Ce ne sont pas elles qui manquent. Juste un peu de cohérence.

Les Echos du 12 novembre 2008