Reims : Tribunes libres
Par Yann Librati, mercredi 19 novembre 2008 à 18:58 :: Congrès :: #526 :: rss
A la lecture des différents médias, je me suis parfois demandé si j'étais au même endroit que les chroniqueurs avisés qui commentent la vie politique française. A Reims, un journaliste d'un grand quotidien national reconnaissait lui même que le PS est un bon client pour vendre du papier et que, les débats, tout le monde s'en fout, alors que les petites phrases des uns et des autres, ça paye bien !
Le Parti Socialiste est peut être un des derniers où l'on débat mais collectivement notre comportement n'est pas toujours à la hauteur. Je suis fier d'appartenir à un parti qui a fait le pari de la transparence et où, contrairement à d'autres partis, le militant n'est pas qu'un simple "porte pancarte" ou joueur de trompette de stade. La démocratie a un coût nécessaire sur lequel on ne transige pas. Mais je reconnais que médiatiquement nous l'avons payé bien cher.
A travers les quatre témoignages que vous pouvez lire dans la suite du billet, Nice Massena espère vous permettre de vous faire une idée plus précise de l'atmosphère et de l'ambiance de ce rassemblement.
La parole est à Nathalie Audin pour la motion A de Bertrand Delanoë.
Anne-Julie Clary pour la motion C de Benoît Hamon
Christine Dorejo pour la motion D de Martine Aubry et
Valérie Nucéra pour la motion E de Gérard Collomb et Ségolène Royal
(les motions B et F n'étant pas représentées dans la fédération, elles ne s'expriment malheureusement pas ici).
Le 75ème Congrès du Parti Socialiste par Nathalie Audin, Motion A, Bertrand Delanoë
Entre le 74ème et le 76ème congrès (et de nombreux encore), notre parti à Reims a, lors de la grande rencontre de tous les socialistes, venus de toute la France, des grandes villes et des petites campagnes, de la Métropole et de l’Outre Mer, tenté de définir sa ligne politique pour les trois prochaines années.
Femmes, hommes, noirs, arabes, cadres supérieurs, ouvriers, pas assez ouvriers, pas assez noirs, pas assez arabes, pas assez femmes (malgré nos deux candidates au poste de premier secrétaire national…on progresse…) mais tous socialistes avec la promesse de « changer la vie » et d’avancer. Oui, en revenant de Reims, je suis fière de mon parti lorsque je compare nos grands rendez-vous à la platitude du débat démocratique de nos adversaires.
Grand barnum des passions humaines, les A qui n’aiment plus les D, les C qui seraient plus jeunes et novateurs que les A et les E qui, il faut bien le dire créent la rupture entre le socialisme conventionnel et cette nouvelle manière de concevoir la gauche. Une succession de discours, parfois de grands discours dignes de nos plus grands orateurs et de notre tradition rhétorique, les petits rendez-vous entre amis, le secret des grandes décisions et le tragique de la clôture…Tout y était. C’était si bien, tellement humain.
Signataire de la motion A, de sensibilité « besoin de gauche » (puisque qu’il faut bien finir par se classer) je ne ressors pas de ce Congrès totalement satisfaite. Insatisfaite de l’absence d’une ligne politique claire (alors même que nous en sommes, politiquement, tellement proches), insatisfaite que les égos aient pris le dessus sur l’intérêt collectif, insatisfaite de certains discours qui me sont étrangers tant mon socialisme s’inspire de quelques fondamentaux comme la laïcité.
Après ce Congrès, mon parti est-il prêt à s’opposer à Sarkozy ? Je l’espère. Je le crois.
Je souhaite qu’enfin nous sachions qui est notre adversaire, que nous arrêtions de nous regarder le nombril et que nous nous mettions au travail. J’espère que nous sommes collectivement capables de surmonter nos divisons pour enfin proposer un projet de transformation sociale.
J’espère que les français seront suffisamment patients pour dépasser les apparences (pas si trompeuses malheureusement), je souhaite que nous soyons rapidement aptes à nous rassembler pour enfin avancer.
Je souhaite simplement maintenant que nous nous mettions au travail. Ensemble.
Anne-Julie Clary, conseillère régionale, pour la motion C, Benoît Hamon
Pendant le débat des motions en section, j’aimais reprendre les questions que Benoît Hamon nous avait posées à tous : Que se passera-t-il le 17 novembre au matin ? Qu’est ce qui aura changé au parti socialiste après Reims?
