Catégories
Réflexion et socialisme

Féminisme contre l'extraction des ressources – Briarpatch Magazine

Au milieu de la crise du COVID-19, la violence contre les femmes augmente. Un plus grand nombre de femmes sont isolées à la maison avec des partenaires violents et sans ressources ni possibilités de partir. Au Canada, où il y a seulement quelques mois, le financement des centres de crise pour viol en Ontario a été réduit d'un million de dollars, la pression politique pour intervenir dans la violence sexiste a augmenté. De nombreuses organisations de femmes, comme la Fondation canadienne des femmes, ont noté le risque accru de violence pendant la pandémie. En réponse à certaines de ces préoccupations, le Premier ministre Justin Trudeau a annoncé un financement de 40 millions de dollars pour les refuges pour femmes et les centres d’agression sexuelle à travers le pays.

Ces interventions sont importantes et vitales, et elles témoignent de la longue histoire de l'organisation féministe contre la violence familiale au Canada. Cependant, si les féministes au Canada veulent contrer la violence contre les femmes sous toutes ses formes, maintenant et après la crise actuelle, nous devons concevoir cette violence comme systémique plutôt qu'interpersonnelle – ancrée dans un système économique mondial qui refuse aux femmes la souveraineté sur leurs terres comme ainsi que leurs corps.

La crise du COVID-19 survient à la suite d'une autre catastrophe qui cause un préjudice disproportionné aux femmes mais à propos de laquelle de nombreuses féministes au Canada restent silencieuses: la construction du pipeline Coastal GasLink (CGL) à travers le territoire non cédé de la nation Wet’suwet’en. Comme de nombreuses femmes Wet’suwet’en l’ont fait valoir dans leur lutte contre le gazoduc, il existe un lien évident entre les projets extractifs et l’augmentation de la violence sexuelle contre les femmes autochtones. Le rapport final de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a révélé, par exemple, que les camps de travail – à juste titre décrits comme des «camps d'hommes» – créés pour construire et maintenir des projets d'extraction entraînent une augmentation spectaculaire des taux de violence contre Femmes autochtones dans les communautés voisines.

Nous devons concevoir cette violence comme systémique plutôt qu'interpersonnelle – ancrée dans un système économique mondial qui refuse aux femmes la souveraineté sur leur terre ainsi que sur leur corps.

Kyle Edwards, dans une pièce d'enquête pour Maclean’s, détaille les expériences éprouvantes de onze femmes autochtones vivant près des camps de travailleurs du nord de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, où certains postes de santé locaux font le plein de trousses de viol avant l'arrivée des travailleuses. Les femmes à la tête de la résistance de Wet'suwet'en déclarent sans équivoque que la violence augmentera également du fait du pipeline CGL: le camp d'Unist'ot'en, nous rappelle la porte-parole Freda Huson, n'est qu'à 66 kilomètres. de la «Highway of Tears», sur laquelle des dizaines de femmes autochtones ont disparu.

Le fait que les projets d'extraction augmentent la violence contre les femmes autochtones est une raison importante, bien que sous-reconnue, de la lutte contre le pipeline CGL. Comme le fait remarquer Carol Linnit dans le Narval, L’évaluation environnementale du pipeline de la Colombie-Britannique a négligé de tenir compte de son impact potentiel sur les femmes et les filles autochtones. Cette négligence a incité, en partie, les chefs héréditaires de Wet’suwet’en à demander une révision judiciaire de l’évaluation.

Pourtant, malgré les liens évidents entre la violence sexuelle et l'extraction des ressources, les féministes colons ont largement refusé de s'aligner sur les femmes autochtones qui s'organisent contre le pipeline. Le mouvement vers #shutdowncanada en février a mobilisé de nombreuses militantes climatiques et organisatrices syndicales à l'appui de la souveraineté autochtone et contre la dévastation de l'environnement, mais il n'y a pas eu de réponse aussi convaincante de la part des principales organisations féministes. Bien que des organisations de femmes influentes et bien financées – telles que la Fondation canadienne des femmes, la YWCA et le Conseil national des femmes – prennent chacune des positions vocales contre la violence domestique et sexuelle, aucune n'a explicitement apporté son soutien aux femmes de Wet'suwet'en . Au milieu de la pandémie et des préoccupations renouvelées concernant la violence à l'égard des femmes, le travail sur le pipeline CGL se poursuit.

En gardant le silence, les féministes colons au Canada ont risqué à la fois la complicité dans cette violence et la non-pertinence dans un mouvement de femmes d'envergure mondiale.

Un tel silence est troublant. En séparant la violence de l'extraction des ressources des luttes contre la violence domestique et sexuelle, les féministes colons canadiennes se sont désengagées des mouvements locaux et mondiaux qui s'attaquent aux racines systémiques de la violence contre les femmes. En effet, la résistance au pipeline CGL est l’un des nombreux mouvements de femmes autochtones à travers le monde qui nous rappellent que les projets extractifs nuisent de manière disproportionnée et sans équivoque aux femmes. Les femmes autochtones Maya Q'eqchi 'au Guatemala, par exemple, ont mené des combats légaux et de base contre des sociétés minières canadiennes après que 11 femmes Maya Q'eqchi auraient été violées par du personnel de sécurité associé à Skye Resources, basé à Vancouver, en 2007. Deux survivantes de la Les attaques, Irma Yolanda Choc Cac et Angelica Choc, ont depuis obligé les sociétés minières canadiennes à rendre des comptes à travers une série de poursuites qui mettent en évidence les liens entre l'extraction des ressources et les violations des droits humains.

Bien que distincte dans son histoire et sa relation avec l'État des colons canadiens, la résistance des femmes de Wet’suwet’en au pipeline CGL fait partie d’un mouvement mondial contre la nature violente de l’extraction des ressources. De tels mouvements nous apprennent que la violence sexuelle et sexiste est systémique plutôt qu’individuelle, conséquence des prédations du capitalisme. En gardant le silence, les féministes colons au Canada ont risqué à la fois la complicité dans cette violence et la non-pertinence dans un mouvement de femmes d'envergure mondiale. Comme la crise COVID-19 a placé la violence contre les femmes au premier plan de la conscience publique, nous devons nous organiser contre toutes les conditions qui produisent cette violence – y compris les projets extractifs qui ont lieu sur les terres autochtones.

Nisha Eswaran est une écrivaine et universitaire dont le travail se concentre sur la violence sexiste et le nationalisme. Vous pouvez la suivre sur Twitter à @EswaranNisha.

Tags: féminisme femmes autochtones défenseurs des terres violence sexuelle

Briarpatch reste indépendant grâce à votre soutien. Abonnez-vous maintenant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *