C'est un fait que la future direction du PS devra prendre à bras le corps : la gauche a perdu du terrain dans tous les groupes sociaux qui avaient contribué à l'élection de François Mitterrand en 1981. Plusieurs raisons l'expliquent. La montée des extrêmes a accru la volatilité des votes, notamment des catégories les plus modestes et précaires ; l'arrêt de l'ascenseur social, la montée du chômage des cadres et des jeunes diplômés ont fragilisé les classes moyennes, la peur du déclassement les a déstabilisées. On peut ajouter à cela la transformation profonde de la sociologie de certaines catégories historiquement arrimées au PS comme les enseignants et les fonctionnaires, la banalisation de leurs comportements et le lent tarissement des réseaux qu'elles animaient. On peut, enfin, invoquer les transformations - ou l'assèchement - d'un parti qui a vieilli, qui s'est embourgeoisé et dont les élus, plus encore qu'autrefois, constituent l'épicentre.

On ne dispose malheureusement pas de données récentes sur la sociologie du PS, la dernière enquête réalisée en 1998 par Henri Rey, chercheur au Centre de recherches politiques de Science Po (Cevipof), n'ayant pu être actualisée malgré ses demandes répétées à la direction du parti. On sait toutefois que les 10 % d'ouvriers parmi les adhérents de 1985 étaient tombés à 5 % en 1998 et que leur part a sans doute encore diminué. Les chômeurs et les salariés en situation précaire, en nette augmentation depuis dix ans, sont les grands absents au PS, particulièrement les femmes. En revanche, les fonctionnaires, qui ont voté à près de 51 % pour Ségolène Royal au second tour de l'élection présidentielle de 2007 - mais dont le nombre a diminué de moitié en vingt ans parmi les salariés français - sont toujours un pilier du PS. Ce dernier est vieillissant, l'âge moyen dépassant 50 ans.

"Quel que soit l'angle sous lequel on l'envisage - composition sociale, statut de l'emploi et caractéristiques démographiques des adhérents, résumait M. Rey dans La gauche et les classes populaires (La Découverte, 2004), le PS ne réunit pas, dans son état actuel, les meilleures conditions pour voir les catégories populaires s'identifier à lui. "

L'afflux, au printemps 2006, de quelque 100 000 " nouveaux adhérents à 20 euros " attirés par la participation à la primaire interne aurait pu infléchir la tendance. Une enquête interne avait montré que cette nouvelle clientèle était plus jeune (43 ans en moyenne), plus féminine mais aussi plus urbaine et - encore - plus diplômée. Mais environ les trois quarts de ces nouveaux adhérents de 2006 ont lâché le PS depuis.

M. Rey tient toutefois à " relativiser " ce tableau bien sombre. " Le divorce établi entre la gauche et les classes populaires n'est ni tout à fait récent ni absolument définitif ", écrivait-il en 2004. Pour preuve, juge-t-il aujourd'hui, la présence " non pas massive mais importante " des militants socialistes dans les syndicats " où ils sont d'efficaces multiplicateurs d'opinion " et les liens qui perdurent - " même s'ils sont fragiles " - avec les associations. De même, estime le chercheur, le nombre croissant d'élus PS dans les collectivités locales récemment gagnées par la gauche " a renforcé le réseau des intervenants, travailleurs sociaux ou autres, souvent proches du PS ou directement militants, qui bénéficient d'un mode de relation privilégié et surtout direct avec les plus modestes ". Le mouvement de remobilisation électorale des jeunes, observé dans les banlieues en mai 2007, serait également un signe encourageant pour le PS.

Ch. G.

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