Nous avions, nous militants, une grande responsabilité dans le vote du 6 novembre. Nous devions montrer que ce congrès changerait quelque chose au parti socialiste, que le monde bougeait, que la société évoluait, et qu’enfin, il se passait quelque chose dans notre parti.
Entourée de mes camarades qui ont fait le déplacement à Reims, j’avais à porter cet élan collectif en tant que déléguée de la fédération au titre de la motion C.
Un congrès est forcément un moment particulier. Nous arrivons avec un mandat mais nous ne savons pas comment et avec qui nous repartons. C’est le jeu démocratique de notre parti : chercher à dégager une majorité politique en respectant la représentation individuelle de chaque motion à la proportionnelle. Le principe en soi est louable.
Mais ce congrès là avait tout de particulier. D’abord, nous avions quatre motions entre 19 et 29%. Aucune à elle seule, ne pouvait prétendre avoir une majorité.
Ensuite, nous entrions en congrès en sachant que le Premier secrétaire changerait de façon certaine mais sans connaître le nom de son successeur.
Enfin, pour la première fois et ça n’est pas sans conséquence, nous étions regardés par toute la France grâce aux médias qui diffusaient en direct et quasi en intégralité les débats du congrès à la télévision : 800 journalistes présents, même l’envoyé spécial de Nice Matin, du jamais vu…
Dès notre arrivée, au vu des crispations des uns, des déceptions des autres, tout prêtait à penser que les enjeux cette fois-ci ne permettraient pas de nous rassembler. Les débats, nombreux, les interventions passionnées, n’ont pas suffit à amoindrir les vieilles querelles internes qui minent notre parti depuis trop longtemps.
Si militants et délégués discutaient, il est vrai que l’ambiance générale n’était pas au rassemblement. Les médias omniprésents n’arrangeaient rien à l’affaire.
Finalement, le congrès s’est fait « sous les tentes » destinées aux réunions de motions après chaque journée de débat.
Dans la motion C, nous nous étions fixés des objectifs pour ce congrès : ancrer le parti à gauche et porter le renouvellement.
Le vote des militants le 6 novembre nous confortait largement dans cette analyse politique.
Reims nous a donné raison sur ces deux points : l’ancrage à gauche et le renouvellement étaient au cœur des débats pendant ces trois jours.
En quelque sorte, nous étions la synthèse entre la motion E qui portait la question du renouvellement, et la motion A et D qui plaidaient pour un parti plus à gauche, refusant les alliances avec le centre.
Ces deux points considérés comme centraux n’ont pas suffit à dégager un accord global samedi soir.
Dimanche matin, chaque motion devait prendre ses responsabilités pour le poste de premier secrétaire, reportant ainsi la fin du congrès au vote du 20 et 21 novembre.
Alors, à la question « que va-t-il se passer le 17 novembre? », nous sommes revenus avec un goût amer d’un parti socialiste en crise, vieillissant, divisé et incapable de se ressaisir. Mais nous sommes aussi revenu avec un candidat, Benoît Hamon, qui nous donne toutes les raisons de penser qu’un nouveau parti socialiste est possible .
A la question « quelque chose va-t-il changer au Parti socialiste ? », on peut dire que c’est vital, quel que soit le nom du prochain premier secrétaire. Pour ma part, j’ai confiance en l’effet « obhamon » !
TROIS JOURS A REIMS par Christine DOREJO, Mandataire Motion D, Martine AUBRY
Le congrès du Parti Socialiste s’est tenu le 14,15,et 16 novembre à Reims.
Pour le département, la motion D dont la 1ère signataire est Martine AUBRY, n’avait ni délégué (notre résultat local ne le permettait pas), ni aucun invité au titre de la fédération.
Pas grave, c’est avec enthousiasme que les camarades de la motion D ont décidé de s’inviter à ce rendez-vous politique majeur, et avec le soutien direct de notre national d’obtenir les « sésames » d’entrée pour ce congrès.
Après nos débats internes sur les contributions, les motions, nous arrivons au point de l’ultime présentation ce celles-ci par nos représentants nationaux.
Les échanges sont fournis, les contenus denses et bien vite deux lignes politiques majeures se dégagent de ce congrès.
Les camarades de la motion D se retrouvent matin et soir pour établir un bilan de journée (passée ou à venir) ces rencontres sont l’occasion d’échanger nos vécus locaux, nous avons été particulièrement sensible à l’écoute que chacun pouvait avoir « des autres » militants de fédérations éloignées. Satisfaits aussi de la rencontre avec les syndicalistes, les associatifs, soutenant massivement notre démarche à dénoncer toutes les discriminations qui gangrènent notre pays.
Un congrès ce n’est pas non plus, un rassemblement de Gentils Organisateurs. C’est un lieu de débats, d’échanges (parfois vifs) mais aussi le moment où nous devons choisir une orientation et un programme qui définiront nos positionnements politiques pour les 3 ans à venir. Nous avons collectivement tendance à oublier notre histoire et la pluralité de nos expressions. Pour avoir participer localement et nationalement à un certain nombre de ces rendez-vous, nous avons pu constater une mise en commun de nos travaux, et cela nous ne l’avons pas dit, nous l’avons fait !!! La motion D a proposé, débattu, s’est ouverte sur sa ligne politique « de gauche », aussi lorsque la motion A nous rejoint le lendemain, cela renforce et confirme l’ancrage de notre motion.
Ce congrès restera probablement comme étant celui « de la démarche assumée » d’autres diraient « décomplexé » et de la volonté commune des socialistes de ne pas se laisser déposséder de leurs fondamentaux.
Valérie Nucéra pour la motion E, Gérard Collomb - Ségolène Royal
Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée de livrer mes impressions sur le Congrès de Reims. Car que dire qui n’aurait déjà été dit. Les retours sont déjà suffisamment destructeurs pour l’image du Parti. L’idée d’en rajouter moi-même, ne m’enchante pas.
Ce qui serait original, ce serait d’en livrer une vision positive malgré tout. Mais, rien à faire. Je n’y parviens pas. Je ne suis même pas en colère. Non. Ce que je ressens aujourd’hui, c’est une grande lassitude et un goût amer de grande désolation.
Nous voulions un congrès utile et serein. Il n’aura été ni serein pour les militants et ni utile aux Français.
C’était mon premier Congrès vécu en direct. Une chance, parait-il. Je m’y suis rendu avec une certaine appréhension, ayant été à maintes reprises avisée par des socialistes aguerris, des experts de ce genre de rassemblement. J’avais été « conditionnée » pour y vivre des moments très durs, et même un peu violents.
Je n’en attendais pas tant.
Point de violence physique, bien sûr. Mais une violence bien plus dévastatrice. La violence des mots, la violence des huées, la violence des sifflets. Certains appellent cela de la démocratie. Ce n’est pas la conception que j’en ai.
J’ai adhéré au parti socialiste, il y a trois ans. Je suis donc une « nouvelle » adhérente. C’était alors, l’aboutissement d’un long cheminement. C’est un engagement sincère et longuement mûri, motivé par une démarche politique portée par S. Royal.
Depuis, je n’ai jamais regretté ce choix. Mais il m’est arrivé parfois de regretter mon engagement, dans les moments de colère ou d’agacement.
Ce week-end à Reims, bien sûr, j’ai eu des moments d’agacement, mais le pire c’est cette consternation. La consternation, de me trouver parmi cette foule de « militants », et d’avoir l’impression d’assister à un derby Nice-Marseille ! Une vraie horde de « supporters ».
La bêtise au bras du sectarisme !
Je pensais avoir compris la différence entre « supporters » et « militants » puisqu’on on m’avait raconté que les supporters seraient du côté de S. Royal, les militants, chez les autres. Voilà que le Congrès de Reims a brouillé les pistes. Je n’y comprends plus rien. Ou pire, ce que je perçois, m’effraie.
En réalité, ce parti est déjà un parti de supporters. Bien formés. Bien disciplinés. Bien rangés derrière leur chef. Prêts à tout. Y compris à siffler Jaurès. Peu importe… Les valeurs, on s’assoit dessus.
Je me dis que si c’est cela, être un bon militant socialiste, je n’ai pas envie d’en être.
Depuis Reims, je me dis que j’aime les valeurs socialistes, mais je déteste ce que les socialistes en ont fait.
Pourtant, la voilà peut-être, la note positive. Je ne quitterai pas ce parti. C’est depuis le Congrès de Reims que j’en ai la conviction. Mon engagement est plus fort que jamais, car plus que jamais, je suis convaincue que ce Parti doit changer en profondeur. Changer les pratiques, changer les méthodes, changer les équipes, ce sont les conditions de sa survie.
Car c’est bien de sa survie dont il s’agit . Si ce parti continue à se nécroser, où iront-nous ? Où iront pour défendre les valeurs qui nous animent ? Où iront-nous pour faire face à une droite complètement débridée à qui nous laissons le champ libre ?
Se battre pour que le Parti Socialiste sorte de sa dérive suicidaire. Voilà l’urgence qui s’impose après le Congrès de Reims. Me voilà, désormais, plus déterminée que jamais.

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